A bout de souffle
le 03/09/2008 à 22h01
Jeudi dernier, la petite goutte de trop est arrivée. Nous sommes simplement consternés de la hargne, voire de la rage exprimée dans un nombre croissant de commentaires, ici même et ailleurs.
Nous avons pensé ce blog comme un lieu d?échange convivial, ou tout du moins respectueux d?un minimum de correction. Certainement pas comme une arène où les uns et les autres viendraient régler leurs comptes et/ou exprimer, sous couvert de l?anonymat, tout ce qu?ils ne se permettraient pas de dire face à face.
Or, depuis quelque temps, le ton et les propos se radicalisent trop souvent. Que faire? Nous avons envisagé de modérer les réactions, ce que nous avions toujours pu éviter. Modérer n?est pas censurer. Il s?agissait de ne pas laisser la porte ouverte aux insultes et autres menaces qui se multiplient sur la blogosphère libanaise. Le procédé est fastidieux et, de toute façon, ne servirait qu?à se cacher derrière son petit doigt, nous nous en sommes très vite rendu compte.
En effet, nous avons rapidement reçu des messages outranciers, non mis en ligne. En voici un spécimen, qui reste relativement «modéré» par rapport à d?autres mais qui nous a paru d?autant plus révélateur que paradoxalement, cette commentatrice prônait quelques minutes plus tôt l?ouverture, le dialogue et le respect d?autrui, et n?avait jamais été censurée:
"je suis horriblement déçue! je ne croyais pas que le fléau de la censure allait vous atteindre. je ne croyais pas que les indépendants étaient à ce point gênants: je ne veux être ni atlantiste ni talibane, ni hezb, ni opposition ni majorité! réveillez-vous, vous devenez staliniens, ceux qui ne vous lèchent pas le cul et n'acquiessent pas à tous ce que vous dites ne sont pas bons pour être publiés, ils dérangent, ils salissent! démocratie mon cul, oui! je corrige donc, vous êtes des agents de division et de haine. faut que vos lecteurs tapent sur tous ce qui gène les usa-israel sinon vous les envoyez aux oubliettes. je vous dis merde, vous ne nous aurez pas et dans ce putain pays on est beaucoup trop nombreux et beaucoup plus lucides pour que votre "nouveau proche orient" à la sauce neo-CONS passe je ne vous salue pas"
Notez l?évolution du propos entre le début et la fin du texte! Parce qu?elle n?a pas compris qu?une modération implique un délai entre l?envoi du commentaire et sa publication, cette commentatrice en a tiré ces conclusions hasardeuses et insultantes. Ceux qui nous suivent depuis longtemps savent combien ces «accusations» sont vides de sens, mais cet exemple parmi d?autres illustre la facilité avec laquelle chacun verse désormais dans l?excès au Liban. Il est symptomatique.
N?ayant ni envie de fliquer en permanence ce qui se dit ici, ni d?entrer dans de vaines discussions, nous préférons fermer complètement la petite case blanche. Nous ne voyons pas l?intérêt de continuer ainsi.
Merci de nous avoir lus pendant deux ans.
Zeebrugge-Beyrouth
le 28/08/2008 à 12h01
Vers 13h30 hier, une frégate belge a accosté à Beyrouth en provenance de Zeebrugge. Sa mission: prendre part à la surveillance des eaux territoriales dans le cadre de la Finul, et traquer d?éventuels contrebandiers d?armes en vertu de la résolution 1701. Sur le quai numéro 5 du port, l?imposant bâtiment de guerre se reposait tranquillement en attendant d?effectuer des rotations en mer d?une dizaine de jours chacune. A 50m, une embarcation de la marine libanaise flottait, pavillon au vent. Une image magique. Le ministre belge de la Défense était là pour l?occasion (c?est la première fois que son plat pays envoie un navire de guerre sur un théâtre des opérations étranger), et pour vendre à l?Etat libanais une quarantaine de tanks, des transports de troupe et des munitions à gogo (faudrait peut-être vendre des bateaux vu la pauvreté de l?équipement actuel). A la fin de son petit discours, le ministre a salué le «rôle stabilisateur du Liban dans la région» et s?est félicité du «climat politique local apaisé» depuis l?accord de Doha. Le grand bonhomme, sorte de croisement entre Dominique de Villepin et Philippe de Villiers, avait certainement dû abuser de l?arak lors du déjeuner. Car au moment même où les marins belges écoutaient leur ministre de tutelle, la tension montait un peu partout, de Tayyouneh à Basta en passant par la Bekaa et Nabatiyeh à coup de bombes sonores et autres joyeusetés, sans parler des empoignades verbales (voire plus) au Parlement. Tout va donc bien au Liban, merci monsieur le ministre.
Mais depuis hier midi, le Liban s?est remis en marche: la justice a condamné à mort le président libyen dans le cadre de la disparition de Moussa Sadr; le ministre des Télécoms a déclaré que les tarifs du cellulaire chuteraient bientôt; et notre président a appelé de ses v?ux à un retour en grâce de la Syrie sur la scène diplomatique (gloups!). Un vibrant appel à la séculaire amitié libano-syrienne d?ailleurs précédé par l?annonce du voyage de Sarkozy à Damas les 3 et 4 septembre prochain. Et puis une dépêche de l?AFP vient d?arriver: un hélicoptère de l?armée a été touché par des tirs d?origine inconnue dans le Sud-Liban (1 mort). Tout va donc bien au Liban, merci messieurs.
Seule ombre au tableau dans ce panorama idyllique: le ciel de Beyrouth est gris-blanc depuis une bonne dizaine de jours.
« Tu sais comme je t'aime le Liban »
le 22/08/2008 à 18h41
Retour en 2008, même ça ressemble plutôt à du 1988. Voici la pub la plus hilarante que l'on ait entendue depuis longtemps. Et comme nous sommes des gens sympas, on vous offre même la version anglaise en bonus.

2049 après la chute de Beyrouth
le 21/08/2008 à 19h21
J?écris ces lignes à la lueur d?une bougie. L?eau de pluie ruisselle sur les murs autour de moi, créant un son métallique ininterrompu. Cela fait dix jours maintenant que je me terre dans le sous-sol d?un immeuble carbonisé près de ce qui devait être le port de la ville. Nous sommes le mercredi 3 février 2049 et il ne reste rien de Beyrouth. Juste un tas de ruines visqueuses qui ne fument plus depuis longtemps.
J?ai mis trois semaines pour arriver ici. Je suis parti le 11 janvier de Cork où je vis depuis treize ans. Avant cela, je passais de camp de réfugiés en camp de réfugiés. C?est d?ailleurs dans l?un d?entre eux que je suis né. Ma mère avait dû fuir le Proche-Orient, tout comme des millions de personnes. Enceinte, elle avait atterri dans un camp, quelque part au nord de la Turquie. C?était en 2022. Quand j?étais gamin, elle me racontait sa vie au Liban et celle de mes grands-parents que je n?ai jamais connu. Ils ont disparu un jour, victimes de la dictature. Personne n?a jamais su ce qui leur était arrivé exactement. Ma mère est sûre d?une chose: ils écrivaient des choses ne plaisant pas aux maîtres du pays. Et en ce temps-là, les gens comme eux disparaissaient purement et simplement, sans laisser de traces. C?est pour eux que je suis venu ici, pour trouver des traces de mes racines, même si personne en Irlande n?a compris ma démarche.
J?ai réussi à atteindre la côte du pays sur un hydroglisseur naviguant en toute illégalité sur cette mer intérieure qui n?abrite plus aucun signe de vie. Trop d?acide et de radiations ont annihilé la faune sur tout le front sud de l?Europe. Le capitaine, que j?ai dû payer grassement pour faire cette traversée, m?a pris pour un fou: «Pourquoi venir ici?, m?a-t-il demandé. Il n?y a plus rien, l?air est irrespirable et tout le rivage est encore chargé de radiations. Les derniers survivants ont fui la zone il y a plus de quinze ans!» Moi, je m?étais toujours promis de venir ici, malgré tous les obstacles, pour retrouver une trace de vie de ma mère et de mes grands-parents. Et je suis là aujourd?hui?
Dans mon périple, j?ai rencontré un mercenaire asiatique à la forteresse de Catane. Il m?a assuré avoir vu quelques survivants dans les ruines de Beyrouth, il y a peut-être quatre ou cinq ans. Mais en dix jours, je n?ai rencontré personne, pas même un chien errant. Juste des cafards dans le trou à rats où je me trouve.
Ce matin, j?ai enfin atteint mon but. Je suis sûr maintenant d?avoir trouvé l?emplacement de l?immeuble où ma famille habitait au début du siècle. Dans les décombres sordides, j?ai retrouvé des fragments de vie: des bouts de photos, dont un où j?ai clairement reconnu ma mère enfant sur les genoux d?une femme que je devine être ma grand-mère.
J?ai retrouvé ça aussi, dans une caisse rouillée:

J?ai lu plusieurs récits contradictoires sur les différentes catastrophes des années 20: la chute des républiques, les guerres venues du Sud, de l?Est ou de la mer? Et surtout ceux relatant l?explosion de 2023. J?avais un an. Sur le plan du métro que j?ai retrouvé, j?ai reconnu des noms évoqués par les anciens. Je me souviens de ce vieil homme, à Paphos, qui m?a raconté la révolution libanaise, et les multiples contre-révolutions? Les hommes se servaient des tunnels du métro pour conserver leurs armes et leurs butins de guerre? Il m?a surtout raconté l?avant-guerre, la mise en place du puzzle qui a mené à tout ça. Même à 60 ans passés, il avait encore la haine contre tous ceux qui n?avaient pas voulu voir le danger venir, contre ceux qui disaient «il ne faut pas dramatiser», contre ces pays d?Europe qui ne voulaient surtout pas faire de vagues? Je n?ai pas connu ce monde-là, moi, mais je me suis senti responsable, sans savoir vraiment pourquoi.
Maintenant que cette réalité m?a rattrapé, je ne sais pas ce que je dois faire. Essayer de repartir vers une île du nord, quelle qu?elle soit, puisque ce sont les seuls bouts de terre encore habitables de nos jours? Est-ce que je dois rester ici, pour trouver des survivants? Est-ce tout simplement inconscient de rester une minute de plus ici alors que l?air me brûle les poumons?
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Merci à tous pour vos messages des derniers jours.
On tourne en rond, merde, on tourne, merde, on tourne en rond. Merde!
le 04/08/2008 à 21h21
Il y a une qualité que l?on ne peut ôter à l?intelligentsia du Hezbollah, c?est la patience. Même si de temps en temps on constate quelques poussées de fièvre, les têtes pensantes du parti sont en passe de réussir leur coup. L?objectif paraît simple, et les événements de mai dernier l?ont bien montré: à défaut de pouvoir/vouloir prendre le contrôle du pays (ce qui n?est pas possible par un coup de force), il faut continuer d?affaiblir au maximum ce qui reste de l?Etat libanais, de dévitaliser les institutions du pays comme un dentiste annihile les nerfs d?une molaire douloureuse.
Comme l?a dit Nasrallah lui-même lors d?un de ses derniers discours, l?idéal du Hezb est celui qui a prévalu pendant l?occupation syrienne: l?Etat fait tourner la machine en termes économiques, mais c?est au Hezb que revient la véritable autorité. Celle de la force militaire, de la décision de guerre, de la véritable diplomatie (pour négocier l?échange de prisonniers, par exemple). La nouvelle déclaration ministérielle, accouchée aux forceps ces derniers jours, n?est que l?aboutissement d?un énième processus, celui qui nous intéresse ayant commencé au printemps 2006.
Souvenez-vous de ce fameux dialogue national qui paralysait le centre-ville tous les quatre matins, durant lequel le dossier des armes divines devait être abordé. Souvenez-vous des promesses faites alors. Depuis, on a eu une guerre avec Israël, puis un sit-in de 18 mois et une mini guerre civile de 10 jours en mai dernier (le Liban devrait faire breveter ce concept). Cette tartufferie a donc duré plus de deux ans, deux ans durant lesquels le pays a fait du surplace à tous les niveaux. Et comme le veut la physique, qui n?avance pas, recule.
Pour aboutir à quoi finalement? A l?élection d?un président dont il ne faut pas attendre des merveilles (ô surprise) et à la formation d?un gouvernement de (dés)union nationale déjà réclamée il y a 30 mois. Ce cabinet, dont la durée de vie programmée n?excède pas 10 mois, ne servira à rien (si ce n?est à offrir une pension à vie à ses membres ou à augmenter celle des récidivistes). Les dossiers à traiter ne manquent pourtant pas, mais tous les regards sont maintenant fixés sur la nouvelle valse électorale de mai 2009... et sur les élections présidentielles américaines, bien sûr. Car en fin de compte, c?est bien à ce changement de «régime» aux Etats-Unis qu?est suspendu l?ensemble des développements régionaux.
De toute façon, que faut-il attendre des prochaines législatives? Rien, car attendre quoi que ce soit du système électoral et politique du pays reste très mauvais pour les nerfs. De plus, et c?est le plus important, les sujets qui fâchent déjà abordés il y a deux ans ne sont même plus au point mort; ils sont littéralement bloqués. Début 2006, le fameux dialogue national ambitionnait de traiter de la question des armes du Hezbollah. Aujourd?hui, rebelotte: dialogue il y aura de nouveau, avec une différence de taille. Désormais, le parti de Dieu clame haut et fort qu?il ne désarmera jamais (et a montré vigoureusement ce qu?il adviendrait si quelqu?un essayait de toucher à son arsenal) et que la résistance EST le Liban. Belle promesse d?avenir.
Par ailleurs, les «figures politiques» locales ont ouvertement salué l?intervention d?une partie non institutionnelle (le Hezbollah) dans une négociation dont l?Etat a été sciemment exclu (l?échange de prisonniers), cautionnant ainsi l?absence absolue d?autorité légale nationale. Pire, la déclaration ministérielle par le biais de formules dignes d?une vierge effarouchée fournit un blanc-seing à la «résistance», la légitimant et légitimant ses procédés aux yeux du monde entier, en dépit d?une guerre coûteuse à plus d?un niveau et des événements sanglants de mai dernier. Et en prenant le risque qu?un tel baissage de froc implique la nation toute entière derrière l?aventurisme d?un parti dont les intentions dépassent l?intérêt national bien compris. Autant de régressions qui ressemblent à un grignotage dans les règles de la notion même d?Etat, à un nivellement par le bas de ce qu?il lui reste de potentiel pouvoir, à une transformation en institution-fantôme, ces «failed states» qui offrent le meilleur des terreaux pour l?épanouissement des organisations autoproclamées «nationales» (ce qui fera l?objet d?un prochain post). Dans ces conditions, inutile de se donner la peine d?un coup d?Etat aussi nuisible en termes d?image que délicat à parachever en réelle prise de pouvoir. Un peu de patience suffit, avec quelques coups de pouce pour aider au sabordage d?un Etat en pleine déliquescence.
Le Liban ressemble à une machine à remonter le temps, permettant à son peuple de revivre en boucle les épisodes les plus inutiles ou les plus déplorables de son passé. Malheureusement, personne n?a pensé à équiper cette belle machine de la «marche avant», ce qui aurait pu permettre à ce peuple de se projeter vers l?avenir.
On tourne en rond, merde, on tourne en rond, merde, on tourne en rond. Merde!
Ces délicieuses amandes fraîches
le 03/08/2008 à 12h41
Mon premier été à Beyrouth avait été parsemé de jolies petites joies pour mes papilles. Tout frais débarqué de Paris où Tricatel avait pris le pouvoir depuis trop longtemps, j?étais en train de (re)découvrir le plaisir des fruits de saison. Il y avait eu les mûres grosses comme mon pousse, les cerises au jus pigmenté comme de l?encre de Chine, les pastèques généreuses, les pêches blanches de Bikfaya, les tomates c?ur de b?uf, les melons-ananas, les figues vertes caramélisées par le soleil, puis mi-août les pistaches fraîches, engoncées dans leur peau rouge et noire? Chacun d?entre eux étaient disponibles sur les étals colorés des primeurs quelques semaines seulement, le temps pour ces fruits de la terre d?être consommé selon le calendrier de Dame Nature. Mais avant la dégustation, il y a un autre plaisir: celui de pouvoir choisir, tâter, sentir ces fruits que l'on va acheter. Lorsque la mère de Nat avait débarqué en France, c'est avec stupeur qu'elle avait entendu un commerçant en primeurs la rembarrer parce qu'elle tripotait ses produits comme elle en avait l'habitude ici. Au-delà du choix de la tomate la plus ferme ou de l'abricot le plus mûr, c'est un véritable bonheur dont elle se sentait privée mais qu'ici, nous apprécions pleinement.
Hier soir, je suis passé chez mon marchand de légumes pas loin de la mosquée Beydoun, la seule du quartier chrétien de Beyrouth. Cet homme sans âge, rarement rasé de près, m?accueille toujours par des «ahlan raïs» accompagnés de 40 secondes de salamaleks imbriqués les uns dans les autres et tout aussi flatteurs pour moi que pour mes descendants. Quand je suis arrivé devant sa boutique bricolée dont l?éclairage est assuré par des guirlandes de Noël 365 jours par an, il y avait un jeune homme qui faisait comme moi. Je ne sais pas pourquoi, mais ce jeune homme m?a fait penser à un ami d?enfance qui m?est très cher. Peut-être à cause de son profil bien marqué. En finissant ses emplettes, l?inconnu a demandé «kilo loz». Je me suis dit que j?allais l?imiter.
En repartant en voiture, j?ai commencé à croquer mes «loz» à moi, une à une, en écartant la bogue verte et duveteuse, puis la fine peau amère. En pleine euphorie gustative, je me suis aperçu que mon ami de France n?avait jamais goûté ces délicieuses amandes fraîches du début de l?été.
Feux d'artifices
le 28/07/2008 à 15h01
Hier soir, Beyrouth et la place des Martyrs ont retrouvé le goût de la fête XXL, avec le concert de l'enfant prodigue, Mika. C'était énorme, il y avait 15000 personnes selon les organisateurs, et parmi elles beaucoup d'enfants. Tout le monde est reparti le sourire aux lèvres après des feux d'artifices plus que généreux...
Et pendant ce temps-là, à Tripoli, il y avait d'autres feux d'artifices... Le bilan s'alourdit de jour en jour entre sunnites et alaouites. On se sent vraiment en sécurité depuis que tout va bien dans notre république, avec un président (à titre honorifique) et un gouvernement d'union nationale qui ne servent pas à grand chose.
Et voilà, c'est l'été au Liban.
Shooting dogs
le 23/07/2008 à 22h01
Comme tout Français moyens, il nous arrive de faire les courses en famille. De retour en terre libanaise, nous étions face à une mission facile à accomplir: remplir le frigo. Direction donc le Géant de Jdeidé, ne serait-ce que pour voir sur cette enseigne (liée à Monoprix) était toujours ouverte.
Premier constat: oui, Géant et Monoprix sont toujours là, vu que le vendeur libanais et l?acheteur du Golfe sont maintenant en procès. Ouf pour mon ambassade de France à moi.
Second constat: les rayons ont perdu la quasi totalité des produits « made in France ».
Au rayon jardinage (on aime bien le jardinage), Nat voulait s?acheter de grosses cisailles. Soit. Mais à côté desdites cisailles, bien en évidence à 20cm du sol (soit la hauteur parfaite pour des gosses), de magnifiques cure-dents géants brillaient sous les néons. En voici un...

Des machettes au rayon jardinage, pourquoi pas? Après tout, l?usage premier de cet ustensile est de couper des lianes en pleine jungle ou des bambous emmêlés. Le truc, c?est qu?au Liban, on a ni jungle (la vraie) ni forêt de bambous. Le second usage de cet ustensile, on l?a vu dans certains pays des Grands Lacs.
Alors de deux choses l?une: soit l?importateur prévoit que le Liban se recouvre d?une jungle luxuriante d?ici la fin de l?été (probabilité: 0,1% vu les feux de forêts en cours dans notre belle montagne), soit cet importateur prévoit une pénurie de AK-47 (probabilité: 49,9%), soit un container s?est perdu en chemin et a été débarqué au port de Beyrouth par erreur (probabilité: 30,7%), soit c?est un cadeau de l?ambassade de Chine au Liban qui est très dynamique commercialement (probabilité: 19,3%).
Dernier détail de taille: la machette «made in China» ne coûte que 2500 livres libanaises (même pas 2 dollars). Du coup, j?ai failli en prendre quatre, une pour chaque membre de la famille. Et même cinq: quatre pour nous et une cinquième pour Samir Kantar. Nous n?avons pas les moyens de lui offrir un M-16 comme Hassouna, mais une machette lui irait à ravir.
Atterrissage
le 22/07/2008 à 18h01
Nous voici donc rentrés de vacances, accueillis par un véritable feu d?artifice, au sens propre comme au figuré.
L?impressionnant panache de fumée qui s?élève au-dessus de Borj Hammoud et s?étend en une longue corolle malodorante jusqu?à devant chez nous ne résulte ni d?une éruption volcanique (il n?aurait manqué plus que ça), ni d?un attentat. J?ai d?abord pensé qu?il s?agissait de pneus en train d?être brûlés, comme cela s?est déjà produit en dépit du bon sens et de l?environnement, mais non. Selon certains sites web, la chaleur aurait en fait provoqué un incendie dans l?une de ces cuves de pétrole rassemblées en bord de mer comme de néfastes champignons tachetés de rouille. D?autres assurent qu?il s?agit de l?inénarrable décharge de Dora qui est en train de brûler à tous vents. Toujours est-il que cela fait bien une heure que les boucles noires se déroulent dans un ciel d?un bleu limpide. Faut-il y voir un symbole?
Bref. Nous avons raté le retour glorieux de Samir Kantar, promu depuis haut responsable dans les rangs du Hezbollah, et potentiel candidat lors des prochaines législatives. Le Liban n?est plus à un assassin près pour peupler ses hautes sphères politiques, mais tout de même.
Nous avons aussi manqué le triomphe parisien de Bachar le 14 juillet, couronné par la visite hier de Walid Moallem et son terrible «Ils ont attendu 30 ans, ils peuvent bien attendre encore quelques semaines», monstre de cynisme à l?adresse des familles de détenus libanais en Syrie. Qu?on se rassure, Moallem a renouvelé ses v?ux d?échanges d?ambassades entre la Syrie et le Liban. Ce qui serait tout à fait dans l?ordre des choses, maintenant qu?au Liban, on a repris les bonnes habitudes du temps de la tutelle, avec ces mêmes familles de détenus repoussées sans vergogne ni pincettes par des soldats trop zélés.
Nous avons encore raté le mariage de la fille Sleimane à Beiteddine, pour lequel, il y a déjà plusieurs mois, la date du concert de la cantatrice Karima Skalli, dans le cadre du festival de Beiteddine donc, a dû être repoussée. En effet, Sleimane n?était pas encore élu qu?il prévoyait déjà l?événement dans la résidence d?été des présidents libanais. Et tant pis pour l?artiste qui, par bonheur, a accepté de modifier ses dates. Sleimane est prévoyant, ça rassure.
Nous avons loupé enfin la constitution de ce gouvernement d?union nationale dont la seule fonction sera de préparer les législatives de 2009. Législatives pour lesquelles toute la classe politique s?écharpe déjà. J?avoue qu?à mon sens, le principal point positif de l?affaire est le choix de Ziad Baroud au ministère de l?Intérieur. J?apprécie le bonhomme et espère que le pouvoir ne le corrompra pas comme cela arrive presque toujours. En revanche, nous sommes rentrés juste à temps pour les pétards et autres joyeusetés qui célébraient les résultats d?examens tard dans la nuit.
Prendre (très) rarement des vacances a ceci de particulier qu?on en a si peu l?habitude que cela paraît irréel. Jamais l?image de la parenthèse ne m?a paru si pertinente. Cette brève parenthèse est déjà refermée et nous n?avons pas l?impression d?être partis. Nous revenons simplement de ces 10 jours à Sharm el-Sheikh avec le sentiment non seulement d?avoir été exclusivement perçus comme deux portefeuilles ambulants (mais c?est le jeu du tourisme après tout), mais surtout d?un dramatique gâchis pour le Liban. Imaginons un peu le bord de mer beyrouthin ? allez, au hasard, à Ramlet el-Baïda ? mis en valeur et exploité intelligemment comme l?est celui de Naama Bay. Oui, alors, on pourrait parler du Liban comme d?une véritable destination touristique et de son ministère du Tourisme comme d?une institution ayant une véritable politique en la matière. Je sais, pour cela, il faudrait régler mille et une questions de politique intérieure et étrangère. Il faudrait la paix aussi.
Mais après un bref séjour parisien fin juin et après ce court épisode égyptien, je ne constate tristement qu?une chose: le Liban se croit à la pointe de tout alors qu?il ne fait que cumuler les retards sur tous les plans. Y compris commerciaux, touristiques, culturels, environnementaux. Y compris.
Bien sûr, en Egypte (et ailleurs), ce sont les «artistes» libanais (les Haïfa, les Nawal el Zorghbi, les Nancy Ajram?) qui passent en boucle sur les chaînes de télé, ou en tout cas sur Rotana. Bien sûr, les Libanais peuplent le monde arabe et au-delà, exportent leurs talents, s?adaptent comme ils savent si bien le faire et parfois se distinguent même. Mais qu?en est-il du Liban lui-même ?
A notre retour, j?ai réceptionné les magazines de Dubaï pour lesquels je travaille. Et, une nouvelle fois, un courrier des lecteurs ? sélectionné comme courrier du mois, je ne sais pourquoi ? se plaignait de la place accordée au Liban dans ces pages et espérait que, maintenant que la «situation» s?est stabilisée, on passerait à des choses plus importantes. Non seulement le Liban est à la traîne, mais en plus il lasse?
[...]
En exclusivité, voici la prochaine version de la fiche signalétique concernant le Liban qui sera publiée sur le site letatdumonde.fr.

Leaving Beirut
le 09/07/2008 à 20h21
Flower power
le 04/07/2008 à 20h21
L?été s?est tranquillement installé sur Beyrouth. Les avions déversent les Libanais de la diaspora par brouettes entières, les prix s?envolent, les bars branchouilles sont pleins à craquer, les peaux bronzées s?exhibent, le gouvernement n?est toujours pas formé, le club de foot de Mabarra a remporté la Coupe du Liban pour la première fois de son histoire, le Hezbollah s?apprêtent à accueillir ses prisonniers? La vie s?écoulerait presque tranquillement dans notre belle république bananière.
Devant cette actualité sans grand relief, je me réfugie dans mon cocon. Ce cocon, nous le regardons s?épanouir année après année. L?été arrive et les fleurs de la terrasse se dressent fièrement sous le soleil. Aux quatre points cardinaux, bougainvilliers, rosiers, frangipaniers, citronniers, gardenias, jasmins, bignones et autres lavandes nous offrent leurs touches de couleurs. Caresser un pétale, humer une corolle et discerner les variations d?oranges ou de jaunes dans un bouquet sont autant de rites propres à nous relaxer et qui nous font oublier quelques minutes ces petites choses qui ne tournent pas rond. En regardant toutes ces plantes et toutes ces fleurs, je me dis que nous sommes bien mieux ici que dans un 30m2 avec vue sur cour à Bagneux. C?est un choix. La vie à Beyrouth n?est pas toujours rose, mais elle sera toujours au c?ur de mes pensées.
« On pensait que ça s’était calmé au Liban »
le 23/06/2008 à 13h01
Si cet homme sonne à votre porte, ne lui ouvrez pas. Si cet homme sonne à votre porte, cela voudra dire qu?une petite goutte d?eau aura fait déborder le vase du côté sunnite. Cela fait trois semaines que je propose le sujet aux rédactions européennes concernant la tension entre sunnites et chiites (surtout entre sunnites et alaouites à Tripoli)? Il a fallu quelques morts ce week-end dans ce qui reste l?une des principales poudrières du pays pour que je reçoive un «OK, on prend, mais on pensait que ça s?était calmé au Liban». Eh oui? ça s?est calmé légèrement en surface. Mais alors, juste en surface?
Comme les chefs de file de la majorité et de l?opposition font traîner en longueur leurs discussions sur la composition du gouvernement d?union nationale, les abadays de chaque camp ont ressorti les pétoires de leurs matelas. Tripoli a vécu au son des tirs ce week-end, Taalabaya et Saadnayel ont fait de même au début du mois, sans parler les camps palestiniens? Ce bon cheikh Omar Bakri nous avait dit que les salafistes attendaient la goutte qui ferait déborder le vase pour qu?Al-Qaïda se manifeste avec tambours et «pizza delivery» à gogo. Je me demande s?il parlait d?une goutte de Zam Zam Cola?













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