Jours tranquilles à Beyrouth (la bande-son de la gare)
le 30/06/2009 à 15h43
Mieux vaut tard que jamais. Cela fait 6 semaines que ce post traîne dans nos disques durs... Alors voilà: pour ceux que 40 minutes de dépaysement tenteraient, vous n'avez qu'à mettre en lecture le petit fichier ci-dessous. Ou le télécharger, à vous de voir.
Nous sommes donc le vendredi 15 mai 2009, en pleine gare de Mar Mikhaël à Beyrouth. Une grosse centaine de personnes a fait le déplacement, les gens s'installent sous le ficus plusieurs fois centenaire. Face à eux trône cette vieille locomotive, avec ce chasse-neige massif sur lequel deux paniers d'amandes fraîches attendent d'être dévalisés. Les feuilles mortes crissent sous les pas, la sono de Jade grésille gentiment en attendant de lancer sa playlist hétéroclite. Le ciel ne semble pas vouloir s'abattre sur nos têtes, malgré les prévisions alarmistes de la veille. Tout est en place, la «lecture insolite» de Jours tranquilles à Beyrouth peut commencer...
Bonne écoute. Et n'oubliez pas d'éteindre vos cellulaires.

Ghadi Smat fait son grand écart
le 22/06/2009 à 17h02
Un blog, ça peut aussi servir à faire de la pub. Pour les copains cette fois. Mercredi prochain, Ghadi Smat inaugurera sa première exposition personnelle, au CCF (rue de Damas). Pour son «Grand Ecart» personnel, Ghadi proposera une sélection de 30 tirages, allant de 20x30cm à 50x60cm, en noir et blanc ou en couleurs.
L?espace d?exposition sera divisé en deux: «L?idée est de montrer deux facettes du Liban, mais pas forcément opposées l?une à l?autre», explique ce Beyrouthin de c?ur, revenu du Canada il y a trois ans. L?exposition restera en place durant trois semaines (l'entrée est libre). Rendez-vous mercredi à 19h?
La bonne et le concierge [2]
le 18/06/2009 à 20h02
Vous vous souvenez peut-être de notre fable beyrouthine, La bonne et le concierge. L?appartement de notre voisine du 6e avait été cambriolé, l?employée philippine et le concierge syrien figuraient en tête de liste des suspects. Nous avions mis en doute le flair des forces de l?ordre? et nous avions peut-être eu tort. Si la femme de ménage est blanche comme neige dans l?affaire, le concierge syrien ? apparemment de mèche avec son prédécesseur et accessoirement cousin ? serait mouillé jusqu?au cou et est maintenant en cavale? Du coup, nous avons un nouveau concierge. Et on ne s?ennuie pas. Suivez et prenez des notes pour vous y retrouver en cas de besoin?
Mohammad, originaire du Sud-Liban, succède donc à Nayef qui succédait à son cousin Karam. Mohammad est marié à Maribel avec laquelle il a une petite fille de trois mois, Mariann, qui en fait trois de moins car née prématurément à 7 mois.
Maribel parle l'anglais, mais pas l'arabe, en dépit de ses 15 années passées au Liban. Mais Mohammad ne parle pas bien l'anglais. Donc avec sa femme, il parle le philippin. On aurait cru qu?il aurait opté pour la solution de facilité et plutôt amélioré son anglais, mais non. Parce que Mohammad a apparemment un talent caché pour les langues «exotiques»: il parle aussi l'éthiopien et le russe. Ethiopien on ne sait pas trop pourquoi, et russe parce qu?avant, il travaillait dans un «super nightclub». Soit un bar comme on en trouve à Maameltein où danseuses russes, roumaines et autres artistes d?Europe de l?Est se succèdent sur scène, souvent à leur corps défendant.
Et au 3e, il y a désormais Gertrud (oui, nous allons affectueusement la rebaptiser ainsi pour l?occasion). Gertrud est Allemande. A la nuit tombée, elle prend le volant de son 4x4, robe moulante rouge en strass, talons de 15cm et maquillage de circonstance. De quoi ne pas trop dépayser Mohammad qui a dû être un peu surpris la première fois mais qui, depuis, a sans doute des réminiscences de son précédent boulot. Il faut bien le dire, pour l?immense majorité des mâles (et pas seulement libanais), Gertrud est bonne.
D?ici à ce que Mohammad apprenne rapidement l?allemand, en tout bien tout honneur, pourquoi pas? Et nous nous retrouverons avec le concierge le plus polyglotte du pays.
Elections indélébiles
le 07/06/2009 à 20h22
La couleur du jour? Le violet! Et oui, pas d?orange, de jaune, de rouge ou de bleu pour une fois. Comme en Irak ou en Afghanistan, tous les électeurs ont dû tremper leur pouce dans un petit flacon blanc rempli d?encre violette, censée être indélébile. Afin qu?ils ne votent pas deux fois. Le seul truc, c?est qu?au bout de cinq minutes de récurage au savon, l?encre filait à l?anglaise. Pratique en cas de contestation plus tard: un électeur pourra toujours dire que quelqu?un a voté à sa place?
[...]
Tout le monde parle d?une énorme mobilisation, surtout dans les circonscriptions chrétiennes devant faire pencher la balance dans un sens ou dans l?autre. Mais il y avait aussi des abstentionnistes. Voici l?extrait d?un mail reçu d?un copain hier: «Même sans télé, j'ai les chansonnettes qui défilent dans la rue: un coup bleu, un coup orange, et un énorme poster des bleus en face de chez moi... Et le frère d'un de mes meilleurs amis, chez qui je passe tout le temps, est en campagne du côté orange avec sa tête géante partout et tout le bataclan de campagne à la maison!... Et ma mère qui m'envoie des mails pour espérer me tirer par l'oreille pour aller voter bleu à Hammana... No way out... On ne peut fuir que dans la folie paraît-il... Je simule l'autisme en m'enfonce à deux pieds dans des jeux vidéo de guerre médiévales...» Ça devait pas trop le changer non plus...
[...]
Mobilisation toujours. Cet après-midi, dans la permanence électorale du quartier, un gars déboule: «Venez, il y a une femme de 150kg qui veut aller voter et qui n?a plus la force pour monter le boulevard avec son déambulateur! Elle crie ?Aidez-moi à aller voter pour le Liban!?» Il repart, accompagné de quelques camarades. Aujourd?hui, chaque voix comptait.
[...]
Livraison à domicile. Les bulletins de vote ne sont pas disponibles dans les bureaux de vote, mais auprès des permanences électorales (parfois mobiles) des candidats. Ça ressemble à ça, un bulletin:

C?est tout petit, on peut rayer des noms dessus si l?on veut. Ce matin, c?est le coiffeur du village qui faisait la distribution à domicile pour être sûr que vous alliez voter pour la bonne liste. La classe!
[...]
14h30, direction le bureau de vote: à la limite de la distance réglementaire ? au-delà, c?est interdit ? une floraison de drapeaux oranges et une tente, orange, sous laquelle s?abrite un petit groupe de jeunes au T-shirt orange. Nous leur demandons des listes. Ils sont ravis de nous en donner mais «vous devez d?abord nous dire pour qui vous allez voter!» Du coup, ils peuvent garder leur liste. C?est à se demander, dans ces conditions, à quoi servent les isoloirs.
[...]
Nous arrivons dans le bureau de vote, sous une église. Nous sommes accueillis par un homme portant une casquette et un T-shirt? oranges! Le bonhomme se répand en attentions obséquieuses, trouvent des chaises pour que nous n?ayons pas à patienter debout dans le bureau complètement vide, nous tend des kleenex pour nous essuyer le doigt couvert d?encre mauve, alors que le préposé de la municipalité nous a déjà fourni ce qu?il faut, s?extasie avec son copain devant le classeur qu?a apporté l?une de nos gamines pour s?occuper au cas où il y aurait de la queue. Faut dire que le classeur est d?un bel orange bien pétant. Assorti à celui des T-shirt des autres membres du comité électoral chargé de superviser les élections. Ambiance festive, une jeune femme assise à la grande table en L près de l?isoloir a même jugé bon de porter une perruque orange, très carnaval. Je repars en ayant dans la tête: «Quand tu vas à Rioooooooo»?
[...]

Il a fait chaud aujourd?hui. Certains électeurs ont dû attendre des heures dans une atmosphère étouffante pour passer par l?isoloir. Mais tout était prévu, des bouteilles d?eau jusqu?aux sandwiches, empaquetés selon un code couleur bien reconnaissable?
[...]
A part ça, il y a eu quelques incidents, à Beyrouth dans le quartier sunnite de Qoreytem, dans le Sud entre Amal et Hezbollah, à Zahlé? Officiellement, l?armée libanaise a contenu tout ce petit monde. Attendons de voir demain quand les résultats ? officiels eux aussi ? seront tombés.
[...]
Il est 20h10, les bureaux de vote sont fermés depuis une heure. Aoun a fait sa première conférence de presse. Il met en cause l?organisation des élections sur une seule journée, distribue bons et mauvais points comme il le fait à chaque intervention. Ce ne serait pas étonnant qu?il y ait contestation des résultats si ceux-ci lui sont défavorables.
[...]
Ah, au fait, aujourd'hui, ça a été un très bon jour pour le tourisme au Liban. Plein de cars ont passé la frontière en venant de Syrie.
Soirée à haut risk
le 05/06/2009 à 15h21
On a tous nos petites traditions. Chaque année, plus ou moins au moment de mon anniversaire, j?organise une soirée «mecs» à la maison pour jouer à l?un de mes jeux de société préférés: Risk.
Depuis près de 10 ans, j?ai donc les mêmes partenaires de jeu. Des bons potes à moi: il y a Michel, Hassan, Samir, Walid, Nabih et, plus récemment, Saad. Comme toujours, Samir se charge de ramener les bières, Hassan quelques bons produits de la Bekaa, Michel le jus d?orange? On ne change pas une équipe qui gagne, même si c?est parfois tendu.
Hier soir donc, tout ce petit monde s?est retrouvé sur la terrasse fleurie. Après les embrassades de rigueur, nous nous sommes installés autour de la table ronde, on a sorti le décapsuleur et les pistaches, puis j?ai déployé notre plateau de jeu adoré?
Pour ceux qui ne connaissent pas ce jeu, voici un petit rappel des règles: chaque joueur se voit attribuer un objectif (ex: Conquérir tous les territoires bleus et jaunes, Conquérir Beyrouth et 10 territoires de son choix, Anéantir les armées rouges et vertes?). Au début de la partie, on pioche des cartes que voici, nous donnant armes et territoires...
Le AK-47 symbolise le milicien, la Voiture les attentats à la bombe et le Camion avec les Katioucha, l?artillerie lourde (sans compter la 4e carte, le joker, qui permet d?obtenir des armes supplémentaires de l?étranger). Ensuite, chaque joueur peut attaquer les territoires qu?il désire conquérir en lançant deux dés de 6.
Voilà, le décor est planté. L?année dernière, c?est Hassan qui avait gagné la partie. Il avait eu une carte Objectif facile: Conquérir Beyrouth en moins de 5 coups et anéantir l?armée bleue. Ça n?avait pas duré très longtemps, évidemment? Et Saad ? le plus jeune de nos partenaires de jeu ? l?avait eu mauvaise.
Nous entamons donc notre partie vers 21h30 alors que des feux d?artifice illuminent le ciel du quartier. L?ambiance est détendue, même si je sens Michel et Samir assez nerveux au moment de passer aux choses sérieuses. Chacun de nous pioche une carte Objectif. Je tombe sur Conquérir Beyrouth ainsi que les territoires Baabda, Metn, Kesrouan, Jbeil et Batroun. Conserver l?ensemble de ces territoires durant 5 tours pour proclamer la Principauté du Liban chrétien. Merde. Je me dis que Samir aurait été content de la piocher, celle-là.
Et nous voici embarqués dans une partie endiablée, où les armées des uns envahissent les territoires des autres. Nabih ? qui a l?air content quoi qu?il arrive ? se fait vite éjecter du jeu par Hassan et bizarrement, je n?arrive pas à comprendre les stratégies des uns et des autres. Michel met le paquet sur les territoires que je dois conquérir comme le Metn et le Kesrouan sans voir qu?il va se faire prendre par derrière, Samir n?arrive pas à dépasser les quelques territoires du nord, tandis que Hassan, petit à petit, prend possession de territoires partout sur la carte. Walid, lui, lance les dés avec fougue et se prend gamelle sur gamelle. Quand ce qui devait arriver arriva: une bataille féroce entre un Samir acculé dans la case Bcharreh et mon pote Michel, bien décidé à évincer un nouveau joueur du jeu. Alors que Saad s?emberlificote les pinceaux tout au nord entre Minyeh-Denniyeh, Tripoli et le Akkar, Samir craque et envoie valdinguer le plateau de jeu sur lequel ne restaient plus que des pions jaunes et oranges, ou presque? Sur le moment, je suis surpris car il s?était un peu calmé dernièrement, le Samir, mais je ne suis pas mécontent que la partie se finisse ainsi, sur ce statu quo, car j?allais me faire éliminer du jeu moi aussi (faut dire que ma carte Objectif était un peu cul-cul). Walid ramasse parterre les deux derniers pions qui lui restaient en se disant qu?il pourrait bien avoir encore un coup à jouer, quel que soit le futur vainqueur.
Il y a quelques jours, j?avais eu envie de changer un peu la tradition de cette soirée entre mecs, en remplaçant le Risk (qui reste un jeu de hasard) par son pendant plus intelligent, Diplomacy. Dans ce jeu, pas de dés, juste d?habiles négociations et de la stratégie machiavélique. Je me suis ravisé au dernier moment. A juste titre je crois, car à ma table, il y aurait eu bien pire que moi et surtout bien meilleur.
Je viens de recevoir un coup de fil de Michel: il tient à refaire une partie dimanche soir. Hmm?
Tony de Florette & diverses histoires d’O
le 02/06/2009 à 20h42
Quittons un peu Beyrouth deux minutes. Samedi, je suis allé du côté de Harissa (à 15km au nord de Beyrouth) pour les besoins d?un reportage sur la campagne électorale libanaise. Nous étions donc le 30 mai, dernier week-end du mois de Marie, synonyme dans cette commune du Kesrouan de jackpot pour les curés. Avec un million de touristes en un mois, les caisses du seigneur débordent. Comme une rivière de son lit, alimentée par des torrents de billets bleus.
Du coup comme j?étais dans le coin, je suis allé à un petit kilomètre de là, rejoindre Tony Chemaly, président de la municipalité conjointe de Daroun-Harissa. Un peu paumé, je l?appelle pour qu?il m?indique le chemin: «Quand tu seras près de notre église, demande à qui tu veux, tout le monde sait au j?habite», m?explique-t-il. Je réponds: «Ah oui, je vois où c?est, la petite église sur la place du village...» Objection interloquée de mon interlocuteur: «Quoi!? Mais c?est une grande église!» Euh?
Après un café, un 7Up bien frais et une interview en bonne et due forme sur la campagne dans la région, il m?invite à crapahuter sur son terrain à flanc de montagne. Le sourire aux lèvres, comme un gamin, il me montre le cratère creusé par une pelleteuse.

Au fond du trou, un ouvrier y va à coups de pioche et un filet d?eau boueuse jaillit: «T?as vu ça? T?as vu ça?, me demande ce gaillard de 43 ans, heureux comme un gosse, de grosses gouttes ruisselant sur ses tempes. C?est ma source! C?est ça la vraie richesse du Liban!» En ces temps où l?argent coule à flot pour arroser les électeurs, j?ai trouvé l?image décalée et plutôt touchante.
[...]
Un peu plus tard, en redescendant vers la capitale, je me retrouve englué dans un embouteillage à la hauteur de la Quarantaine, théâtre de massacres contre les Palestiniens durant la guerre de 1975. Le long du Nahr Beyrouth ? qui n?a de fleuve que le nom ? se dresse la silhouette cubique du Forum, une grande salle d?exposition/concert/meeting électoral. Et là, les drapeaux orange sont de mise ce samedi: des centaines de partisans du Tayyar sont partout, jouant du klaxon (avec le fameux «tarata tata»), achetant la panoplie complète du parfait petit aouniste à des vendeurs venus d?ailleurs, le tout mollement canalisé par des militaires venus en nombre.

D?ici le Jour J, 50000 policiers et soldats pas trop coulants seront mobilisés sur tout le territoire afin de garantir l?ordre public. Et puis pour être sûr que tout se passe bien sur les routes ce jour-là, le ministère de l?Intérieur a interdit la circulation aux 2 roues tandis qu?une équipe du ministère français de l?Intérieur est actuellement à l??uvre afin d?établir un plan devant garantir la fluidité de la circulation dans tout le pays, le week-end prochain. Objectif idéal: zéro bouchon pour que le 7 juin soit un long fleuve tranquille?
Note pour plus tard: si les 2 roues n?ont pas le droit de circuler, éviter de commander des pizzas dimanche soir.
Boycotter Dhû-n-Nûn ?
le 24/05/2009 à 13h44
Comme chaque année à cette saison, une question existentielle se pose aux Libanais: où aller à la plage?
Et pour certains partisans du 14 Mars, le problème peut prendre une tournure particulièrement grave en cette période pré-électorale. Exemple: depuis la fin des années 90, une petite plage de Jiyeh faisait le régal d?une population fuyant les complexes décomplexés, les étals de chair fraîche et collagénées et les sonos hurlantes. Ce havre de tranquillité porte un nom: Jonas. Un minuscule coin de rivage méditerranéen pas trop bétonné, ambiance plutôt bon enfant, maîtres nageurs sympas, cadre fleuri avec ces belles gerbes de lauriers roses, et factures pas trop salées. Année après année, ceux qui préfèrent simplement passer un moment loin du tumulte y ont pris leurs habitudes. J?l?aime bien, moi, Jonas.
Et puis voilà. L?heure des élections approchant, les 14M ont décidé de boycotter tout ce qui portent la couleur orange: le jus du même nom, les couchers de soleil, le mobilier des années 70 vintage? jusqu?à Jonas. La semaine dernière, deux amis (distincts) m?ont affirmé la même chose: Nassif Azzi, le sympathique propriétaire de la plage, est aouniste! Enfant du pays, il est même candidat du Tayyar! Collabo! Plus question pour un partisan du 14 Mars de mettre les pieds là-bas. Mais où donc aller à la plage cette année?
J?en souris encore tout en me demandant: «Vais-je alimenter le trésor de guerre du CPL en payant l?entrée de Jonas tous les week-ends durant 4 mois? Dois-je succomber à la gentille propagande des anti-CPL et moi aussi bouder Jonas? Dois-je me moquer éperdument de ce boycott puéril? Malheur! Que dois-je faire?» Et puis finalement, comme les choses sont bien faites en ce bas monde, un événement a décidé pour moi.
La belle et luxuriante décharge de Saïda, quelques kilomètres plus au sud, a donné de gros signes de faiblesse ces derniers mois en raison de tempêtes hivernales et de petites secousses telluriques, ayant entraîné la municipalité de la ville sunnite à déclarer l?«état d?urgence environnemental» pour la côte du Sud. Du coup, je vais moi aussi passer mon tour cette année pour Jonas. Mais ce sera pour une raison de santé publique, loin des considérations bassement politiciennes. Je n?ai juste pas envie qu?il pousse un bras supplémentaire à mes filles avant la fin de l?été.
Jours tranquilles à Beyrouth (à Beyrouth!)
le 12/05/2009 à 15h23
Bon, nous poursuivons la promo car les choses sérieuses commencent pour Jours tranquilles à Beyrouth sur son terrain d?origine, Beyrouth! Après le lancement de l'autre côté de la Méditerranée, le voici donc qui débarque au Liban. Il est en vente depuis un mois à la librairie Al-Bourj au centre-ville et vient de rejoindre les étals des 10 points de vente de la librairie Antoine.
Parallèlement, nous préparons notre petit rendez-vous du vendredi 15 mai 2009. Pour faire simple, il s?agit d?une lecture en plein air dans le cadre des «Lectures insolites» initiées par la Mission culturelle française au sein du programme de «Beyrouth capitale mondiale du livre». Cette lecture se fera dans la vieille gare ferroviaire de Beyrouth, à Mar Mikhaël (33°53'55.10"N 35°31'44.20"E pour les amateurs de Google Earth). Un lieu que nous aimons tout particulièrement, hors de l'espace et du temps dans cette ville qui va à 1000 à l'heure, nous offrant donc un cadre franchement unique dans la ville. La lecture sera accompagnée d?un set musical assuré par Jade du Basement. L?entrée sera évidemment gratuite? et le parking assuré.
Rendez-vous vendredi.
La bonne et le concierge
le 05/05/2009 à 20h01
Note aux lecteurs et aux lectrices: ceci n'est pas une fable de La Fontaine libanaise. Quoique.
Une après-midi ensoleillée de la semaine passée, 14h30. C?est la consternation dans le quartier: l?appartement de notre voisine du sixième a été cambriolé. En plein jour, entre 9 et 13h. Au nez et à la barbe de toute une population qui se connaît très bien, et des membres de l?héroïque équipe de campagne de Ramsès III, tous occupés à jeter les dés dans un coffret en marqueterie damascène.
Les lieux du crime: un appartement sans signe particulier, à part des bijoux de famille et une enveloppe où reposaient quelques dizaines de billets de 100 dollars. La porte a été fracturée, mais pas trop, laissant supposer que le (ou les) voleur(s) disposai(en)t de la clé. Les policiers du quartier ont donc débarqué, garant leur Dodge Charger rutilante sur le trottoir d?en face. D?abord deux hommes en uniforme fraîchement imprimé de ce beau camouflage gris et noir, puis l?équipe technique, chargée de relever les empreintes digitales sur la porte d?entrée, les placards et les tiroirs fouillés par les visiteurs. Puis une deuxième équipe, et une troisième. Immédiatement, tous les voisins se mêlent de l?enquête, et donnent leur avis sur la culpabilité des uns et des autres. «C?est certainement la bonne ou le concierge», assure un sexagénaire, sûr dans son flair.
Evidemment, l?employée de maison philippine et le concierge syrien ont passé un long moment au poste. Ayant eu vent des commentaires des voisins, l?un des policiers glisse un peu agacé: «Ils se prennent tous pour des FBI!» Avant d?ajouter, lui aussi sûr de son flair: «C?est souvent la bonne qui se fait séduire par le concierge.» Le problème, c?est que les deux avaient un alibi en béton armé, ce qui réduit à néant la déduction facile conduisant systématiquement à ces coupables tout trouvés: les deux étrangers commis d?office aux tâches ingrates pour un salaire de misère.
Depuis, plus rien. Pas d?enquête de voisinage, quelques timides questions aux habitants de l?immeuble, forcément insoupçonnables (nous en autres). Notre voisine continue de pleurer ses dollars mis de côté pour un voyage au Canada qu?elle ne fera plus. Les alibis des usual suspects étant confirmés, l?affaire en restera certainement là.
Mais réjouissons-nous: parmi les projets de coopération entre la France et le Liban annoncés lors de la récente visite de Michèle Alliot-Marie à Beyrouth, quelque chose a piqué ma curiosité. Beyrouth et Paris viennent d?annoncer la création d?une académie de police, sur un terrain de plusieurs hectares à quelques encablures de l?aéroport. Aurons-nous bientôt de vrais enquêteurs à mettre dans les Dodge offertes par l?Oncle Sam? Mystère mon cher Watson?
Le crépuscule de monsieur Tueini
le 02/05/2009 à 12h22
Je ne sais pas pourquoi, mais je pense beaucoup à Ghassan Tueini ces jours-ci. Jusqu?à la nuit dernière où j?ai même rêvé de sa mort. Peut-être est-elle imminente. Je l?ai croisé il y a dix jours, à l?inauguration officielle de Beyrouth Capitale mondiale du livre. Il était porté à bout de bras par deux gaillards avec oreillette. Quelques jours plus tôt, le photographe Raymond Yazbeck, auteur de l?image ci-dessus, l?avait croisé à Paris lors d?une exposition. Il m?avait dit à son retour: «Ghassan est mal en point. Vraiment très malade.» Ghassan Tueini a 83 ans.
Je me demande quel regard le vieil homme porte sur son pays, au soir de sa vie. Une vie difficile. Il a perdu une fille en 1964, sa femme Nadia en 1983, son plus jeune fils en 1987 et son héritier politique et professionnel en décembre 2005 quand le gros 4x4 de Gebran a explosé. Cet intellectuel ? qui a connu ce qu?un homme peut vivre de pire: survivre à presque toute sa descendance ? a derrière lui une carrière professionnelle exemplaire: patron du Nahar pendant des décennies après avoir fait des études à Harvard, il a participé à la création, dans les années 50, de la première faculté arabe de droit, de sciences politiques et d?économie. Il se lance aussi en politique: premier député du PSNS (dont il s?éloignera très rapidement lorsque la fraternité syro-libanaise aura pris le dessus sur les principes de laïcité qu?il défendait), il est nommé vice-Premier ministre en 1970 puis ministre du Travail en 1975. Puis il se tourne vers la diplomatie, devenant ambassadeur en Grèce avant de représenter le Liban à l?Onu, de 1977 à 1982. Farouche défenseur de la souveraineté et de l?indépendance du pays et opposant à la tutelle syrienne, Ghassan Tueini a raté d?un cheveu le prix Sakharov en 2006.
Nathalie avait eu à le côtoyer à la fin des années 90, lorsqu?elle travaillait au lancement par Gebran d?un féminin que Ghassan rejetait en bloc. A tel point que le bonhomme s?était vivement opposé à ce que le magazine en question soit baptisé Naharouki (ton Nahar), afin qu?aucun lien ne puisse être fait entre cette publication dont il ne voulait pas entendre parler et son cher Nahar. Les relations père-fils n?avaient pas toujours été simples entre un Ghassan intransigeant et un Gebran qui voulait à tout prix prouver qu?il pouvait être à la hauteur de son frère défunt, dans lequel le paternel avait placé tous ses espoirs. Suite à sa rencontre avec les deux Françaises en charge du projet éditorial, Tueini senior s?était adouci. Le label Naharouki avait tout de même été abandonné, mais le patriarche avait laissé le bénéfice du doute à l?équipe, et accepté de la soutenir dans sa démarche. Depuis, le magazine est devenu autre chose, aux antipodes de ce qu?il aurait pu être, mais ceci est une autre histoire. Il reste de cette époque le souvenir d?un homme de poigne, à la présence imposante et aux principes stricts, mais qui savait écouter ceux dont les arguments étaient cohérents.
Je vais m?arrêter là pour les présentations. Aujourd?hui, je me demande simplement si cet homme respectable sera encore là le soir du 7 juin. Où si son c?ur choisira de lui épargner ça.
Out of the blue
le 27/04/2009 à 0h01
Depuis bien des années, il est un plaisir égoïste que je m?autorise de temps en temps, un cadeau de valeur que je m?offre dès que j?en ai l?occasion. Il ne s?agit pas d?un soin complet corps et visage chez Dessange, d?une tenue à la dernière mode, griffée bien sûr, ou d?un week-end à Rome ou Istanbul avec une copine.
Non. Depuis des années, mon grand bonheur consiste en deux choses simples: un bain chaud et un bon livre. Si, en fond sonore, je peux entendre le rire de mes enfants qui jouent avec cette complicité magique qui est la leur, je suis comblée. Mais le silence me va aussi. Cela les fait rire, mes filles, de me voir consacrer de rares moments de quiétude à ces lectures en trempette. Cela les fascine aussi, cette sérénité du corps et cette ébullition de l?esprit et des émotions. Tous les sens sollicités, y compris ceux qui vont au-delà des cinq connus. Si elles avaient pu voir combien j?étais en manque, durant ces longues années parisiennes au cours desquelles je prenais appui sur les toilettes pour entrer dans une douche minuscule? Il m?arrivait d?y lire accroupie, pas longtemps.
Et puis, il y a quelques temps, j?ai reçu un autre beau cadeau: ma fille aînée, ma grande petite, est entrée dans le bonheur de lire. A l?école, en cachette sous ses cahiers; dans son lit, les pieds en l?air ou parfois sous les draps, pour ne pas être vue parce que sa lecture était comme un trésor qu?il ne fallait pas exposer aux yeux des curieux; aux toilettes, c?est un classique; et puis, bien sûr, dans le bain. Elle est entrée dans ce bonheur de lire comme on entre dans les ordres, avec conviction, dévouement, et sans conditions.
Alors, plus que jamais, je me suis dit que dans ma maison idéale, je n?aurais en fait besoin que d?une baignoire et d?une large, très large bibliothèque. Deux baignoires, éventuellement, puisque nous sommes désormais plusieurs dans ce bonheur. Tout le reste n?est que garniture, ou nécessité élémentaire, comme ces aliments qu?on ingère juste parce qu?il faut se sustenter, et non parce que notre lumière intérieure s?en nourrit elle aussi.
C?est pour cela que je suis triste d?avoir dû faire appel aux services d?un menuisier qui m?a construit une bibliothèque sur mesure. Parce que, dans les magasins, les vendeurs n?avaient pas de bibliothèques; d?ailleurs ils ne comprenaient pas ce que je voulais dire, quand j?essayais de leur expliquer ce que c?est, un meuble juste pour des livres, alors que je ne suis même pas avocate...
Haifa, George & le Cessna
le 24/04/2009 à 18h42


La ville est en émoi. Enfin, pas toute la ville non plus, et pas tout le monde non plus. Surtout pas pour les mêmes raisons.
Au milieu, nous avons un gros groupe de poilus qui pleurent toutes les larmes de leur corps: leur idole s?est faite passer la bague au doigt ce matin à un obscur homme d?affaires égyptien. Voilà, c?est fait c?est dit, Haifa Wehbé s?est (re)mariée, brisant les c?urs de tous les Arabes, du Maroc au Golfe persique. Céty pas triste ça!
A gauche, nous avons le Centre libanais des droits humains et la Fédération internationale des droits de l?homme qui s?insurgent contre la nomination du général George Khoury, ex-boss des renseignements militaires (qui s?est fait soufflé la politesse par Khawaji pour le trône kaki), au poste d?ambassadeur auprès du Vatican. Les deux organismes lui reprochent son goût pour la torture et considèrent que ce placard doré lui fournit une immunité qu?il ne devrait pas avoir. Remarquez, ce ne serait pas la première erreur de casting au Saint-Siège.
Et puis à droite, y?a l?armée libanaise qui frétille. Sur son site web, nous découvrons ébahis que «les Forces de l?air» sont toutes heureuses de vous faire part de la réception, en provenance directe des Etats-Unis, d?un? Cessna Caravan (je savais pas que ça existait, la version caravane d?un avion). Ce doit être pour se prémunir de la prochaine version israélienne de Tora! Tora! Tora!
Comme quoi, il s?en passe des choses au Liban?












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