Les autres thématiques

 Strog's Prague pictures & opinions diverses
Fiche Blog

Strog's Prague pictures & opinions diverses

http://strogspraguepics.blogspot.com/

Strogoff

France

Photographie Voyage Europe Republique Tcheque Strogoff Prague

La République Tchèque au travers du regard de Strogoff : photographies, et comptes-rendus très détaillés au fil de ses visites et découvertes.

Votre note :

Moyenne :

Nouvelles notes publiées
  • 07/06
  • 16/05
  • 01/05
  • 08/04
  • 14/03
  • 09/02
  • 18/01
  • 04/01
  • 09/12
  • 29/11
  • 14/11
  • 25/10

Visiter: Ste Marie de l'annonciation sur gazon

le 07/06/2009 à 12h01


Message personnel
Chères Lectrices, chers Lecteurs, si vous disposez d'une adresse Email chez Hotmail, alors je suis dans l'incapacité de vous envoyer le moindre courriel, à fortiori ma niouzlêteur que certains d'entres-vous m'ont demandée. Comme toujours chez Microsoft, la raison est hautement technique (cf. "Windows a rencontré une erreur et doit fermer...") et tient de l'incompatibilité entre les atomes de silicium du serveur Hotmerde et la chute des stock-options de Bill Gates.

Aussi je vous passe les détails, mais notez que malheureusement, et malgré tous mes efforts, ma niouzlêteur ne peut pas vous être délivrée, comme tout autre message d'ailleurs. C'est pour cette raison que je vous en informe par cet intermédiaire plutôt que par Email personnel.

Bien entendu, je ne peux pas vous demander de changer de provider, mais si vous étiez insatisfaits des services de Hotmail et souhaitiez en changer pour quelque chose de plus... ouvert, de plus compatible, de moins contraignant, de moins Microsoft, bref, de plus mieux, alors je ne saurais que trop vous conseiller GMail (aujourd'hui le top de la boîte de messagerie), sinon LaPoste (certes moins top que son concurrent, cependant il fait son boulot correctement).
Fin du message personnel

Il est comme ça à Prague, des monuments historiques sur lesquels vous ne trouvez pas beaucoup d'information. Ils ne sont pratiquement jamais mentionnés tellement ils semblent être totalement anodins (et parfois même ils le sont réellement), toutefois l'environnement qui les entoure (autour), c'est à dire le contexte historique, le lieu où ils se trouvent, et/ou les gens qui leur sont liés, leur octroient une importance paradoxalement fantastique. Et notre église d'aujourd'hui en est un exemple flagrant. Cette publie est donc consacrée à un petit édifice dans la nouvelle ville de Prague 2, sur l'ancienne route principale qui reliait Prague à "Vy?ehrad" en passant par la rue Brûlée devant St Jean sur le roc.
Aujourd'hui donc: l'église "Zv?stování Panny Marie Na slupi", également connue sous l'appellation "kostel Panny Marie Na Trávní?ku". Alors quelques éléments sur les noms, parce que c'est assez... curieux? Enfin z'allez voir. "Zv?stování Panny Marie" c'est relativement simple: vierge Marie de l'annonciation, no souci. "Na Trávní?ku": sur le (auprès du) gazon, no souci non plus sinon que... la vierge Marie jouait au golf? Pique-nique? Qu'est-ce que le gazon vient faire ici? En cette seconde moitié du XIV ème siècle, l'emplacement aujourd'hui bétonné, urbanisé, était un havre de verdure où chantaient les zoiseaux, un paradis champêtre au fond d'un petit vallon calme traversé par la rivière "Boti?" (qui existe toujours, du reste). Et de par cette quiétude bucolique, le coin s'appelait "au (sur) gazon".
Et maintenant l'expression pure coton "Na slupi" (coton parce que personne ne sait vraiment). Première hypothèse, "slup" viendrait de la colonne (pilier, aujourd'hui "sloup") qui se trouvait encore au XVI ème siècle sous la tribune d'orgue de notre église (cf. "Jaroslav Schaller, Beschreibung der Haupt- und Residenzstadt Prag, I.-IV., 1794-97"). Hypothèse 1-A, Cette colonne viendrait d'un très ancien temple païen, et servait de socle à l'idole (pas hyène) "Svantovít" (cf. "Franti?ek Ruth, Kronika královské Prahy a obcí sousedních, 1903-1904"). Hypothèse 1-B, elle fut érigée en hommage aux moines trucidés par les hussites en 1420 (cf. "Gelasius Dobner, Annales Hageciani , 1761"). Seconde hypothèse, "Na slupi" serait le nom du domaine d'un certain "Racek p?i Boti?i" vaguement mentionné dans un écrit de 1448 et qui se trouvait céans, le domaine. Troisième hypothèse: selon l'archiviste principal de la ville de Prague "Josef Teige", il y aurait eu là une maison dite "na sloupích".
Et finalement la quatrième et sans doute la plus probable des hypothèses: "na slupi" viendrait du mot "slup" ("d?ev?ná klec k lovu a p?echovávání ryb"), nasse à poisson utilisée pour la pêche, et tout particulièrement dans la rivière "Boti?" alors copieusement poissonneuse en ces temps d'alors. Bon j'vous laisse choisir, et je passe directement au sujet.

Au tout début, avant même l'arrivée du bon roi Charles IV aux commandes du drone de la Bohême, le terrain où se trouve notre église appartenait au chapitre de "Vy?ehrad". Il est même fait mention dans un écrit de 1321 d'une églisette, pas grande, mais propriété du chapitre. Ensuite, lors d'une partie de poker avec le chanoine, le bon roi Charles IV récupéra tous les environs où il y fonda sa nouvelle ville de Prague (8 mars 1348).
Et parce qu'il fallait bien quelqu'un pour défricher tout ce maquis végétal, il invita en 1360 l'ordre des servites à venir s'installer à "Na slupi" (il en invita aussi d'autres, des ordres, mais il les sédentarisa ailleurs, tandis que les servites se prêtaient bien à l'environnement champêtre). Par décret du 24 mars 1360 (parfois 28 mars), il commanda pour eux la construction d'un monastère, et la légende raconte que le roi en personne en aurait posé la première pierre. Quelques temps plus tard, mais sans qu'on ne sache réellement quand, naquit notre église gothique Ste Marie de l'annonciation.

Malheureusement, l'édifice naquit sous de bien mauvais auspices, et moins de 60 ans plus tard commencèrent les évènements hussites. Au début de l'année 1420, l'empereur Zikmund (l'enflure) décida qu'il était temps d'en finir avec les insurgés hussites, parce que l'ordre devait régner à Prague. Il organisa donc la première croisade contre les hérétiques praguois, croisade qui se termina par une effroyable branlée de l'empereur et de ses croisés à la bataille dite près de "Vy?ehrad" (novembre 1420). Or juste avant, alors que les armées impériales se planquaient dans la forteresse assiégée ("Vy?ehrad"), ben les hussites bombardaient allégrement la place forte sans grand dommage pour celle-ci cependant, mais beaucoup plus pour les environs où ils se trouvaient, en particulier pour l'église. En effet la légende raconte que les hussites installèrent carrément dans les ruines de l'église un canon, une bombarde, une catapulte, une baliste, ou un trébuchet, voire même un mélange de tout ça, parce que les sources écrites sont assez confuses.
Ce qui est par contre certain, c'est qu'ils dévastèrent copieusement le monastère comme l'église de Marie et trucidèrent comme à l'accoutumée une soixantaine de moines (qu'ils trucidèrent comme à l'accoutumée, pas la soixante à l'accoutumée, parfois c'était plus, parfois moins, selon l'offre du moment. Lecture: "Jan Franti?ek Beckovský, Poselkyn? starých p?íb?h? ?eských"). Les 2 édifices religieux restèrent en complètes ruines pendant toute la durée des agitations, et ce n'est que vers la mi-XV ème siècle que l'on remit un peu d'ordre dans tout ce foin. D'aucuns pensent que l'église eut alors appartenu à la famille "?váb z Chvatliny" de part leur blason sur la clé de voûte dans la nef Ouest (mais sans garantie). Puis quelques moines revinrent, ils reconstruisirent un peu, et semblerait-il même retoiturèrent, mais à la mort de l'abbé en 1554, tout retomba en ruine. On refourgua alors le boulet aux augustins de "Karlov" (cf. l'ancien monastère près de l'église Ste Marie de l'assomption et de St Charlemagne) qui, faut quand même bien le dire, n'en avaient rien à fiche, de la ruine.
Il fallut alors attendre la bataille de la montagne blanche, pour que cette ordure de Ferdinand II rende "Na Slupi" aux servites. Eh ouais, mais les servites en 1626 s'en foutaient également, parce que justement ils se construisaient à la montagne blanche ("na Bílé Ho?e" chytili tcho?e :-) un nouveau monastère avec une nouvelle chaplette Ste Marie de la victoire. Sauf que comme c'était 'achement loin du centre, que pour sortir le soir en boîte de nuit... enfin ils ne finirent pas l'édifice, mais finirent par le vendre en 1673 à "Maxmilián Valentin z Martinic". Situé sur la route particulièrement fréquentée en direction de "Karlovy Vary" et de l'aéroport de "Ruzyn?", sur la droite, juste avant le terminus des trams, "Max-Val" flaira de suite la bonne attraction touristique et en fit une auberge, fonction que les bâtiments conservèrent durant toutes ces années jusqu'à récemment (notez sur la photomap le bâtiment au milieu, qui devait être la chaplette Ste Marie).
Les servites s'installèrent alors en ville, très en ville, en l'église St Michel, où qu'ils restèrent jusqu'à la St Joseph (l'empereur réformateur, Joseph II, qui fit fermer les monastères). Entre-temps (depuis vers 1666) ils retapèrent quand même un peu "Na Slupi", parce qu'en cette période de recatholisation y avait du pognon à la pelle pour les curés. Ils mirent un toit, un peu de chauffage, les basics indispensables genre, et le jour de la Fêt.Nat. 1669 (véridique, le 14 juillet 1669) le monastère vit le retour des moines servites. Ces derniers restaurèrent alors le monastère comme l'église de fond en comble, jusqu'en 1726. Puis les réformes de Joseph II mirent un terme final à l'activité spirituelle des 2 édifices en 1783.
Furent également fermés les monastères servites de St Michel, de "Konojedy" pis d'autres, et donc il ne resta plus que "Nové Hrady", seul monastère où les servites sévissent encore aujourd'hui (que je sache). L'église fut vidée de tout son contenu (certains artefacts furent déménagés chez les frangines de Sainte Elisabête, à 20 m de là) quant au monastère, il fut utilisé par l'armée qui y installa ses artilleurs, son trésor (fisc militaire), plus tard un centre d'enseignement, et à partir de 1856, le monastère devint un asilàdébilmentaux (en fait la succursale de Ste Catherine, à 600 m de là). Et justement, dans le cadre de cet établissement psychiatrique, l'on mit à disposition des patients l'église Ste Marie de l'annonciation (z'en étaient plus à ça près, les branques) qui en prit auparavant pour 5 ans de réfection complète.
Ainsi entre 1858 et 1863, le professeur "Bernard Grueber" néogothisa notre édifice, lequel fut également regarni des éléments liturgiques auparavant retirés ou volés (enfin des nouveaux, pas des originaux). L'inventaire avant travaux signale par exemple qu'entre 1783 et 1858, plusieurs tableaux de valeur sur les retables des autels disparurent à jamais, alors que les tuyaux d'orgue furent fondus pour en faire des boutons. Bernard regothisa donc les façades, la tribune d'orgue, le portail de la chaplette Ste Marie douloureuse et la tour, dont il retira le bulbe pour le remplacer par une flèche (gothique). Entre 1914 et 1916 l'église subit encore une dernière restauration visuelle, lorsqu'on fit tomber le crépi afin de laisser la pierre brute à nu. A la création de l'Etat tchécoslovaque en 1918, l'église passa sous la gérance de la ville (de Prague), et dans la seconde moitié du XX siècle, l'asilàdébils fut transformé en hospiçàrhumateux (c'est 'achement mieux), fonction qu'il assure encore aujourd'hui partiellement cependant.
Finalement le 1 février 1995, l'on refila jouissance de l'église aux curés orthodoxes. Après quelques coups de peinture, l'on y célébra la Pâque (orthodoxe) cette même année 1995, et depuis, Ste Marie de l'annonciation comme le stand à merguez sont sous leur gérance.

D'extérieur, notre édifice ressemble bien à une église. La première chose que vous ne pouvez pas louper, c'est la tour frontale. Elle mesure 38 m de haut, et même si ce n'est pas spécialement visible sans qu'on vous le dise, elle penche fortement d'un côté (apparemment le plus de toutes les tours de la ville aux cent tours) au point qu'il existe une différence de quelques 60 cm entre son sommet et sa base par rapport à la verticale toute droite.
La cloche dans la tour fut fondue lors de la première guerre mondiale, et à cause de cette forte inclinaison, il est impossible d'en remettre une autre (ou alors toute petite, en plastique mou, afin de ne pas aggraver la statique). Depuis, le pope joue du clairon pour appeler ses ouailles à la messe. Ensuite la tour se compose de 5 étages asymétriques en hauteur comme en forme, les 3 premiers sont rectangulaires (voire même presque carrés) tandis que les 2 derniers sont octogonaux (complètement octogonaux, pas comme les rectangles carrés d'en-dessous). Notez les corniches des 2 premiers étages qui se prolongent tout autour de l'édifice.

D'intérieur, la première chose qui surprend c'est l'espace, enfin le plan pratiquement carré.
Contrairement aux églises classiques rectangulaires, en longueur, avec une croisée de transept parfois, ben cette église possède une disposition unique pour son époque (seconde moitié du XIV ème siècle). Elle aurait été la première église de ce type dans toute l'Europe centrale, et aurait servi de modèle pour les autres qui ont suivi dans ce style (carré). Remarquable est aussi le plafond. Quatre voûtes d'arrêtes soutenues par un unique pilier central, et dont le motif (d'arrête) change devant l'arc d'autel. Ce plafond serait d'entre les années 80 à 90 du XV ème siècle. Notez que certaines clés de voûtes sont décorées d'armoiries (notez également l'armoirie hors clé de voûte mais carrément sur l'arrête). On en ignore les familles (enfin on ne les connait pas toutes), mais l'on présume fortement qu'elles auraient contribué financièrement à la réfection de l'édifice après les guerres hussites.


Parmi les décorations, vous ne pouvez pas louper l'iconostase. Elle provient de Ruthénie subcarpatique (aujourd'hui en Ukraine), territoire qui entre les 2 guerres appartenait à la République tchécoslovaque. L'objet est en bois de tilleul (calmant mais diarrhéique à forte dose) et sépare l'abside (le choeur) de la nef. De nombreuses icônes y sont incrustées: une croix, une sainte trinité, des saints orthodoxes et un sticker Coca Collé... Notez les splendides personnages sur les portes tsariennes: la vierge Marie, l'archange Gaby, St Jean, St Matthieu, St Luc, St Marc et St Ménage. Par "tsariennes", comprenez non pas "tsar" dans le sens empereur de toutes les Russies, mais chef, souverain, supérieur.
En fait seul le protojerej peut franchir ces portes qui séparent le séculier du sacré, et surtout pas une femme, qu'elle soit prêtre, de ménage ou même plombier de bénitier. Derrière les portes tsariennes n'accèdent que les mâles, et encore habillés de façon appropriée car le protocole vestimentaire est poussé à l'extrême chez les orthodoxes. Protojerej? Du grec "protos" (premier) et "jerej" (hiereus - prêtre, a donné "hiératique" en Français), prêtre principal (protoprêtre) parfois appelé protopope (ou prototype), genre de primocuré à l'instar des zoaires (proto...), mais orthodoxe. A noter que "protojerej" est un titre ecclésiastique (comme doyen ou vicaire, car on peut être doyen et vicaire) et non pas un rang (curé ou vêque, car on ne peut pas être curé et vêque, abbé non, pas possib').
Ainsi le protojerej peut être un métropolite, un exarque, un higoumène ou un pope (music). Lorsque de surcroît il est en droit de porter la mitre, alors on dit qu'il est "mitré", ce qui est linguistiquement incorrect puisqu'il peut porter la mitre, mais n'est point obligé: il peut se coiffer d'un béret basque, d'une cloche à fromage, voire d'une crêpe s'il est maladroit en cuisine. On devrait donc dire "mitrable" ("able": suffixe formateur d'adjectifs exprimant la possibilité passive, cf. ministrable, papable...) et non mitré lorsque justement il ne la porte pas, sa mitre. Bref, à gauche des portes à nouveau Marie, à droite son fils. Puis encore à côté d'eux, deux portes plus petites que les tsariennes. Elles sont dites "(arch) angéliques" d'abord parce qu'y sont représentés Gaby et Mickélé, ensuite parce que c'est par ces portes que déambules les diacres qui représentent les anges, acolytes du premier rôle (le prêtre) qui représente Jésus (le tsar).
Contre les murs se trouvent plusieurs gonfanons tissés d'icônes saintes. Ils doivent sans doute servir lors des processions du 14 juillet? Et vous ne pourrez pas louper l'icônophoto du grand patriarche Alexey II qui fait une tête de père fouettard à faire chialer les gosses. Il fut tout juste remplacé (début 2009) par Kirill 1er (Cyril) puisqu'Alexey fut rappelé aux cieux par le seigneur fin 2008, aussi vous verrez fort probablement une autre photo que vous pourrez comparer avec la mienne, genre si l'orthodoxie se décrispe. En terme de tableaux pur style byzantin, vous trouverez St Cyril et St Méthode, St Boris et St Gleb, St Georges et St Dragon, et plein d'autres St Encore (cf. mes photos)...

Quelques éléments lapidaires. Derrière l'iconostase se trouverait la pierre tombale d'un certain "Deym ze St?íte?e", mais je ne me souviens plus duquel, et je n'ai pas de photo non plus (Strogoff = hérétique = vade retro Satana). Sous le tapis, si l'on vous le soulève, vous pourrez apercevoir la pierre tombale d'entrée dans la crypte des moines servites. Elle porte la mention "Fratrum Ordinis Servori Beatate Mariae Virginis" (signifiant "faites gaffe à pas vous prendre les pieds dans l'tapis"), au milieu se trouve une couronne (de lauriers?) où s'entrelacent la lettres S dans un M ("Servus Mariae" ou "Sados Maseum"?) et encore en dessous "Requiescat In Pace" (RIP = Relevé d'identité postale).
Pis dans la nef, juste entre cette pierre tombale des servites et le pilier central, se trouve la sépulture d'un certain Jean-Michel "Schönebeck". Alors je n'vous mets pas tout le laïus en latin, mais en gros, parce que c'est dingue comme histoire, ça raconte que le gars voulait devenir servite, qu'il avait tout fait pour, les études, appris la langue, reçu la green card, mais juste avant la signature du contrat, il mourut à l'âge de 38 ans. Alors afin quand même qu'on ne dise pas que non plus, les servites le firent reposer en leur église comme l'un des leurs. Sympas les gars. Derrière le stand à bondieuseries (particulièrement fourni, qu'il est impossible de m'ôter de la tête que la religion est un vrai business), à droite en entrant, se trouve une stèle mentionnant une certaine "Magdalena Premerovová" archi bondieusarde totalement inconnue et qui n'aurait vécu que pour la religion (sans commentaire).
En face, une certaine "Jakobína z Greifenfelsu" totalement inconnue itou, dont je ne sais rien de rien. Ensuite et surtout par contre, notez l'inscription de 1995 qui se trouve dehors, devant l'entrée dans l'église: "the announceation of the blest Virgin Mary" qui comporte 3 fautes énormes (correct is "the annunciation of the blessed Virgin Megastore"). C'est fort quand même moi j'dis, qu'ils fassent graver des trucs aussi importants sans vérifier les xactitudes?

Et maintenant une histoire véridique à la limite de la légende et pour laquelle on manque réellement d'éléments concrets mais qui se rapporte d'une certaine façon à notre église quand même. Tout commence par les écrits d'un illuminé nommé "Zachariá? Theobald" publiés en 1609, et qui affirment qu'il existe dans le cimetière près de l'église de la décapitation de St Jean-Baptiste à "Vy?ehrad" (aujourd'hui en ruine car phagocytée par les casemates de la forteresse) une colonne rapportée par le diable en personne depuis Rome.
Il y a fort longtemps, lorsqu'on mit en chantier l'église St Pierre et Paul à "Vy?ehrad" (toujours debout, vous ne pouvez pas la louper), eh bien St Pierre en personne ordonna au diable de mettre la main à la tâche plutôt que de tenter les faibles, et il dut transporter sur son dos les caillasses desquelles fut édifiée notre église. Et comme le diable ne pouvait s'empêcher de faire le con et de tenter tout son monde, il fit un pari avec le curé local, comme quoi il (le diable) rapporterait de Rome et sur son dos une colonne pour la nouvelle église, et ce avant même que le curé ne termine sa messe. Le prêtre mit son âme en jeu, tandis que le diable mit du pognon, plein de pognon, parce que l'ecclésiastique croulait sous les dettes de poker (il jouait avec Charles IV). Le jour de la messe-course venu, le malin décolla sur les chapeaux de roues, et arriva sur Rome en quelques minutes alors que le curé avait à peine entamé son confiteor. Et tandis que le moine en était seulement au "orare pro me ad Dominum Deum nostrum", le diable récupérait déjà sa colonne d'une église St Marie (parfois St Pierre) en périphérie de la ville de Rome (pour gagner du temps, forcément, avec les bouchons du centre-ville...) et hop, s'en retournait fissa-fissa sur Prague.
Evidemment, le moine était plutôt mal barré et c'est pour cette raison que St Pierre intervint fielleusement dans la course. Il précipita le diable avec sa colonne sur le dos dans la lagune de Venise, et même 3 fois selon la légende, pour bien le retarder proprement, et lorsque le pauv' boug' arriva dégoulinant de sueur au dessus de Prague, il put alors entendre l'ite missa est de la bouche du prête. "Crénom di diou!" hurla le diable. Puis il jeta de rage la colonne sur l'église, laquelle (colonne) se fracassa en 3 morceaux. Bon, on passe les quelques paralogismes et impossibilités de la légende, et l'on se retrouve un jour de l'an 1655, lorsque le secrétaire du consistoire de Rome à Prague reçu entre les mains une missive en provenance de Suisse. Celle-ci fut rédigée par un exorciste local lequel affirmait qu'en pleine extirpation du diantre malicieux du corps de sa victime possédée, il aurait réussi à chasser un certain malin "Zardan" lequel aurait, juste avant son éradication du corps, avoué par la bouche de sa victime être à l'origine de l'anecdote de "Vy?ehrad".
Parenthèse: le nom "Zardan" n'est pas anodin. Il vient de "zard?ní, zá?e denní" (clarté, extrême brillance du jour) que l'on peut aisément rapprocher de Lucifer (lat. "ferre" apporter, amener et "lux, lucis" lumière, jour). Bref, l'histoire fut prise très au sérieux, à tel point que l'on peignit des fresques représentant cette légende au dessus de l'entrée dans la sacristie de l'église St Pierrépaul (les fresques s'y trouvent toujours). Entre les années 1610 et 1630, les bouts de colonne furent transportés dans la nef de l'église (St Pierre et Paul), et lorsque l'empereur Joseph II en personne la visita en 1782, et qu'on lui raconta l'origine des colonnes, il en ordonna le déplacement (mais on ne sait pas pourquoi). En 1787, une dizaine de solides gaillards déplacèrent tout ce fourbi derrière l'église, et lors de sa (église) réfection en 1888, on le déplaça à nouveau jusque là qu'il se trouve encore maintenant.
Eh oui braves gens, parce que ce que beaucoup de touristes considèrent comme une sculpture moderne avant-gardiste, lorsque seulement ils se rendent compte de l'existence des objets, n'est autre que les 3 bouts de la colonne du diable ("?ert?v sloup").

Alors bien sûr, pour les non-croyants, il est d'autres histoires qui expliqueraient l'origine des 3 bouts de colonnes. On pensa à un menhir païen d'avant la chrétienté, voire une sorte de cadran solaire permettant aux tribus slaves d'à l'âge du mammouth de mesurer les solstices. Pis l'on parla d'une borne routière moyenâgeuse, d'un pilori, de la colonne d'une église disparue qui aurait été catapultée par les hussites lors du siège de "Vy?ehrad", du socle de l'idole "Svantovít" qui aurait donné son nom à "Na slupi". Sauf que quelle que soit l'hypothèse, il existe toujours un contre-argument à l'encontre. Alors que sait-on réellement?
Il s'agit de 3 morceaux cylindriques de taille respective 150, 160 et 220 cm et de circonférence 151, 156 à 162 cm. Le poids total des 3 éléments serait de quelques 2500 Kg, et leur surface aurait été taillée, abrasée et polie. La forme curieusement arrondie des pointes pourrait laisser supposer une volonté d'aérodynamisme (projectiles?). L'analyse structurelle des pierres a confirmé une matière granitoïde provenant sans doute des carrières de Kamenný P?ívoz ("Krhanice") éloignées de quelques 25 km de Prague. Le transport aurait pu se faire sur des radeaux le long des rivières "Sázava" puis "Vltava" jusqu'à "Vy?ehrad". De plus l'analyse confirma qu'il ne s'agit pas d'un seul bloc, mais au minimum de 2, voire 3 blocs différents, ainsi ces 3 bouts n'ont jamais été une seule et unique colonne. Et maintenant une surprise de plus. Les 3 pierres sont disposées en pyramide triangulaire, s'appuyant les unes aux autres à l'instar des fusils dans un bivouac de campagne.
Et si vous regardez à l'intérieur de cet ensemble, alors vous pourrez y apercevoir un texte gravé sur l'une des 3 colonnes. La lecture est peu aisée, d'autant plus qu'un bout de colonne repose dessus, mais l'on peut interpréter S M M(A)_[R]IE MW. Le S semble être plus grand que les autres lettres et déborde en dessous de la ligne d'écriture. Le premier M possède un zigouigoui vers le haut. Dans le second M semble être incrusté un A, et ce M semble être lié au R par un tiret-bas (underscore). Le R est nettement en dessous de la ligne d'écriture, quant au dernier M il est collé au W. Il semble évident que l'on est en présence d'un cryptogramme, mais pour l'instant, personne n'a rien déchiffré. Au mieux, l'on peut interpréter quelque chose comme S M MARIE ("Sancta Mater" Marie, ou "Sanctae Matris" Marie), auquel cas le cryptogramme pourrait indiquer la provenance des colonnes: l'église Ste Marie de l'annonciation sur gazon. Et justement, des écrits mentionnent que les hussites bombardaient "Vy?ehrad" depuis les ruines de l'église à l'aide de trébuchets.
Y a juste que la forme et le poids des colonnes, le bout volontairement arrondi... enfin c'est pas très plausible tout ça. Une autre chose semble relativement déconcertante. Polir ainsi les extrémités des colonnes devait être un travail conséquent compte tenu du matériau (granit), et il semble indéniable que ce travail entamé resta inachevé. Et justement le granit tendrait également à réfuter une origine (trop) ancienne des artefacts: nos ancêtres travaillaient la crotte de chèvre ou le grès, mais pas le granit. Concernant la mesure des solstices par les païens, ouais, sauf que pour l'instant on n'a pas trouvé d'équivalent, et qu'on n'est même pas sûr que nos païens mesuraient les solstices (la trompe des mammouths oui, mais les solstices non). L'idole sur la colonne, le pilori? On sait qu'il ne s'agit pas d'une seule, mais de plusieurs colonnes (2 au moins). Une borne routière moyenâgeuse? On en a retrouvé plein, mais ça ne ressemblait pas à ça, c'était plutôt polyforme coloré à angle convexe et ça faisait pouêt-pouêt quand on appuyait dessus avec le doigt.
Mais à quoi donc devait servir ces 3 colonnes? Quel est leur âge? Quid du texte? Les questions restent toujours d'actualité.

Pis dans la série hasard ou coïncidence, y a la fameuse croix des 5 églises. Vous vous souvenez de l'architectinconnu qui avait formé des figures géométriques pour "Vratislav II" avec (entres-autres) la rotonde St Longin? Lorsque le bon roi Charles IV fonda la nouvelle ville, il se dit qu'il n'était pas plus c... que l'autre, le "Vratislav II", et qu'il allait créer lui aussi quelque chose de grand, d'énorme, et qui ferait qu'on s'en souviendrait "in perpetua ad vitam aeternam" (rien qu'ça), lui aussi, genre. Ainsi en 1347, Charles mit en route l'église St Côme et St Damien ("sv. Kosmy a Damiána") du monastère d'Emmaüs, en 1350 l'église de Ste Marie de l'Assomption et de St Charlemagne ("Panny Marie a sv. Karla Velikého"), en 1355 Ste Catherine ("sv. Kate?iny"), en 1360 notre église sur gazon, et en 1362 St Apollinaire ("sv. Apoliná?e"). Ca semble anodin et pourtant. Prenez une carte de Prague, puis joignez d'un trait St Côme et St Damien avec Marie et Charlemagne, ensuite joignez St Catherine avec Ste Marie sur gazon.
Eh bien vous obtenez une croix. Hasard ou coïncidence? Et si vous remarquez de plus que St Apollinaire, dernière église mise en chantier par notre bon roi (il me semble fortement), se trouve à l'intersection de la croix, alors croyez-vous toujours au hasard ou à la coïncidence? OK, ce n'est pas parfait (cf. ma démo), mais considérez qu'en ce temps ni Charles ni ses urbanistes n'avaient l'Internet, encore moins la vue d'en vol d'au dessus d'un nid de coucou. Du coup tiré à la ficelle de chanvre, tracé au sang de boeuf caillé, et mesuré le doigt mouillé au vent à cheval sur la branche d'un platane, moi j'dis que ça l'fait bien quand même. Non?

Et pour terminer, l'église Ste Marie de l'annonciation fait partie d'un roman de "Milo? Urban", genre d'à Vinchi code, mais comme je ne l'ai pas lu, je ne vous en dis pas plus. Pis je n'vous en dis pas plus sur rien d'autre non plus, vu que j'ai fini. A signaler quand même que le brave bonhomme blanc-barbu à la bonne bouille (cf. mes photos) nous a fait visiter l'église en compagnie de la dame du PIS (eh ouais, à nouveau, heureusement qu'on les a pour rentrer dans les lieux généralement fermés), qu'il était extrêmement affable et hospitalier. Pas sûr qu'il fut le protojerej mitrable du lieu, plutôt son vicaire (ou sa bignolle?) mais quoi qu'il fut et quoi qu'il en soit, il était fort sympathique puisqu'il nous a montré plein de choses hypra-intéressantes. Merci mon bon sieur. Sur le gazon: 50°4'3.067"N, 14°25'17.661"E.


Ailleurs: La cav'à macchabs de M?lnik

le 16/05/2009 à 17h01


Alors avant de lire cette publie-ci, éloignez les gosses trop jeunes de la téloche, car à donf que cette publie-là fout la pétoche bleue. C'est macrab' et lugub' comme z'avez pas idée, z'allez voir. Donc on s'était dit avec ma chérie d'amour qu'on n'irait pas trop loin cette fois-ci, et qu'on pourrait aller se visiter un truc faisable dans l'aprèm, visitévoyage compris.

Et paf, la ville de "M?lník" nous tomba en tête sous le coude. Une ville aussi vieille que la Bohême, dont les origines remontent aux princes mi-tiques (avant le IX ème siècle) et dont je ne vous parlerai pas maintenant (de la ville) car il faudrait y consacrer une publication entière tellement c'est velu d'histoire. Pour info, l'on parle déjà du bled dans la légende de Christian ("Incipit vita et passio sancti Wenceslai et sancte Ludmile ave eius"), datée de la fin du X ème siècle: "Habuit eciam et uxorem nomine Liudmilam, filiam Slaviboris comitis ex provincia Sclavorum, que Psou antiquitus nuncupabatur, nunc a modernis ex civitate noviter constructa Mielnik vocitatur." Notez l'appellation originelle "Psou" ("P?ov" en Tchèque) que l'on retrouve ensuite dans la fameuse chronique de Dalimil récemment achetée à Paris: "Sta fuit uxor Borziuuoy - Et filia comitis de Pssouua - Cui tunc Pssouu dicebatur - Huic postea melnik dederunt - Nam ante melnik castrum erat [...]"
Et encore aujourd'hui, un quartier de la ville porte le nom de "P?ovka" en référence au peuplement d'il y a mille ans. Mais retour au sujet.

Ce jour-là on visita dru, et lorsqu'on se retrouva aux portes de l'ossuaire, il se faisait dans les presque 16h pas tout à fait. Eh ouais, et la cav'à cadav' fermait justement ses portes à 16h pétantes afin que les vieux os se reposent des moult touristes qui les zieutent. Ah ben flûte alors! On descendit quand même les escaliers, et l'on fit des yeux de basset albinos en proie au rhume des foins devant la dame de la caisse tirant le store et pliant son sac à main. "Et z'êtes à combien?" qu'elle nous dit. "Ben juste nous deux, elle et moi. Pis surtout comme on n'est pas vraiment du coin non plus, genre qu'on ne pourra pas revenir la semaine prochaine si simplement, alors on aimerait bien jeter un oeil sur vos macchabs, même petit et rapide, l'oeil." "Bon, allez..." qu'elle nous dit. Ouah, rudement trop gentil la dame qu'elle était, le méchant coup d'bol d'la bonne fortune, t'imagines? C'est rare en Tchéco la fabilité. Et même mieux, parce que c'était dessiné en grand qu'on ne pouvait pas photographier, alors j'y demandai quand même si... que j'y ferais 'achement gaffe à pas mettre des miettes.
Alors comme on était tout seul, et comme la dame était charitable, ben elle m'autorisa même à faire des photos comme je voulais. Ouah, t'imagines comme elle fut bonne avec nous la dame?

L'ossuaire de "M?lník" se trouve sous le presbytère de l'église St Pierrépaul, dont l'ancêtre roman remontre à la fin du X ème, début du XI ème siècle. Bien que la première mention écrite remonte à la seconde moitié du XI ème siècle, les légendes racontent qu'encore même avant cette période, le prince "Bo?ivoj" (grand-père de St Venceslas et premier prince de Bohême à se faire baptiser, l'andouille) aurait fait construire là pour son épouse Ste Ludmila (grand-mère de St Venceslas et native de "M?lník") une églisette. D'autres légendes racontent encore qu'à l'origine, serait un certain prévôt "Hroznata" (inconnu!?), d'autres encore mentionnent St Venceslas en personne. Enfin n'importe quoi, comme souvent en cette période, aussi considérez tout ceci avec des pincettes. Par la suite, l'église fut souvent remaniée en styles, mais je ne vais pas m'étendre, parce que ce n'est pas le sujet du jour. Par contre une date importante est 1520. C'est précisément en cette année, que l'on construisit, selon les experts, le presbytère, et par la-même la crypte qui se trouve en-dessous. Sauf que personne ne sait à quoi elle était destinée originellement cette crypte, mais certainement pas à servir d'ossuaire.
D'abord l'arcade Nord est trop large pour une crypte. Etait-ce plutôt destiné à y descendre des tonneaux? "M?lník" est très vinicole, depuis que le bon roi Charles IV y introduisit le bourgogne français. Ensuite il n'y pas de crépis aux murs, pas de plancher, et pas de décoration des piliers (et je ne parle pas des interrupteurs ni des rideaux). S'agit-il d'un caveau familial inachevé pour noblesse de la ville? Etait-ce envisagé comme résidence de courte durée en prévision de la guerre-froide? Quoi qu'il en soit, la crypte servit dès 1530 de cav'à macchabs et ce jusqu'en 1775, lorsque le cimetière près de l'église fut fermé par directive joséphienne (tous les cimetières intra-urbane furent fermés afin d'éviter la propagation de la grippe du grouik mexicain par exemple), et transféré près de l'église Ste Ludmila (extra-urbane). Mais revenons donc au début du XVI ème siècle, lorsqu'il existait encore un cimetière aux abords de notre église St Pierrépaul. Comme le débit Internet, le cimetière était dimensionné (et est sans doute toujours) pour l'usage ordinaire qu'on en faisait. Or lorsqu'advenaient des épidémies pandémiques qui refroidissaient nettement plus de viande qu'à l'accoutumée, ben il n'y suffisait plus et il fallait parer au plus pressé. Aussi les fossoyeurs sortaient les vieux os des fosses, les entassaient dans les ossuaires, et mettaient les fraîches carcasses à leur place. Et tout ceci dura quelques 250 ans (le processus, pas la peste), jusqu'en 1775 lorsqu'on déménagea le cimetière qui cessa de ce fait d'alimenter la crypte.
Mieux. Le 16 août 1787, un décret impérial ordonnait la fermeture des ossuaires intramuros, et la mise en terre des os restants dans le jardin de Marc Dutrou, histoire de bien rigoler quelques siècles plus tard. Mais les fossoyeurs de "M?lník" étaient pragmatiques, et plutôt que de se cogner un labeur supplémentaire, ils murèrent tout simplement les fenêtres comme les entrées de la crypte à l'aide de pierres tombales. Ils se gardèrent bien d'en parler à qui que ce soit, ainsi le tour fumant était bien joué sans frais ni sueur.

En 1891-1892 l'on entreprit la réparation de l'église et l'on redécouvrit l'ossuaire lorsque le curé fit déménager les pierres tombales dissimulatrices à l'intérieur de l'église au motif que "ça fait plus authentique, et ça pue moins fort que les géraniums". Cependant la découverte, bien qu'insolite, ne bouleversa point la vie des habitants, et il fallut alors attendre la réparation suivante (entre 1913-1916) afin que quelqu'un s'aperçoive du fantastique potentiel touristique et financier que la cav'à macchabs représentait. Et le découvreur de ce potentiel ne fut autre que l'anthropologue, le fondateur du département d'anthropologie et le professeur à l'Universita Carolina (Pragensis, bien entendu), le medicinae universae doctor, le rerum naturalium doctor honoris causa, "Jind?ich Matiegka". Je vous en avais déjà parlé à propos de "Jan ?i?ka", car "Jind?ich Matiegka" est au crâne de macchabé ce que Popeye est à l'épinard surgelé: un expert.

Selon les sources, il aurait étudié ces artefacts naturels entre 1912-1913, 1913-1916, entre 1915-1919, bref, considérons les dates officielles inscrites sur les plaques commémoratives: 1915-1919, bien que cela n'a strictement aucune réelle importance. Ce qui est par contre nettement plus remarquable, ce sont les résultats obtenus. Le premier d'entres-eux est d'ordre paléontologique, le second notoirement plus visible encore aujourd'hui est d'ordre cosmétique, puisque "Jind?ich Matiegka" ordonna les os de façon artistique. Dans notre ossuaire se trouvent donc des restes de quelques 10 à 15 mille individus d'âge, de sexe, d'ethnie et de religion différents (bien que la religion ne puisse être déterminée par l'étude osseuse post-mortem mais cérébrale intra-vitam :-) Leur origine provient donc du cimetière attenant à notre église St Pierrépaul, mais également des environs de la cité (paroisse) ou encore des champs de batailles qui eurent lieu en ces contrées. En entrant dans la crypte, sur la gauche se trouvent des os présentant des anomalies ostéologiques: déformations de naissance, séquelles post-traumatiques, difformités pathologiques, infirmités articulaires voire blessures militaires. Vous pouvez lire sur cette paroi l'inscription "ecce mors" (tiens la mort, voilà la mort, cf. le fameux "ecce home" prononcé par Marie alors qu'elle ouvrit la porte à Jésus arcbouté sur la sonnette après un retour tardif et arrosé en discothèque) écrite à l'aide de crânes retournés (la face contre le mur, les pariétaux visibles). Notez cependant que contrairement à "mors", le mot "ecce" n'est plus très lisible. Une partie des ossements a dû se ramasser.
Plus intéressant: selon notre professeur, ces crânes retournés seraient d'origine germanique car ils présentent des stries sur la calotte (crânienne). C'est dingue non? J'veux dire que les Germains ont des crânes différents des Slaves par exemple? Sans dec, chuis scié. Encore plus à gauche, se trouve un mur sur lequel on peut apercevoir, écrit de la même façon à l'aide de crânes (germaniques? On écrit bien avec) retournés, une ancre (symbole de l'espoir), une croix (symbole de la foi) et un coeur (symbole de l'amour). Pour info, le dernier crâne en bas de la pointe du coeur est le plus gros des crânes de tout l'ossuaire. Son tour (de crâne) serait de 58 cm, ce qui aujourd'hui n'a rien d'exceptionnel puisque personnellement je fais ce même tour de tête. Maintenant il ne faut pas oublier que 500 ans plus tôt, les humains étaient autrement plus religieux, nettement plus bêtes, souvent illettr' et incultes donc forcément, leur boîte crânienne était plus petite :-) Bon, pis encore à gauche, et donc en face de l'entrée, se trouve la plus ancienne paroi d'os. D'après notre expert, les os de tout en bas du tas (d'os) remonteraient jusqu'au XIII ème siècle. Notez que certains crânes possèdent des balafres sécantes, ainsi que des trous probablement occasionnés respectivement par des armes blanches et par des armes à feu (ou des vers ossivores-ostéoclastes?) lors de la guerre de 30 ans.

Et maintenant je vous livre un scoop. Sur le pilier à droite de cette paroi vous pouvez lire le texte "Huic loco aderat Slaup de ?luticz, Anno Domini 1535", qui est en fait à l'origine du fameux "Kilroy was here" américain.
Des millions de personnes (jusqu'à Staline) se sont interrogées sur ce fameux "Kilroy", qui était-ce, pourquoi inscrivait-il cela, comment put-il se trouver à travers le monde entier? Et tous se posaient la question (cf. le discours du pape en terre-sainte début mai) alors que la réponse se trouve tout naturellement dans notre ossuaire de "M?lník". La preuve? Tout d'abord les seuls "ze ?lutic" un peu célèbres dont l'histoire a retenu le nom sont "Václav ze ?lutic", à l'origine de la tour poudrière (mais c'était en 1475). Il y eut encore le tout premier procureur royale, "Vilém ze ?lutic", mais c'était encore avant, sous Zikmund l'enflure, en 1437. Et finalement il y eut encore le chanoine de la cathédrale St Guy "Old?ich ze ?lutic", mais qui est entré dans l'histoire non pas de son vivant, mais de son mouru (en 1380), car sa pierre tombale (aujourd'hui au lapidarium du musée national) est la plus ancienne pierre issue des fameuses carrières de marbre rouge de "Slivenec" (cf. les châteaux, les palais et les églises du pays, y en a partout, en Charente-Poitou). Et pis c'est tout. Or pour un trou de quelques 2500 habitouts... tants, 2500 habitants, périphérie comprise (et même encore moins d'habitants il y a 500 ans de ça), ben 3 célébrités c'est déjà bien moi j'dis. Ainsi il est fort à parier que notre "Sloup ze ?lutic" n'ait jamais existé, et qu'à l'instar de "Kilroy", il s'agissait d'un pseudo.
N'étant pas noble, ne pouvant pas laisser ses armoiries sur les palais et sur les églises comme des "Clam-Gallas", des "Ro?mberk", des "Liechtenstein", des "?ternberk", ou des "Kinský", voire des "Lobkovic" et j'en passe des "Schwarzenberk" et autres "Colloredo-Mansfeld", ben il compensa sa frustration par cette petite formule personnelle. Et afin de ne pas laisser sa tête dans l'affaire (ou dans l'ossuaire), il prit un pseudonyme farfelu garant de son anonymat. Puis durant les siècles qui suivirent, les descendants du farceur voyagèrent de par le monde, jusqu'aux Amériques, où ils perpétuèrent cette tradition familiale transmise oralement de bouche à oreille sur le lit de mort, mais en langue anglaise, car l'Anglais est aujourd'hui ce que le Latin était hier: l'Esperanto de demain. Ainsi "Kilroy" était né. Maintenant tiendez-vous bien, parce que notre bougre avait le sens de l'anticipation (et de l'humour) particulièrement développé. En effet, il finit bien par exister un "sloup" à "?lutice". Communément appelé "sloup ze ?lutic" (ou "sloup ve ?luticích"), il est une des plus remarquables oeuvres baroques de ce type dans toute la République (du tout début du XVIII ème siècle, l'oeuvre). Ainsi quod erat demonstrandum, et j'en reste là pour aujourd'hui.
Dans, une prochaine publie je vous dévoilerai qui se cache réellement sous le pseudo de "Sloup ve ?luticích" alias "Kilroy" (attends, j'vais tout d'même pas tout vous dire d'un coup non plus. A Paris-Match ça leur ferait toute l'année, une exclusivité pareille).

Et pour terminer, si vous regardez encore plus à gauche, sur la paroi avec la croix en haut et le boyau en bas, alors vous constaterez qu'elle est composée uniquement d'os brachiaux et fémoraux (l'Osbra qui hale est fait moral se rapportent respectivement aux bras et aux cuisses). Enfin du dehors seulement on dirait, les brachiaux et fémoraux, mais dans la masse se trouvent aussi d'autres os, les pas beaux à montrer. Et pour que vous puissiez vous rendre compte par vous-même, du tas d'os que ça représente en profondeur, notre professeur a réalisé ce fameux boyau qui traverse toute la profondeur osseuse jusqu'au mur. C'est énorme! Ah oui, et de par la croix qui se trouve en son faîte, on appelle ce mur "le calvaire". Tout ce travail, toute cette macabre composition artistique que vous voyez aujourd'hui est l'oeuvre de notre professeur, aidé de ses acolytes. Lorsqu'il mit un oeil dans la cave vers 1914 (selon une source), l'état des tas était épouvantable. En dehors des os sous les fenêtres qui seraient ainsi disposés propre d'origine, les autres os (aujourd'hui réorganisés) gisaient anarchiquement sur le sol dans un bordel indescriptible.
Il commença alors par déménager tout le fourbi, s'assurer que le sol en terre damée n'était pas pourri, puis il s'alluma un clope tout en réfléchissant à la manière originale dont les fossoyeurs moyenâgeux avaient amoncelé ce foin. Au tout début de ce Lego osseux, les gaillards avaient empilés les os longs (fémurs, tibias, péronés, humérus, cubitus, radius, phallus... euh... non, pas phallus, ni utérus) entre les 8 piliers de la cave. Une fois cette paroi érigée, ils jetèrent les crânes et les autres os inutilisables dans l'espace ainsi édifié entre les murs et les parois. Une fois cette base terminée, et parce que ça continuait de mourir comme vache qui pisse, ils entassèrent d'autres os sur les tas d'origine, mais c'était forcément moins bien fait, parce que moins architecturé. Bref, une fois son clope terminé, il commença l'étude minutieuse dont je vous ai parlé auparavant. Pis une fois le clope comme l'étude minutieuse terminés, ben il fallut tout remettre en place, et c'est à ce moment-là qu'il se dit "ah oui, tiens, c'est con que chois tout seul à suer sur ce sale boulot". Aussi il embaucha dans l'affaire le sacristain de l'église "Antonín Kautský", son élève le plus préféré "Ji?í Malý" (qui deviendra son collègue puis son successeur au département d'anthropologie de l'université Charles), et d'autres pauv' estudiantins qui durent mettre activement la main à la pâte. "Parce que j'vois pas trop comment j'vais pouvoir vous octroyer vos diplômes de fin d'année si je passe tout mon temps dans c'te foutue cave humide" qu'il aurait dit comme ça, le prof "Matiegka", avant de rajouter "et les p'tits mariols pernicieux qui verraient en ces propos comme une forme de chantage malveillant peuvent d'ores et déjà envoyer leur candidature au concours d'entrée à l'université du ramassage des ordures merdagères."
Pour l'anecdote, la croix au sommet du calvaire est l'oeuvre du sacristain. Au lieu de s'envoler vers les plages ensoleillées de Croatie, il la confectionna avec l'aide de dieu et de ses enfants pendant les 2 mois d'été des grandes vacances scolaires au motif que "le fidèle serviteur de dieu consacre scrupuleusement son temps, sa vie, son travail et ses vacances à la plus grande gloire de son maître céleste." Dans la même année sa femme demanda et obtint le divorce.

Bon, ben j'en ai fait le tour, de l'ossuaire comme de la publie. Il existe encore un ossuaire "mondialement" célèbre à "Kutná Hora", autrement plus? kitch? Enfin vous verrez, c'est encore plus "artistique" qu'ici, mais bien que j'ai toutes les photos du dedans, je n'ai pas encore écrit la publie. Donc à viendre. Sinon encore aujourd'hui l'on vient de loin "étudier" les squelettes de "M?lník" dans un but anthropologique, alors si vous passez dans le coin, profitez-en d'un point de vue touristique. D'ailleurs sachant que la crypte accueille en moyenne plus de 100 touristes par jour, c'est bien la preuve d'en engouement énorme non? Et memento homo, quod cinis es, et in cinerem reverteris. RIP: 50°21'1.723"N, 14°28'26.224"E


Visiter: L'une des 2 églises St Nicolas

le 01/05/2009 à 9h42


Eh bien malgré qu'elle fasse partie intégrante du paysage de la place de la vieille-ville, l'église St Nicolas (vieille-ville) n'est pas spécialement... enfin historiquement, y a vraiment pas de quoi marcher au plafond en sandales. Architecturalement, elle est splendide (enfin moi je trouve), mais rien (enfin presque rien) ne s'est vraiment passé-là. Et cependant je ne peux pas vous faire l'impasse dessus, puisqu'elle est à Prague visible comme le blaire au milieu du groin.

Donc aujourd'hui, l'église St Nicolas de la vieille-ville. Alors comme déjà moult fois précisé auparavant, il existe aussi une autre église St Nicolas du côté du petit-côté ("Malá Strana"), tout aussi fantastique, et pour cause, puisqu'elle fut commencée par le papa de notre architecte et terminée par l'architecte en personne (cf. plus loin), mais je vous en parlerai une autre fois, de celle du petit-côté.

Commençons par quelques légendes sur le St Nicolas. Tout d'abord celles liées à la mer, parce que St Nicolas est à la mer ce que l'eucalyptus est au suppositoire. L'on raconte qu'un jour de tempête en mer, une barque de pêcheurs fut projetée contre la falaise, qu'un trou se fit et que l'eau commença à remplir l'esquif. Alors apparut St Nicolas, qui chopa une carpe dans l'eau, boucha le trou avec et sauva les martins-pêcheurs de la noyade. Alors bien qu'on mange de la carpe dans les pays slaves aux environs de la St Nicolas jusqu'à la St Sylvestre, je n'ai encore jamais entendu personne prétendre avoir bouché quoi que ce soit avec, sinon les chiottes malencontreusement, lorsque le bestiau d'extirpa d'un coup de queue des mains maladroites de mon pote "Bohou?" tandis qu'il s'apprêtait à transporter l'animal de la baignoire vers la cuisine.
Le traditionnel repas de Noël tomba tête en avant dans la cuvette, disparut derrière le coude du siphon hydraulique où il resta bloqué empêchant l'évacuation des matières. J'vous raconte pas la suite, repas foutu, épouse colère, plombier introuvable entre les fêtes, utilisation temporaire des aisances du voisin, puis démontage du conduit, extraction de la bête morte... rien que du bonheur que "Bohou?" nous raconta un soir autour de bonnes bières alors qu'on mourrait de rire autour de la table. Bref... Rajoutons encore que la carpe est un poisson exclusivement d'eau douce, alors St Nicolas chopant une carpe en mer, hein, faut pas déconner non plus parce que même s'il est myrrhoblyte, l'est pas pour autant poissonnier. Une autre légende raconte sur le même principe, qu'alors que St Nicolas et ses potes essayaient de rejoindre illégalement Lampedusa (St Nicolas était Turc), une tempête en mer mit à mal la chaloupe de fortune qui commençait à sombrer. Alors St Nicolas se mit à prier, à prier fort, encore plus fort ("oh oui chéri, encore plus fort...") et dieu apparu. "Sortez du bateau, et marchez sur l'eau." Qu'il leur dit comme ça.
Puis devant leur légitime réticence, il rajouta "Allez quoi, n'ayez pas peur, j'ai déjà essayé ce truc avec mon fils, c'est éprouvé... enfin sur l'eau douce." Ainsi grâce aux prières de St Nicolas, l'équipage tout entier put immigrer illégalement sain et sauf en Europe. Bon, plus sérieusement, le prénom Nicolas vient du Grec "nikos", victoire, triomphe, et de "laus", glorification, apologie. Du coup tous les couillons un peu crédules (et y en avait plutôt gras au moyen-âge) voulaient acquérir des reliques de St Nicolas afin d'être comblés de triomphe et de gloire. C'est ainsi qu'un jour, le bon roi Charles IV se transforma en crapule... mais je vous ai déjà raconté cette légende dans une précédente publie. Et je ne vais pas non plus vous raconter l'histoire des pommes d'or, ni celle des cadeaux de Noël, car tout ça vous le trouverez facilement sur le Net.

Et maintenant chers gens, je vous livre les éléments historiques qui, comme vous allez le constater, ne sont pas toujours unanimes.
Tout d'abord imaginez la place de la vieille-ville, il y a quelques 1000 ans en arrière, sans toutes les terrasses à couillons dont les prix sont 3x supérieurs que 100 m plus loin (où ils ne sont que de 2,75x supérieurs). En l'an 1069, il y aurait eu là une église romane fréquentée par les commerçants germains. Je n'ai trouvé aucune confirmation d'une telle information, aussi considérez cette seconde moitié du XI ème siècle comme non certifiée, d'autant plus que la plupart de mes sources remontent la présence de notre édifice au début du XIII ème siècle. Quoi qu'il en soit, ce sont bien les commerçants germains déménagés du quartier de "Po?í?í" qui s'installèrent céans, car comme tout le monde sait, en ces temps primitifs, les Slaves vivaient de la chasse au mammouth et de la cueillette des bananes tandis que les Germains, eux, construisaient déjà des églises et lisaient Kant, Hegel et Schopenhauer en version originale. Vers 1235, l'église alors déjà consacrée à St Nicolas accueillait les paroissiens, mais également le conseil municipal, et ce jusqu'en 1338, lorsqu'enfin l'on se décida à construire une mairie (les églises sont généralement très inconfortables, mal chauffées, sauf la notre, z'allez voir).
La première vraie mention écrite de St Nicolas remonte à 1273, lorsqu'une effroyable inondation de la Vltava foutut à terre le fameux pont de "Písek" (cf. une précédente publie) puis déferla dans Prague par le quartier juif jusqu'à "Na Franti?ku" (cf. Josef Emler, in: Fontes rerum Bohemicarum, tom. II/1, Pragae 1874, pp. 282-303, "Anno domini 1273, XV Kal. Septembris inundatio aquarum facta est magna in flumine Wltaviae, ita ut capella lignea, quae sita erat ante pontem in Piesek totaliter cum fundamento defluxit, et alia ecclesia lapidea, quae erat sub ponte in insula, pars eius media collisa est, et omnia molendina, quae erant circa civitatem Pragensem, cum aqua confracta defluxerunt; homines plurimos suffocavit, aedificia plurima subvertit. In campis annona et foenum de pratis cum alluvione descenderunt; ortos olerum vitiavit, per civitatem Pragensem fluxit, extendens meatus suos usque ad ecclesiam sancti Aegidii et ecclesiam sancti Nicolai, fluens per totum vicum Judaeorum usque in ecclesiam sancti Francisci."

Dans le courant du XIII ème siècle, on retapa l?autre église de la place de la vieille-ville, Notre-Dame devant le "Týn" ("kostel Panny Marie p?ed Týnem", i.e. "Kostel Matky Bo?í p?ed Týnem", i.e. "Týnský chrám"), et St Nicolas perdit la fonction d?église paroissiale au profit de sa rivale. Au milieu du XIV ème siècle, l'on transforma l'édifice roman en style gothique à 3 vaisseaux, et l'on y ajouta 1 tour frontale selon une source, 2 tours latérales selon une autre. Les 2 textes mentionnent cependant que l'église gothique n'avait pas de choeur, ce qui somme toute est totalement égal puisque cet édifice n'existe plus, ni en photo. Ce que l'on sait par contre grâce aux textes, c'est que l'administration religieuse avait sous sa juridiction une école, un cimetière, et qu'à partir de 1344 il y avait un marché à la volaille sur le terrain du curé. Dans la seconde moitié du XIV ème siècle, prêchait en l'église St Nicolas le prédicateur loufoque "Jan Milí? z Krom??í?e". Il fut une sorte de grotesque pré-hussite illuminé (d'aucun lui attribue une déficience mentale à partir de 1363, après sa rencontre avec un autre illuminé: "Konrád Waldhauser"), ascète invétéré, convertisseur de ribaudes en bonnes catholiques, et accusateur du bon roi Charles IV d'antéchrist (il fut mis au gnouf pour ça d'ailleurs).
Pour l'anecdote, il est enterré en Avignon où il se rendit en 1374 afin d'obtenir le support papal lorsque toutes ses excentricités finirent par lui mettre à dos la noblesse praguoise. Notre église St Nicolas accueillit ensuite le successeur pré-hussite de "Jan Milí? z Krom??í?e", "Mat?j z Janova", moins illuminé mais tout autant persuadé de la présence sur terre du "magnus Antichristus (fuit Lucifer cum suis complicibus)" (cf. son oeuvre fondamentale en 5 volumes "Regulae Veteris et Novi Testamenti"). C'est ainsi que l?église resta sous le giron de la réforme hussite pendant des années, jusqu'à la bataille de la montagne blanche, et globalement du côté anticonformiste même après (la bataille, cf. plus loin). Ensuite plus trop de trace ni d'info sur notre édifice, car Notre-Dame du "Týn" lui bouffait la vedette à la télé.

En 1635, dans le cadre de la recatholisation manu-militari de la Bohême à grand renfort de moines venus de pays ultra-cathos, Ferdinand III (fils de cette fripouille de Ferdinand II et roi de Bohême à partir de 1637) invita les bénédictins espagnols de Montserrat (l'abbé "Pe?alosa" de Montserrat était le confesseur de la future reine Marie-Anne d'Espagne) au monastère d'Emmaüs, et l'on déménagea les bénédictins slaves qui vivaient là depuis lurette en St Nicolas vieille-ville.
La première chose dont les moines déménagés se rendirent compte, c'est qu'il y avait bien une église, mais il n'y avait pas le moindre monastère pour s'y loger (ni le câble, ni le Wifi du reste). Aussi ils commencèrent par acheter les parcelles et les maisons des alentours, et entre 1649 et 1670, ils construisirent l'édifice manquant près de notre église St Nicolas, laquelle d'ailleurs fut repeinte en style renaissance tardive (selon une source) ou bas-baroque (selon une autre). En 1686, et à force d'allumer des cierges de partout pour n'importe quoi, un terrible incendie ravagea sérieusement tout l'édifice. Du coup, et devant l'ampleur du devis des réparations estimées par le nouvel architecte (cf. plus loin), nos moines décidèrent de tout fout' à terre et de reconstruire du neuf par dessus les décombres. Commença alors une toute nouvelle histoire de l'église St Nicolas vieille-ville.

L'abbé "Anselm Vlach" avait une vision très concrète d'à quoi devait ressembler la nouvelle église St Nicolas afin de concurrencer Ste Marie devant le "Týn", aussi il mit la main à sa propre poche afin de financer les travaux. Il fit appel au plus talentueux des architectes de cette époque: "Kilián Ignác Dientzenhofer".
Pour l'anecdote, "Dientzenhofer" alors au service de l'abbé depuis 1727, devait également s'occuper de la restauration de la brasserie de "Popovice", également propriété de l'abbé selon les archives du monastère de St Nicolas, mais il n'en fut rien, car la brasserie tomba en ruine après 1744 (après l'invasion des Prussiens) et ne fut reconstruite qu'en 1874 (mais à un autre emplacement). Actuellement, vous pouvez déguster cette fameuse bière dans l'une de mes tavernes préférées, Au Boeuf Noir. Ainsi entre 1732 et 1737, ce talentueux génie dessina les plans, tandis que le constructeur "Johan Michal Fitz" (totalement inconnu!?) réalisa ce que vous pouvez encore admirer aujourd'hui, car l'apparence de l'église St Nicolas n'a pratiquement pas changé depuis 300 ans. Notez tout particulièrement la richesse de la décoration sur la façade Sud, par rapport aux autres côtés nettement plus pauvrement décorés (spécialement du côté de la place Franz Kafka).
En fait l'église était auparavant entourée d'édifices qui disparurent lors du grand assainissement du quartier juif (cf. "Desfourský d?m", "Krenn?v d?m"...). Je vous ai trouvé une photo de 1865 avant la démolition (notez la colonne mariale en bas à droite, mise à terre en 1918 par le peuple qui y voyait un symbole habsbourgeois), et une photo de 1929 après la démolition. Et je ne vous parle pas de la mairie de la vieille-ville brûlée par les nazis en 1945. St Nicolas s'inscrivait ainsi de façon tout à fait différente dans le schéma urbanistique de la grande place par ailleurs inachevée (depuis la mi-XIX ème siècle et encore aujourd'hui, de nombreux projets de restauration, reconstruction, réfection, aménagement... de la place ont été soumis mais sans la moindre concrétisation). Entre 1785 et 1787, les réformes de Josef II mirent un terme à l'activité spirituelle de l'église comme du monastère.
Une grande partie du mobilier intérieur fut alors vendue, et disparut à tout jamais. La municipalité récupéra (racheta?) l'édifice quelques années plus tard, et c'est sans doute grâce à ce fait qu'elle se trouve encore debout sur la place de la vieille-ville. Ceci-dit l'on ne peut pas dire qu'il fut fait grand cas du bâtiment: il servait de silo à grains, d'entrepôt de meubles, d'archive municipale, et en 1865 il fut transformé en salle de concert. Pour cette dernière fonction, l'on aménagea dans le sous-sol des poêles à bois afin que les mélomanes ne claquent pas des dents durant les représentations, et ces chauffages primitifs sont toujours visibles dans les caves sous St Nicolas (cf. mes photos). Vers 1870, le bâtiment fut loué à l'église orthodoxe russe alors qu'icelle promouvait l'idéal panslaviste sur les terres Austro-hongroises. En fait dans la période de renaissance nationale tchèque, bon nombre de réfractaires à l'empire habsbourgeois passait de l'église catho-romaine vers l'église orthodoxe afin d'hérisser François-Joseph. C'était interdit dans l'empire, la religion orthodoxe j'veux dire, au point que le doyen russe de l'église St Nicolas "Nikolaj Ry?kov" qui officiait alors à Prague fut condamné à mort pour trahison lors de la première guerre mondiale (et l'église fut fermée avant de redevenir catholique).
Bon, ce n'était pas seulement parce qu'il était orthodoxe, mais aussi parce qu'en bon panslaviste il désapprouvait de façon véhémente que des Slaves se battent entre eux (les Russes étaient du coté alliés, donc en guerre contre les Austro-hongrois, et donc contre les Tchèques, les Slovaques, les futurs Yougoslaves...). Finalement il fut échangé vivant en 1917 contre le métropolite autrichien de l'église uniate (église catholique de rite oriental conservant la paramentique, la liturgie, la langue et la musique mais ayant abandonné la théologie et l'ecclésiologie spécifiques, aujourd'hui on parle d'église grec-catholique), mais mourut 3 ans plus tard à l'âge de 51 ans des suites des mauvais traitements lors de sa captivité dans les geôles habsbourgeoises. Bref... En St Nicolas on organisait cependant et toujours de la musique, et l'on pouvait par exemple y apprécier les oeuvres de "Zden?k Fibich" que bon nombre de gens ne connaissent même pas, alors qu'il fut l'un des plus talentueux compositeurs tchèques de la mi-XIX ème siècle, après les 2 monstres sacrés "Smetana" et "Dvo?ák" bien entendu. En 1898 et dans le cadre du grand assainissement praguois, l'on démolit le monastère St Nicolas pour y construire un immeuble néobaroque, et depuis il ne reste plus rien de la moindre trace de cet édifice.
Signalons pour l'anecdote, qu'en proximité de l'emplacement du monastère St Nicolas est né en 1883 l'un des plus célèbres Tchèques à travers le monde: Franz Kafka. Selon les sources, vous lirez qu'il est né dans l'abbaye, près de l'abbaye, dans la maison "U Radnice" (près de la mairie), dans la maison "U ve?e" (près de la tour)... Quoi qu'il en soit, l'emplacement s'appelle aujourd'hui "place Franz Kafka", et se trouve à l'Ouest de notre église. Dans les débuts de la grande guerre, l'église redevint romaine-catholique pour les besoins de la garnison militaire de Prague, et l'on en profita pour lui remettre un grand coup de neuf dans la déco intérieure. L'on en profita également pour lui réquisitionner sa cloche pour les besoins de la grande boucherie, et depuis cette date il ne reste plus que le battant d'un mètre et demi dans le clocher baroque. En Janvier 1920, "Karel Farský" (alors prêtre romain-catholique) y fonda l'église hussite tchécoslovaque qui (l'église hussite) continue depuis à prêcher là. Une grande rénovation intervint entre 1967 et 1977, et globalement c'est tout pour l'histoire de l'église St Nicolas vieille-ville. Aujourd'hui on y organise toujours des concerts à touristes (Händel, Mozart, Bach, Beethoven, parfois Dvo?ák, puis Händel, Mozart, Bach, Beethoven, et parfois Vivaldi, mais surtout Händel, Mozart, Bach, Beethoven, et quelquefois seulement Dvo?ák, voire Vivaldi) par contre l'on ne vous chauffe plus l'intérieur comme au XIX ème siècle.
Eh non, maintenant c'est nettement plus bio, car on peut joyeusement se geler les grelots quand il glace dru dehors afin d'épargner le réchauffement climatique de la planète (progrès certain).

Bien, et maintenant quelques éléments sur la déco du dedans. Tout d'abord notez le pas trop habituel agencement de l'espace intérieur sur un plan en forme de croix grecque (mais on a déjà vu ça ailleurs, cf. "Mariánská Týnice", "Rokycany"...). Notez que les branches de la croix sont reliées par des galeries voûtées au niveau du sol et par des balcons en hauteur.
Dans les 2 galeries voûtées (niches) Nord-Est et Sud-Est, on peut voir les statues grandeur nature de St Georges et de St Michel. Au milieu de l'édifice se dresse une énorme coupole décorée des statuettes de saints bénédictins attribuées à "Antonín Braun", neveu et continuateur de l'oeuvre du génie "Matyá? Bernard Braun". On devrait y voir St Benoît, St Bernard de Clairvaux, Ste Hélène, Ste Thérèse, Ste Margareth et d'autres que je ne me souviens plus, mais qu'on voit très mal par ailleurs compte tenu de la hauteur à laquelle ils les ont mis. L'ensemble est intimement éclairé par des effets de lumière colorée lorsque le soleil perce par le vitrail Sud (si comme moi vous avez la chance d'y être au bon moment). Les stucatures furent exécutées par "Bernard Spinetti", comme à "Broumov", quant aux splendides peintures dans le choeur et la coupole, elles sont l'oeuvre du peu connu mais talentueux bavarois "Kosmas Damián Assam", qui à l'instar de son non moins talentueux collègue autrichien "Jan Hiebel", peignait principalement "al fresco" des oeuvres liturgiques en trompe l'oeil.
Ainsi entre 1735 et 1736, "Kosmas Damián" peignit en l'église St Nicolas plusieurs fresques sur le thème de St Nicolas (ah bon?): l'apothéose de St Nicolas pilier de l'église chrétienne (et pas seulement de l'église St Nicolas), les peuples du monde entier se prosternent devant St Nicolas, la vierge Marie accueille St Nicolas au ciel, et le miracle de St Nicolas en vacance à la mer (cf. les légendes). Mais notre Bavarois ne peignit pas que du St Nicolas, il mit également un peu de St Benoît (dans le fond de la coupole tout en haut) puisque ses employeurs étaient bénédictins, et il mit également un peu de saintes écritures puisque c'est tout de même un peu le thème central non plus. Vous verrez donc Moïse achetant de la cheese-manne pour son peuple chez Mac Dieu, Joseph faisant du vélo avec Putiphar, et David jouant de l'accordéon anti-diable à Saül. Au-dessus des balcons vous remarquerez les 4 évangélistes et leurs zattributs (symboles). Ils sont représentés donnant à Jésus leurs CV afin d'être embauchés dans la même compagnie (de Jésus). Ces fresques ont été repeintes en 1914, restaurées en 1967-69, si bien qu'on n'est pas vraiment sûr si elles sont originelles, de facture "Kosmas Damián Assam".
Signalons aussi que la chaire n'est pas spécialement riche (cf. plus loin). Elle date de la première moitié du XVIII ème siècle (cf. la plaque d'immatriculation à l'arrière), comprend des reliefs des 4 évangélistes chichement dorés à 9 carats seulement, une grappe de raisin en place de St Christophe et un interrupteur en bakélite pour changer les vitesses. Quant à l'usuel petit toit chapotant la chaire, il est surmonté de 3 petites statuettes en bois représentant des saints le regard tourné vers le plafond qui fuit. Ils furent gracieusement offerts par la classe élémentaire de première année d'art plastique du "Collegium Marianum" tout proche, lors de la kermesse de St Gulier des Tonnants. Les bancs en bois datent également de la première moitié du XVIII ème siècle (vers 1730), et méritent un coup d'oeil averti: splendide travail de menuiserie. Personnellement j'eus l'occasion de les observer en détail alors que je jouais à chope-moi-voir avec le p'tit vieux faisant office de bouvier à couillons (cf. plus loin). Le retable datait également toujours de la première moitié du XVIII ème siècle (1737), cependant il n'est plus en St Nicolas mais en St Venceslas à "Velká ?ernoc", car il y fut déménagé lors de la sécularisation de l'église par Joseph II (la sécularisation, pas le déménagement, le Joseph II).
Furent également déménagés là de St Nicolas des statues de St Pierre, de St Paul, de St dieu et... et la chaire d'origine qui fut remplacée par la suite par notre chaire primaire sans plus. En St Nicolas on a aujourd'hui un retable de style orthodoxe de Jésus pantocrator, l'index et l'majeur de la main gauche levés, la main droite serrant sous l'coude le Guiness book of records. Sur l'autel, il devrait encore y avoir un portrait de St Nicolas de 1917 selon une source, et un portrait de la vierge Marie de 1914 selon une autre source (faut avouer qu'avec la mitre et la barbe, on a facilement tendance à les confondre). Ceci-dit les 2 textes s'accordent quand-même sur l'auteur, "Karel ?pillar" (la fabuleuse mosaïque sur le fronton de la maison municipale) mais je ne puis vous en dire plus, parce que l'autel central était inaccessible de près, et parce que le p'tit vieux chasse-couillon-casse-couille me collait au train (cf. plus loin). Pis y a encore l'orgue, qui date du dernier tiers du XVIII ème siècle, enfin l'armoire, parce que le moteur est de 1949. La boîte à orgue date de la mi-XVIII ème siècle donc, et se trouvait originellement à "Bohosudov". Lorsque le curé de la paroisse se mit à jouer de l'hélicon, il vendit l'orgue aux bénédictins de St Nicolas qui sautèrent sur l'occasion se disant que ce serait 'achement pratique lorsqu'on commencerait à jouer du concert de Händel, Mozart, Bach, Beethoven, et parfois Dvo?ák pour les touristes.
Le meuble peint en noir se compose de 3 parties décorées de fleurs pendues, de coquillages, de dais, et de petits angelots tenant des trompettes (comme le curé de "Bohosudov", ils en eurent marre de jouer de l'orgue). Et pour terminer, n'oublions pas le fantastique lustre Frankenstein de 1400 Kg, dont la structure éclectique mélange curieusement la fragilité du cristal avec la rudesse du métal. Sans doute parce qu'il le trouvait monstrueux, le tsar Nicolas II l'offrit à l'église orthodoxe (à l'époque) de Prague. Il provient des verreries de "Harrachov" (vers 1880) et se compose d'une structure en acier brut riveté d'un diamètre de 4 mètres rappelant les constructions gustaveiffeliennes. Sur cette base massive sont posés pendus des petits tralalas en cristal taillé que ça serait d'la verroterie on n'y verrait rien. Et au milieu de ce bloc imposant, qui tient de la beauté comme une enclume en jarretelle, pendouille une croix en cristal taillé aussi.

Les statues (grandes et moyennes) sur la façade Sud sont également attribuées à "Antonín Braun". Vous pouvez reconnaître des saints patrons de la Bohême et des saints tout court (St Prokop, enfin, et St Nicolas, encore), des allégories de la clémence, de la foi, de la mour et de l'espérance (cf. les pourtours des 2 tours).
Attention, dans la niche du mur qu'on cave, côté "rue de Paris", se trouve un énorme St Nicolas, mais c'est un fake pseudo baroque du XX ème siècle destiné à tromper les touristes et les guides non officiels qui les accompagnent. Cette statue-là n'est clairement pas d'"Antonín Braun", mais de "Bed?ich ?imonovský" (cf. la façade de la maison municipale, ou la "Fantova kavárna" de la gare centrale). L'origine? Lorsqu'en 1906 on se rendit compte de la nudité du mur alors caché par les édifices d'avant l'assainissement, l'on organisa un appel d'offre au St Nicolas. "Bed?ich" remporta le premier prix devant "Ladislav Jan Kofránek" (trop cubiste, cf. la bibliothèque municipale place de la Marie "Mariánské nám?stí") et "Ladislav ?aloun" (déjà gagnant 3 ans auparavant du concours "sculpte-moi Jan Hus dans l'bronze" sur cette même place de la vieille-ville).

Alors cette visite fut une fois de plus organisée par le PIS, grâce auquel l'on arrive à visiter des monuments souvent inaccessibles au public. D'aucuns vous diront que ça fait "rencontre du 3 ème âge", les visites du PIS.
Bon, oui, c'est un peu vrai pas complètement, mais après tout, hein, on est là pour la culture et pas pour la jeunesse, alors hein... Lorsqu'on est entré dans l'église avec la brave dame (du PIS), le p'tit vieux qui faisait le gardien nous fit rapidement passer derrière la ficelle rouge délimitant l'espace des happy-few (nous) de l'espace (très limité) pour la plèbe touristique. Nous, on avait payé pour la visite, et surtout on était Tchèque. "Dépêchez-vous" qu'il disait sans cesse, "sinon les zétrangers vont s'infiltrer avec votre groupe et ça sera ingérable" grommelait-il. A vue de nez, l'ancêtre tirait sur ses 75 piges, et ses premières paroles laissaient entrevoir que les 40 ans de con-munisme lui avait indélébilement étiqueté la cervelle de l'analogie étranger = danger. Il était courbé par l'âge, marchait les jambes arquées comme né sur un tonneau, et son blue-jean droit lui donnait des allures de cow-boy gardien de troupeau. Mais malgré son âge et son allure, il était agile le bougre. Et justement il usait de cette agilité pour nous (et surtout moi) rassembler en troupeau: "rejoignez les autres dans le groupe, hop, sinon les zétrangers vont s'infiltrer et je ne saurai pas les reconnaître". Ben oui mais non, d'abord parce que les étrangers ne pouvaient (théoriquement) pas franchir le fil rouge, ensuite parce que quand bien même, ils n'allaient pas se comporter plus mal que nous non?
Moi je voulais tout voir, tout photographier, et ne pas rester dans le troupeau immobile qui écoutait les élucubrations de la brave dame (par ailleurs erronées en ce qui concernait les divers courant religieux). Alors je sortis du groupe figé devant le choeur de l'église, et hop je filai dans l'une des pièces où se trouvait St Michel. J'avais à peine fait ma photo, que le p'tit vieux était derrière moi: "rejoignez le groupe, allez! Avec tous ces zétrangers dans l'église...". Je fis semblant de, et hop, dès qu'il se retourna pour surveiller sa peste derrière la ficelle, hop, je me rendis vers la chaire. Une photo, clic, et v'là t'y pas qu'il se redirigeait vers moi à nouveau. Alors je coupai habillement entre les bancs de l'église, là où le fâcheux ne pouvait me suivre compte tenu du diamètre de ses jambes arquées. Il commença à faire le tour des bancs, l'air irrité, alors je rejoignis le groupe, comme si de rien n'était. Il retourna dans le fond de l'église, tandis que j'en profitai pour m'échapper à nouveau. Lorsqu'il m'aperçut, il fronça le sourcil et dirigea son pas dans ma direction par l'allée centrale. Ah ouais? Attends voir mon cochon. Et hop, une rapide esquive entre les bancs qui représentaient réellement un obstacle manifeste pour cette glu obstinée. Il traversa l'allée, fit le tour des bancs, revint par l'autre côté mais avant qu'il n'arrive à portée de voix, hop, je m'embusquai dans les taillis... bancs à nouveau.
Il était furieux. L'église était pleine de touristes à surveiller derrière le fil rouge, et d'autres trublions du troupeau commençaient à s'éparpiller comme moi. Il comprit alors qu'il n'y suffirait pas, abandonna l'idée de nous rassembler, s'assit sur un banc en concentra toute son attention sur ces féroces étrangers qui viennent jusque dans nos églises, égorger nos fils et nos compagnes.

Pis lorsque la brave dame du PIS termina son prêche, elle nous fit passer dans le presbytère. Sonna alors l'heure de gloire du p'tit vieux. Il entra le dernier dans la pièce (et qui c'est qui surveille les étrangers?), la brave dame nous le présenta (mais je n'en sais pas plus, parce que je cherchais des mirettes qu'est-ce que c'est pourquoi donc qu'on était là) puis il prit la parole. Après une blague dont je ne me souviens plus de la teneur, il nous montra un relief de 50 x 70 cm sur le mur d'en face, et se mit à raconter quelque chose que je n'entendais pas, parce que trop loin de lui. Ah bon, c'est pour ça qu'on est là? Ouais, bof, c'est pas transcendant d'exceptionnalité. Au bout de 10 minutes, l'on commençait à quitter la pièce et je m'approchais du tableau. Quoi? "Franti?ek Bílek"?
Cette croûte est une oeuvre du grand "Franti?ek Bílek"? Ben di diou, fichtre de crénom de d'là, j'en connais des autrement plus belles des oeuvres de ce bougre-là. Pis je lus sur le relief l'inscription religieuse sans grand intérêt "Sly?me jak modlí se tvá v?le na k?í?i" (du coup je ne vous fais pas la traduc non plus = sans grand intérêt), pis je lus sur le relief la dédicace: "Franti?ek Bílek" oeuvra ici au milieu des frères et des soeurs. Super! Alors je vous ai mis quand même une photo du "machin", comme ça vous pouvez vous faire une idée. Pis surtout ne l'admire pas qui veut, le machin, puisque ce n'est pas accessible au public en temps normal (et encore moins aux étrangers), donc s'il y a parmi vous des admirateurs du François, j'espère vous avoir fait plaisir (eh ouais, chuis comme ça moi, bon et généreux). Tandis qu'on se retrouvait à nouveau dans l'église, le p'tit vieux nous annonça, après s'être assuré qu'aucun étranger n'avait pénétré sur son territoire, qu'on allait visiter la cave, là où se trouvaient les fours à bois qui chauffaient l'église lors des concerts au XIX ème siècle.
Il rajouta qu'il prenait le risque sur lui, qu'il fallait qu'on fasse hyper gaffe afin de ne pas nous croûter dans les scaliers, que c'était interdit au public, non couvert par l'assurance, et que s'il arrivait quoi que ce soit à l'un d'entre-nous, il serait jeté à la rue sans préavis, sans regret et sans retraite, et qu'il ne lui resterait plus qu'à pourrir moisi dans la rue comme une charogne putride la gueule ouverte avec des fourmis dedans. J'te dis pas comme on a fait gaffe dis-donc. Une fois en bas, ben comme le tableau à "Bílek", sympa, mais bon, hein... Genre on voyait bien que c'était un four à bois, mais que c'était du "spécial à cul de mélomane", c'était vraiment pas si manifeste que ça. Et surtout on se posait tous la question du pourquoi que ça ne fonctionnait plus, parce que sans dec, il givrait grave les glaouis dans l'église, alors que ces couillons-là avaient tout le fourbi nécessaire dans la cave, qu'y avait juste qu'à y jeter une bûche dedans pour le faire marcher. Tu le crois ça, sans dec?

Ben voilà, on en a fait le tour. Alors je vous invite fort certainement à visiter ce joyau architectural, oeuvre majeure du génie dientzenhoferien. L'intérieur est souvent accessible lors des concerts, plus rarement pour une visite complète par soi-même (surtout si vous êtes étrangers).
Puis si jamais vous avez l'occasion de voir la place de la vieille-ville le soir, lorsque les édifices sont remarquablement éclairés enveloppant la ville d'encore plus de beauté, de magie et de mystère, alors n'oubliez pas d'aller dans le fond de la place, vers la rue de Paris, afin d'apprécier la splendide silhouette baroque de l'église St Nicolas by night. GPS: attends, j'vais quand même pas vous mettre les coordonnées non? Suivez les touristes, c'est plein centre.


Visiter: Le turf à Chuchle

le 08/04/2009 à 21h21


Ce dimanchapremlà, j'avais prévu de faignanter grassement sur mon canapé, profitant du fait que ma chérie d'amour était absente et qu'elle n'allait donc pas m'imposer une ballade dominicale au motif qu'il est bon (pour qui?) de faire au moins une petite sortie dans la journée.

Sauf que ce week-end couvert de novembre présumé tranquille se transforma en méga chouille lorsque l'exquise Viky (à gros roploplos) vint passer le week-end à Prague. Samedi soir fut particulièrement furieux, l'on fut par ailleurs nombreux, et dans le feu de l'action il fut décidé d'aller dimanche au turf parce que "Pet'a" (le cousin à Viky) avait des entrées gratuites au champ de course. Du coup je m'en vais vous parler aujourd'hui des courses de bourrins dans la banlieue de Prague, et de la présence d'un âne au milieu de tous ces canassons.

L'hippodrome de Prague se trouve à "Chuchle", et même à "Velká Chuchle" (grande...) parce qu'il existe également une "Malá Chuchle" (petite...) cependant intégrée aujourd'hui à la grande. "Chuchle" est imprononçable pour un Français, car le phonème [x] en alphabet phonétique n'existe pas en cette langue.
En français les lettres "ch" se prononcent [?] (soit "?" en Tchèque) ce qui correspond à une consonne fricative post-alvéolaire sourde, mais aucunement à la consonne fricative vélaire sourde que vous retrouvez dans le "ach" allemand, ou le "loch" anglais (gaélique pour être exact). Donc pour ceux qui savent prononcer "ach" et "loch", prenez donc ce phonème [x], prenez le "ê" du verbe être, le "ou" à la française pour [u] et prononcez [x][u][x][l][?] (Chouchlê). Anecdote, l'origine de "Chuchle" serait "chuchvalec" (grumeau), sobriquet dont on aurait affublé un certain Matthieu, dit "Matthieu grumeau" ("Matyá? chuchvalec"). Et "chuchvalec" serait devenu "chuchelec", soit "chuchel" puis "chuchle". Autre hypothèse, le mot "chuchle" viendrait du capuce de moine ("kukla" en Tchèque, "mni?ské kukle") puisque la région en était infestée en une période ancienne (cf. plus loin). Et dernière possibilité, "Chuchel" ou "chuchvalec" aurait été le nom d'une colline, et le bourg en contrebas aurait tout naturellement prit le nom du monticule. Mais tout ceci n'est qu'hypothèse, car personne ne détient la réponse réelle.

La première mention du patelin remonte à 1132, lorsque le chanoine de "Vy?ehrad" (continuateur de l'oeuvre de Cosmas Pragensis, "Canonici Wissegradensis, Continuatio Cosmae") écrivit: "Anno dominicae incarnationis 1132 [...] XIV Kal. Februarii domino Meynhardo in quodam villa Chuchel manente, in cuiusdam diei crepusculo inauditum horrendumque nimis accidit portentum." Au crépuscule d'une fin de journée habituelle, alors que cette fripouille d'évêque "Menhard" s'en reposait peinard sa viande dans une villa de "chuchle" (cf. son complot manqué contre le prince "Sob?slav I"), il faillit prendre sur sa trogne de conspirateur un roc détaché par hasard de la paroi. Et cet évènement aussi futile que le déplacement d'un Klaus à Santa Barbara finit calligraphié dans les chroniques. Dingue! En cette période, le bourg (alors unique) devait sans doute appartenir au clergé, et l'évêque venait s'y reposer de temps en temps, loin du raffut de la capitale en période de visite obamesque.
En 1258, alors que "chuchle" appartenait aux bénédictins de "Kladruby", ces derniers décidèrent de vendre le domaine (et d'autres dans les environs) à l'évêque "Jan III z Dra?ic". Ensuite l'on mentionne la petite "Chuchle" ("in minori Cuhlea") en 1264, ce qui tendrait à prouver l'existence des 2 bourgs (le petit et le grand). En 1268, le roi "P?emysl II Otakar" se prit d'affection pour ce coin de par sa grande fertilité et sa profusion en bête à chasser. Il finit par échanger ce bout de domaine avec l'évêque, au motif que la chasse c'était une affaire d'homme alors qu'en soutane à cheval avec une mitre sur la tête et une crosse dans la main... bref, il eut suffisamment d'arguments pour récupérer "Chuchle" et refourguer à l'ecclésiastique un vieux terrain près de la décharge municipale. In fine en 1292, on finit par parler explicitement des 2
"Chuchle" ("Chuchyl scilicet Maius et Minus") lors de la fondation du monastère de "Zbraslav" (cf. la chronique de... "Petri Zittaviensis, Cronica Aule Regie", où "Aula Regia" est le nom commun du monastère de "Zbraslav"), auquel monastère d'ailleurs les 2 bourgs furent gratifiés par le roi "Václav II". Bon, signalons encore pour l'anecdote que selon "Václav Hájek z Libo?an", "Chuchle" aurait été fondée par l'ancêtre "Krok" en 863, mais comme précisé dans une précédente publie, les écrits de ce fichtre-là sont erronés voire totalement faux. Signalons toujours encore que l'on découvrit en "Chuchle" des restes de civilisation de l'époque du mammouth poilu, et une tombe d'enfant de l'époque du bronze (2000 à 1000 ans avant Jean-Claude) en plein sur le terrain de là qu'il se trouve le stade à bourrins.

Les 2 "Chuchle" appartinrent donc (en gros) au monastère de "Zbraslav" de 1292 jusqu'en 1785 (avec des pauses minimes cependant), lorsque Joseph II mit un terme aux activités monacales. Entre temps le bon roi Charles IV confirma les possessions des moines et exonéra les 2 "Chuchle" de l'impôt foncier. Entre temps les hussites détruisirent l'église du bourg en 1420 alors qu'ils marchaient sur le monastère de "Zbraslav". Entre temps les Français construisirent la route "Strakonická" à grand renfort de dynamite lorsqu'en 1742 ils logeaient dans le susmentionné monastère. Entre temps ils relièrent ainsi directement les 2 "Chuchle" à la capitale à laquelle la grande ("Chuchle") est rattachée depuis 1968 comme la petite d'ailleurs qui l'était depuis 1921, alors qu'elle fait dorénavant partie de la grande ("Chuchle") et donc de Prague par son intermédiaire (de la grande "Chuchle") car elle fut rattachée (la petite) à la grande ("Chuchle") laquelle est un des 57 districts de la capitale Prague depuis 1990 (vous suivez?).
Entre temps Joachim Barrande découvrit le trilobite de Bohême à poils ras qui n'est pas une maladie vénérienne mais un arthropode de l'ère primaire dont les descendants actuels sont les crabes, les araignées et parfois même le président de la République Tchèque. Entre temps, et puisqu'on parle de descendance, j'en profite pour présenter mes amitiés à Bruno, fidèle lecteur de mes publies et dont Joachim était l'aïeul. Entre temps ce scientifique français de renommée mondiale (Joachim), légua ses collections de fossiles au musée national de Prague où elles se trouvent toujours et que je vous invite vivement à visiter. Parmi les raretés par lui léguées, vous y verrez une dent de mammouth (et non une défense) que l'on a longtemps cru appartenir à Ste Ludmila avant que Joachim n'entreprenne son examen critique par la méthode de datation biostratigraphique des déformations ostéologiques superficielles et profondes des loess dentaires par fluorescence induite des isotopes U-Pb établies sur les zircons de Von Hoegen et prouve (Joachim) irrécusablement l'origine du chicot. Pis j'en reste là pour les "entre temps" pour passer à quelques anecdotes.

Entre les 2 "Chuchle" se trouve une chaplette de la vierge, abritant une source mariale que l'on considérait comme curative. Les vieux du village racontent (après plusieurs bières) que l'impératrice Marie Thérèse d'Autriche se faisait importer de cette eau miraculeuse jusqu'à Vienne pour soigner ses douleurs vaginales (tu m'étonnes, après avoir pondu 16 gosses). Mais au 20 ème siècle, des analyses chimiques sérieuses prouvèrent que cette source ne contient aucun élément atypique (à fortiori curatif) d'aucune sorte. En juin 1881 eut lieu la fameuse "rixe" de "Chuchle" entre les étudiants tchèques et allemands dont l'origine (de la rixe) était l'enseignement en Allemand dans l'université. Les 2 camps se mirent gravement sur la gueule, au point que la nouvelle se répandit hors frontières de l'empire et que le fameux journaliste enragé "Egon Erwin Kisch" (dont j'ai fait mention la dernière fois) en écrivit une cinglante nouvelle sur le chauvinisme national 50 ans plus tard (cf. "Egon Erwin Kisch: Die Kuchelbader Schlacht, in Prager Tageblatt. 8. Juni 1930 und in: Prager Pitaval. Späte Reportagen.").
Pour info, l'université de Prague se scinda en 2 en 1882. Le schisme linguistico-nationaliste perdura jusqu'en 1939, lorsque les nazis fermèrent la moitié tchèque de l'université. Il fut définitivement résolu en 1945, lorsque les tchèques fermèrent la moitié allemande. Signalons enfin qu'en "Chuchle" résidait en été le grand homme "Jaroslav Vrchlický". En 1891 il y composa son fameux poème "Legenda chuchelská", mais très franchement, c'est loin de la verve scatophile de sa ballade pour un étron (cf. une
ancienne publie). Bon, et passons quand même aux bourrins maintenant.

La première vraie course de canassons que mentionnent les anales chevalines date de 1816, et se serait déroulée à "Kladruby nad Labem". Il semblerait que l'empereur François II en ait été l'instigateur, au motif "qu'on n'est pas plus con qu'un Anglais en Autruchon-gris". Ensuite il y eut d'autres courses de galop en 1839, 1840 aux Invalides (cf. rues "U invalidovny" et "Za invalidovnou") plutôt destinées pour les bourrins de la petite noblesse qui pouvait ainsi briller devant les puissants. Mais l'endroit était étriqué, les buvettes peu nombreuses, les habitants se plaignaient des odeurs (ça pue une carne) et dès 1867, l'on déménagea les chevaux comme les paris dans le pré de l'empereur ("Císa?ská louka", la grande île que vous voyez depuis le château de "Vy?ehrad") pour les remplacer (aux Invalides) par des courses de vélocipèdes plus écolos (véridique, encore qu'un cycliste qui se pisse sur l'tutu et transpire l'EPO sous l'bras, ça pue aussi).
En cette fin de XIX ème siècle, il y avait également quelques courses au lieu dit "au renard vert" (cf. la rue "Za Zelenou li?kou" à "Pankrác"), endroit qui prit ce nom particulier de part la fameuse hostellerie arborant cet emblème (un renard vert, c'était courant en Bohême avant Tchernobyl), premier relais sur la route "Bene?ov", "Tábor", "?eské Bud?jovice"... où l'on pouvait s'abreuver, se repaître et changer ses vieux bourrins pour des chevaux frais depuis la mi XVIII ème siècle (bien entendu l'auberge n'existe plus, remplacée par des tours-bureaux La Défense genre). Et donc tous ces changements de lieux, tous ces déménagements, toute cette logistique lourde, chère et compliquée cependant reprise par le parlement européen avec nettement plus de succès bureaucratique, fut abandonnée au profit d'un lieu de course unique au début du XX ème siècle. L'on décida alors de construire une vraie piste de course avec ses tribunes, ses guichets à PMU, ses stands à frites et saucisses. Le cirque fut inauguré le 28 septembre 1906 à la St Dada par le maire d'alors (me fait toujours marrer c'te histoire-là) "Karel Gro?" en présence de plusieurs milliers de Praguois et quelques dizaines de carnes.
L'on mit immédiatement les bestiaux en course afin d'essayer le terrain: au programme du jour se trouvaient 2 courses de galop en ligne droite afin d'essayer les pneus et le tarmac avant les virages, 2 sauts d'obstacles afin d'éprouver la hauteur des toits et les fessiers des jockeys, et un steeple-chase qui, à l'instar du saut d'obstacle consistant à sauter par dessus des haies, complique encore l'affaire par des obstacles plus hauts (haies naturelles et artificielles), plus longs (fossés, tranchées...), plus humides (étangs, lacs...) enfin tout ce qui passe par la tête des organisateurs afin d'approvisionner à bon marché les boucheries chevalines. Le premier grand vainqueur du galop sur 1800 m fut le vétérinaire militaire "Franti?ek Bartosch" monté sur le dos de la pouliche "Vision" (c'est sans intérêt, mais je vous le signale pour info). Mais comme les courses n'étaient pas spécialement lucratives, et comme il fallait bien rentabiliser cet investissement, l'on organisa sur ce terrain divers évènements alors exceptionnels. C'est ainsi que le 28 décembre 1909, Louis Gaubert fit le premier vol d'un aéroplane motorisé (des frères Wright) en Bohême. Puis le 13 mai 1911, c'est "Jan Ka?par" qui atterrit sur l'hippodrome de "Chuchle" aux commandes d'un légendaire Blériot XI.
A noter qu'il décolla de "Pardubice" où a lieu chaque année le fameux steeple-chase tant admiré par Brigitte Bardot. Coïncidence? L'appareil en question fut ensuite offert au Musée Technique National où il se trouvait encore lors de ma dernière visite (avant la longue fermeture pour réhabilitation). Ensuite il y eut la grande guerre, et finalement la mairie de Prague finit par se poser la question du "pourquoi crénom de d'là qu'on fit construire un hippodrome pour servir d'aéroport?" Aussi en 1919, l'on fonda le Jockey club tchécoslovaque afin de faire "professionnel", et dès 1921 (le 22 mai) l'on organisa un grand derby sous l'appellation de "Prix du jockey club tchécoslovaque" (pour les profanes, un derby est une course réservée aux carnes de 3 ans, parce que plus tendres). Depuis 1921, ce derby eut lieu chaque année, y compris en temps de guerre, avec seulement une seule et unique exception en 1995, en réaction à la reprise par Jacques Chirac des essais nucléaires français dans le Pacific (mais cette vaine protestation n'eut pas l'effet escompté, comme le prouva l'histoire par la suite). Sinon il y eut encore d'autres atterrissages d'aéroplanes à "Chuchle", mais l'on mit rapidement en chantier le vrai aéroport de "Ruzyn?" (inauguré en 1937) afin de rendre à l'hippodrome sa vocation première.
En 1927 c'est électricité qui atterrit dans les tribunes et les guichets du PMU au grand bonheur des parieurs et du micro de Léon Zitrone. En 1930 l'on inaugura les tout premiers "starting gates" automatiques (les fameuses cages de départ que les bourriques récalcitrantes refusent systématiquement de rentrer dedans sans l'aide d'un su-sucre ou d'un coup de pied au cul, selon l'éleveur). Ensuite il y eu des conflits territoriaux, comme quoi l'hippodrome aurait bouffé illégalement du terrain aux paysans, mais tout fut réglé sans effusion de sang vers 1937. Pis (et je fais court) vint l'anschluss, la guerre, la libération, les con-munistes et Dick Francis (écrivain mais aussi jockey de père en fils). En 1985 l'on mit à terre les tribunes en bois d'origine et de style art-nouveau pour les remplacer en 1991 par les immondes gradins en béton armé d'une capacité de 4000 places. Et puisqu'on en parle, tiens, quelques détails techniques. 4000 places couvertes donc, mais plus de 10.000 places debout sous la flotte, et 800 places V.I.P au chaud. S'y trouvent encore une trentaine de guichets à paris, une gargote de 100 places qui pue la graisse brûlée (tout du moins quand j'y étais), un derby club de 80 places (genre "first class lounge" dans les aéroports, si vous connaissez), des stands à saucisses-frites dont le nombre varie selon les saisons, 700 places de parking, 2500 m² d'espace pour expositions diverses
(il y avait des yachts de luxe à moteur lorsque j'y étais), un service de catering pour 1000 convives (si vous voulez y organiser un anniversaire), et toute la technique visio-acoustique nécessaire à la retransmission des courses. Le prix d'entrée est de 100 CzK (3,70 ?) pour les adultes valides, de 50 CzK (1,85 ?) pour les abonnés aux transports en communs de Prague et aux détenteurs de la carte client du Gaz Praguois (véridique), et c'est même gratos pour les mineurs, les éclopés, et les vieux. De plus, ce prix d'entrée comprend en outre un droit de pari d'une valeur de 20 CzK (0,74 ?) librement misable sur n'importe quel bourrin en course dans la journée. Sinon l'entrée pour le derby tchèque (une fois par an) est de 200 CzK (7,40 ?) parce que les chevaux c'est comme les p'tits zenfants, plus ils sont jeunes plus ils sont chers (hors jeu Strogoff! C'est carton rouge ce genre de blague déplacée :-)

Alors en parlant de pari, c'est bien la seule chose qui finit par m'attirer dans c'te embuscade dominicale (hormis la présence de la délicieuse Viky), parce que vous l'aurez sûrement compris à la lecture de cette publie, je ne voue pas une spéciale affection à la race chevaline. Attention, je ne leur veux aucun mal aux chevaux, rien contre (d'ailleurs même pour, dans les boucheries chevalines), mais je ne me sens doté d'aucun amour particulier envers ces bestiaux. Pourtant j'en ai essayé un (et pas dans l'assiette), en Camargue.
On me l'avait prêté pour 2 heures, mais ça pue la gangrène du pied, c'est inconfortable comme une bourgeoise sans fesse, et ça fait c'que ça veut surtout quand il ne faudrait pas (que ça fasse c'que ça veut), genre dans un champ de taureaux à corrida, la sale bête (et c'est du vécu dont je vous parle). Bref, aussi dès mon entrée dans l'arène je me précipitai vers le premier guichet PMU afin de m'enquérir des règles comme des prix, étant totalement novice en la matière. Le brave p'tit gars derrière la vitre m'expliqua les rudiments, les cotes, les paris (simple, placé...), les gains, et hop, j'y mis un bifton de 200 CzK (7,40 ?) sur une carne anglaise plutôt mal cotée (peu de gain) car favorite: "Polish Magic" qu'elle s'appelait. Avec un nom et un pedigree pareil, l'animal ne pouvait que faire des miracles (polonais). Le départ fut lancé à l'opposée des tribunes, du coup je dus mettre mon 200 mm sur mon clic-clac afin d'apercevoir les roussins lacer leurs baskets dans les starting-blocks. Pan, les v'là t-il pas lancés au galop. Entrée dans le virage, passage devant les tribunes, et hop fin de la course. Ah bon, c'est déjà fini m'interrogeai-je? Ils ont à peine couru 1000 m!? Eh mais tiens, et c'est qui qui a gagné? Je me rendis fissa-fissa lire les résultats sur les téloches devant les guichets. "Quoi, avant dernier? Mon bourrin favori est avant-dernier? Mais c'est quoi c'te andouille grasse qui conduisait le bestiau? C'est pas possib' qu'avec une cote pareille il termine avant dernier?" Ben si, c'était pourtant bien arrivé.
Une bonne vingtaine de minutes se passa avant que l'on ouvre les paris sur la course suivante. Un rapide coup d'oeil sur les téloches, les noms, les provenances, les cotes, et paf, tiens, 100 CzK (3,70 ?) sur "Heat Set" et la même chose sur "Clever Mind", 2 bourrins français qui selon les pronostics ne pouvaient pas sombrer. Pis s'ils ont fait tout ce chemin (depuis la France), c'est qu'ils ont une chance non? Allez, placés dans les 3 premiers, au moins l'un d'entre eux, ça serait bien le diable sinon. Pis se passèrent de longues minutes, mes potes jetèrent quelques infimes couronnes (tchèques) sur l'un ou l'autre des 12 canassons en course, je m'en jetai quelques moins insignifiantes couronnes dans une frites-coca, et la chevauchée fantastique fut enfin lancée. "Ah ben du coup on voit toujours mal de loin à nouveau. Allez mes bourrins... cours faignasse, allez, allez..." Pareil, un virage, une ligne droite, et c'était fini. "Quoi? Huitième et dernier mes canassons?" Alors que cette fois l'anglais "Rabbit Zamindar" était 3 ème? "Attends, chuis maudit des glandes, ils sont tout entartrés ces foutus bestiaux, z'ont mal graissé les courroies, attends, y a triche chuis sûr." J'étais furax parce que l'on m'avait vendu d'la daube avariée. Attends, t'as une cote pourave de 1.19 et 1.13, et ces foutues bourriques faignantes se placent au plus mal? C'est forcement truqué. Bref, et pendant que je m'en refroidissais de ma colère, t'as mes potes qui vinrent me chercher: "eh, viens voir, y a Tatav dans les tribunes." "Quoi? Le président tchèque antiseptique est là?"
Et du coup je me précipitai avec mon zoom pour le trombinoscoper proprement. Et il était bien là, dans les tribunes, avec sa bonne bouille de négateur systématique satisfait de ses défiances infantiles. La réponse à mon étonnement de sa présence me fut apportée lorsque je me mis dans la file des parieurs: "le prix du président de la république". "Ah ouais, ça explique! Mais attends, ils ne peuvent pas me truander alors. C'est sûr que pour la course du président d'la raie publique y aura pas d'entourloupe, parce qu'il a peut être même mis du pognon (de l'Etat) dedans". Alors j'y allais au culot. Y avait des canassons polonais, tchèques, irlandais, allemands, mais plutôt que par nationalité, je choisis cette fois-ci une bourrique qui avait ses chances (selon les cotes) afin de gagner, mais pas trop de chance quand même pour le pognon. Parce que c'est ça tout le problème du turf: comment augmenter ses chances de gagner, et gagner suffisamment pour que ça vaille la peine de risquer. Finalement mon choix se porta sur "Oligarch", coté à 3.7, et j'y mis le paquet, 100 CzK (7,40 ?) gagnant. Di diou, j'avais fait fort sur ce coup-là. Mais il restait du temps avant le départ, et je regardais nerveusement évoluer la cote de mon bourricot: 3.5, puis 3.1, puis 2.9... "Hein, mais attends, t'as tout le monde qui parie d'ssus ou quoi? Il va encore arriver dernier ce couillon rouillé et s'il gagne, je ne recevrai que des nèfles" que je me disais (à ce moment j'ignorais que le gain dépendait de la cote au moment du pari et non de la cote finale au moment du lâché de carnes).
Puis 2.4, 2.1, pour finir à chais plus où parce que je me précipitai vers la grille de départ. "Bon, ben qu'est-ce que tu veux, chuis pas fait pour ce métier" me consolai-je. "J'ai sans doute la plus fantastique pouliche de Bohême à la maison, mais question pari, chuis pas fait pour ça!" La course fut lancée, de l'autre côté du stade bien évidemment, et j'essayais d'entrevoir parmi tous ces 14 partants le jockey à casquette rouge monté sur la bourrique numéro 4. Rien, pas moyen de les distinguer. Puis à la sortie du virage, v'là t'y pas qu'un jockey à casquette rouge mène la course. "Allez Oligarch! Cours faignasse, fouette-lui la croupe le jockey, allez, mets-lui d'la cravache au cul... Allez Oligarch, allez!" Eh ben croyez-le ou non, mais mon bourrin était en tête. Plus que quelques mètres, il menait toujours toujours... "OUAIS!!! Oligarch a gagné ouais, j'ai gagné aussi, trop fort, ouais..." Pis curieusement, pas un des cavaliers ne semblait s'arrêter, et toujours fort curieusement même au contraire d'ailleurs, ils semblaient maintenir les gaz ces couillons-là. "Quoi? Ne me dis pas qu'ils refont un tour? Mais non, c'est pas possib', attends, mais ma carne qui a gagné va tirer la langue comme un Jésus dans le désert, elle ne va jamais tenir la tête encore un tour complet à cette vitesse..." L'angoisse était à son paroxysme. Les bestiaux venaient à nouveau de disparaître dans le fin fond du stade qu'on n'y voyait rien, et c'est paralysé d'anxiété que je les vis peu à peu revenir vers les tribunes. "Eh ben voilà, tiens, l'est où mon mien maintenant, ils sont tout mélangés ces ânes-là, comment tu veux qu'on s'y retrouve..."
J'y croyais plus, je ne voyais plus mon jockey et sa bourrique dans tout ce foin. Y avait bien une casquette rouge dans le fond, mais à des longueurs entières derrière le reste du troupeau, pas la moindre chance qu'il avait. Pour être honnête, je ne me souviens pas du finish. J'ai bien photographié, mais je ne savais pas où était mon canasson, et à la vitesse qu'ils roulaient, pas moyen de distinguer les petits numéros sur leurs flancs. La course terminée, mes potes vinrent aux nouvelles. Ben ouais, perdu, comme les dernières fois, et je m'en cherchais une poubelle pour y jeter mon ticket. Mais tandis que les bourrins quittaient l'arène, les téloches et les photographes envahissaient la pelouse pour s'agglutiner autour du gagnant qui trottait en rond tout en soufflant sa vapeur par le mufle comme une grosse locomotive. "Eh mais 'ttends voir, il a une casquette rouge le boug' monté dessus! C'est quoi son numéro?" Je courus plus près, et tandis que je m'en rapprochais, je pus lire son numéro: le quatre. "Hein? Mais c'est mon mien, c'est Oligarch, c'est le bourrin que j'ai mis mon pognon dessus gagnant!" Ben il avait gagné ce couillon-là, et ouais. J'y croyais pas. Tatav descendit des tribunes, passa dans la foule à 1 m de moi, et traversa la pelouse pour s'approcher du vainqueur. Il y eut des serrages de paluches, des tapes dans le dos, des caresses sur le groin du dada, et Tatav souriait comme un premier communiant qui aurait pissé dans le calice, ravi de sa bonne blague. Puis l'on remit la coupe dans les mains du jockey, malgré que c'est l'animal qui fit tout le boulot.
La délicieuse petite des écuries Corinne était toute souriante, le jockey "Ji?í Chaloupka" prenait des poses à la John Wayne dans Rio Bravo, et Tatav était resplendissant de bonheur, comme s'il avait gagné aussi. Ca n'en finissait pas, re-photos, re-serrages de paluches, re-tapes dans le dos, re-caresses sur le groin du dada, et re-sourire du président.

Je récupérai mon gain, et nous quittâmes le champ de course car mes potes comme Viky s'en devaient retourner sur "Doma?lice". In fine 500 CzK (18,50 ?) furent investies, 370 CzK (13,70 ?) récupérées, et j'ai fait quelques photos de Tatav pour mes arrières arrières arrières petits zenfants, donc ce ne fut pas si tellement gaspillé comme dimanche après-tout. Les paris? Ouais, bof, ça ne m'a pas spécialement mordu parce que c'est vachement du hasard quand même, et que tant qu'à zarder, autant parier sur les probabilités mathématiques d'une roulette que sur les zaptitudes zaléatoires de bêtes zanimaux. Chais pas si j'y retournerai un jour, au turf, mais à "Chuchle" fort certainement, car il me reste pas mal de choses à voir. GPS PMU: 50°0'30.968"N, 14°23'32.69"E.


Ville: rue Brûlée et Ste trinité

le 14/03/2009 à 11h01


Alors de celle-ci d'église, vous n'en entendrez pas beaucoup parler, ni dans les livres d'histoire, ni par la bouche des gens, parce que d'abord elle est particulièrement récente, pis ensuite elle n'est pas romaine catholique mais gréco-catholique. Elle est de rite oriental (dit russo-grecque, voire byzantin), sans pour autant être orthodoxe, puisqu'elle reconnaît l'autorité pas pâle (du pape).

Alors je ne suis pas un expert des milliers de branches schismatiques (dérivées?) du tronc commun chrétien, aussi je ne vais pas entrer dans les détails. Sachez cependant que la notre d'église sert de lieu de culte au "Pra?ský gréckokatolícky dekanát" (genre décanat gréco-catholique de Prague, comme St Longin) qui compte seulement quelques 7 700 fans (recensement de 2001). Et c'est peu, vraiment peu. Tiens, parce que les jésuites ont particulièrement bien fait leur boulot en Bohême pendant quelques 3 siècles, la population indigène se déclare plutôt d'obédience romaine-catholique (2,7 millions, 350 fois plus). Maintenant attention. Lors du dernier recensement (en 2001), la question posée n'était pas "êtes-vous de confession..." mais "de quelle obédience vous réclamez-vous" ("uve?te co nejp?esn?ji, k jaké církvi, nábo?enské spole?nosti nebo ví?e se hlásíte").
Et c'est pour le moins tendancieux comme question me semble-t-il, parce qu'entre "êtes-vous..." et "vous sentez-vous..." y a une grosse différence pour moi. Genre on peut se sentir malade s'en l'être, comme on peut se sentir gras, beau... vous voyez la nuance? Quant à la réponse, il ne s'agissait pas d'une croix à cocher en face d'une religion (courant religieux), mais d'un texte libre (ce qui explique les 9% de réponses indéterminées). Aussi parce que la plupart des Tchèques décorent leur sapin à Noël, qu'ils faignantent le lundi de Pâques et qu'il pleut à la Toussaint, 99% d'entres-eux ont répondu "catholique" sans faire la différence entre romain, grecque et orthodoxe. Du coup l'administration des statistiques obscures a interprété au choix les réponses ambigües. Et je ne parle pas de ceux qui se réclament catholiques comme ils se réclameraient démocrates, parce que ça fait bien, c'est une tradition familiale, genre le chrétien-démocrate passif vert à la droite conservatrice de la gauche populaire. Bref... du coup, notre l'église de la trinité n'est pas spécialement visitée, et donc peu connue, de fait peu documentée.

Alors signalons déjà, que des églises de la Ste trinité (des fois on dit sainte trinité, des fois trinité tout court... mais c'est tout pareil), il en existe plusieurs dans Prague. Il y a tout d'abord la chaplette baroque de la trinité à "Smíchov", datant de 1667, restaurée en 1732, et qui se trouve en plutôt mauvais état (elle l'était la dernière fois que j'y suis passé). A 400 m de là se trouve une église de la trinité, en plein dedans le cimetière mal nommé de "Malá Strana" (mal nommé car "Malá Strana" se trouve dans Prague 1, et pas dans Prague 5). Puis il y a la fameuse Ste trinité de "Podskalí" (anciennement St Antoine, brûlée par les hussites) dont le sol est sous-élevé par rapport au trottoir (à l'instar de l'ancienne douane de "Výto?") car l'édifice se trouvait là avant le rehaussement du reste des alentours pour parer aux inondations. Enfin il y a l'ancien ossuaire près de l'église "sv. Ha?tal" (près du couvent/galerie Ste Agnès, cf. mes photos) construit en 1660, transformé en 1712 par le fabuleux "Kilián Ignác Dientzenhofer" en chapelle de la Ste trinité (cf. la peinture murale toujours visible aujourd'hui représentant le trinôme), transformée en 1832 en maison d'habitation (que c'est d'ailleurs toujours aujourd'hui), mais dont personne ne connaît l'histoire
(de cet édifice), et encore moins qu'il s'appelait "trinité", alors que des milliers de touristes passent devant en se rendant à la fantastique galerie nationale en Ste Agnès. Ah, oui, et j'oubliais encore la chaplette de la Ste trinité de "Dejvice". Bon, mais c'est d'aucune de celles-là qu'on se parle de trinité, parce qu'aujourd'hui le sujet c'est la Ste trinité de la rue Brûlée, rue "Spálená".

Tout d'abord quelques mots sur la rue, car la rue Brûlée a été, et reste encore aujourd'hui, une rue importante de la capitale. Au vieux moyen âge, cette rue se trouvait au delà des fortifications de la ville, et représentait la plus importante voie de communication entre le château de Prague et le château de "Vy?ehrad", en passant entre le cloître des Maüs (Emmaüs) et l'église St Jean na Skalce.
Elle commençait à la porte dite de "Zderaz" (cf. une précédente publie pour l'origine du mot), près de l'église St Martin dans le mur (car accolée à l'enceinte de la cité) rue "Na Per?týn?" où se trouve la bien bonne taverne "Aux oursons" que je recommande non seulement pour son excellente bière "Budvar", mais également pour son hébergement de rapport qualité/prix/centre ville sans concurrence (certaines chambres sont énormes de beauté). Et son ancienneté (de la rue) est prouvée par son tracé. Tiens, remarquez le coude entre "Purky?ova" et "Lazarská". Lorsque le bon roi Charles IV lança la construction de la nouvelle ville (en 1348), il demanda à ses architectes de faire simple et ficace, de prendre exemple sur New-York et de tracer les rues à la règle (cf. les rues autour de "Spálená", droites comme la justice).
Ainsi seules les voies plus anciennes ont été conservées avec leurs irrégularités, quant aux nouvelles, toutes droites qu'elles furent tirées. Ensuite, et parce qu'au temps du bon roi Charles l'industrie mondiale n'avait pas encore été déménagée en Indéchine (ne confondez pas l'Inde et Chine avec l'Indochine, la dernière est au milieu des 2 précédentes), la ville raisonnait d'un boucan infernal, en particulier à cause des ferronniers, chaudronniers, armuriers, couteliers, forgeriers... forgerons, qui cognaient la taule comme des sourds du lever du coq au coucher du soleil. Et donc à cause de tout ce chambard bruyant, le roi fit déménager tout ce monde loin du centre, dans la rue Brûlée, hors de l'enceinte de la ville. Après les bruyants, suivirent (mais encore plus loin) les puants (tanneurs, mégisser...), les encombrants (constructeurs aéronautiques, armateurs pétroliques...), les embarrassants (tortureurs, exécuteurs, prostituteurs...), les souffrants (contagieux, gâteux, débileux...), mais ça c'est une autre histoire. Tiens, faites-moi penser un jour que je vous parle des quartiers de la Prague moyenâgeuse par corps de métier, c'est trop top intéressant. Bref, et parce que les bruyants restèrent dans la rue Brûlée, ben sous le bon roi Charles elle s'appelait rue des Forgerons.
Mais y avait pas que des forgerons dans notre rue. En effet, depuis 1254 (cf. l'édit "Statuta Judaeorum" du roi "P?emysl Otakar II" concernant les droits et la protection des Juifs en terres siennes), il s'y trouvait également un cimetière juif, un très vieux cimetière juif, encore plus vieux que le fameux vieux cimetière juif qui d'ailleurs lui succéda. Le cimetière s'étendait de la rue "Purky?ova" au Nord, par delà de la rue "Vladislavova" à l'Est, et au delà de "Lazarská" au Sud. En 1478, le cimetière fut arrêté par le roi W ("Vladislav II. Jagellonský", 1456-1516), et l'on construisit sur son dessus des habitations. En ce temps, on était loin d'imaginer l'énorme chambard que cela allait provoquer 522 ans plus tard (cf. plus loin).

Le 3 juin 1506 il y eut le feu dans la rue des Forgerons. Quelques 20 habitations brûlèrent, et dès 1518 on eut pu lire dans les archives (qui n'avaient pas brûlé) le nom de rue Brûlée, toujours en vigueur aujourd'hui.
Puis pendant quelques 200 ans, on ne sait plus grand chose ni de la rue, ni du vieux cimetière juif, ni des feux, ni de rien, jusqu'en 1708 lorsque la parcelle fut achetée par les trinitaires, "Ordo Sanctae Trinitatis de Redemptione Captivorum", ou l?Ordre de la Très Sainte Trinité en Françé. Alors remontons un peu le temps en arrière. Sans dépeindre en détail l'ordre des trinitaires dont vous pouvez lire les aventures chez Wikipédia, sachez en gros qu'il s'agit d'un ordre français, né vers la fin du XII ème siècle, et dont la fonction consistait à racheter aux barbares musulmans les esclaves catholiques bêtement tombés entre leurs mains (en ces temps les moines n'avaient pas compris les bénéfices des lois darwiniennes sur l'évolution de l'espèce humaine :-) La légende raconte que Félix de Valois aurait aperçu dans la forêt un cerf avec une croix entre les bois (cornes), lequel lui aurait enjoint d'aller racheter les esclaves (j'te dis pas comme il était chargé le Félix, ce jour-là). Et cette légende est fantastiquement évoquée sur le pont Charles par le génial "Ferdinand Maxmilián Brokoff" (statue grandiose de 1714, sa dernière oeuvre pour le pont Charles).
On y voit Félix de Valois, Jean de Matha (co-fondateur de la compagnie), Ivan l'air mite (ermite local et distributeur exclusif pour la Bohême de la pensée trinitaire), le cerf à croix, un Turc bedonnant son cimeterre à la ceinture avec son kiki, tout deux gardiens de la prison dans laquelle se trouvent de pauvres chrétiens (regardez dedans, on les voit bien).

Et puisqu'on parle du Turc de la statue, je vais vous parler d'une légende (lecture: "Franti?ek Langer, Pra?ské legendy"). Il y a bien longtemps, lorsque les premiers colons arrivèrent sur l'île de "Kampa", le roi leur octroya le droit d'y habiter, d'y construire foyer et d'y mener commerce à la condition qu'ils s'occupent soigneusement du pont en pierre (alors Judith, puis plus tard Charles). Ca tombait bien, beaucoup d'entres-eux étaient maçons, bâtisseurs, tailleurs de pierre, marchands ambulants de scoubidous et joueurs de musique dissonante... Puis au fil des siècles, cette corvée se transforma en impôt. Les habitants de "Kampa" payaient ainsi une taxe spéciale pour la réparation de l'édifice.
Entre la fin du XVII ème et le début du XVIII ème siècle, l'on commença à enjoliver le pont avec des statues baroques, oeuvres des plus grands maîtres sculpteurs de leur temps. Et la légende raconte, que par remerciement envers les habitants de "Kampa" qui s'occupèrent du pont pendants des siècles, les statues prenaient à tour de rôle les nouveau-nés de l'île sous leur protection. A chaque naissance d'un petit nenfant à "Kampa", une des figures de la trentaine de statues du pont Charles prenait en parrainage le bambin afin de veiller sur lui comme un ange. Et toutes les figures de toutes les statues y avaient droit, jusqu'au Turc bedonnant et garde-chiourme de "Ferdinand Maxmilián Brokoff" sur l'oeuvre dédiée aux trinitaires. Ce jour-là naquit un petit nenfant dans la famille du charpentier "Kaláb". Pendant les premières années de sa vie, le Turc se la coulait douce, car le bambin n'était pas spécialement enragé. Il suivait l'école normalement, devint couvreur dans la lignée de son papa, et jusqu'à l'âge de 19 ans, la main protectrice du Turc n'eut pas spécialement besoin de se poser sur l'épaule du jeune-homme. Mais vers les années 1875 - 1878, alors que la Bosnie-Herzégovine se battait aux cotés de la Russie pour son indépendance face à l'occupation ottomane, l'empire austro-hongrois soutenait indirectement cette lutte, et des soldats de François-Joseph se retrouvèrent face à l'ennemie turc.
Ce fut le cas notamment de notre "Kaláb", et c'est à ce moment que la protection du parrain turc sur le pont Charles commença à se manifester. Lors d'une bataille, le chanceux fut blessé à la jambe, et parce que clopinant, il eut droit au retour en sa patrie où il prit le rôle de garde-chiourme, comme son protecteur. L'assistance du parrain peut vous sembler bien chétive de prime abord, mais croyez-moi, bon nombre des co-combattants du boiteux tombèrent sous les bales ottomanes. Après 30 années de service auprès de l'administration impériale, "Kaláb" prit sa retraite et reçut une rente grâce à laquelle il ouvrit un débit de tabac situé sur la place de Malte, juste en face des arcades (aujourd'hui s'y trouve une vinothèque ou un café, chais plus exactement). Et comme en cette époque l'on considérait le tabac comme turc (du reste comme le café, le tapis, le bain, la tête de... et les chiottes à la...), il se fit peindre une enseigne à l'effigie d'un Turc. Il en confia la réalisation à un jeunétudiant en Art qui fréquentait assidûment l'échoppe, car par manque de commande malgré son talent, ce dernier fumait à crédit. Par cette réalisation, il put ainsi s'acquitter de ses dettes auprès de son créancier. Et le bougre ne fut pas avare de talent. Il peignit une splendide enseigne représentant un Turc fumant une pipe, et mit une touche d'humour personnel dans l'oeuvre en croquant fidèlement la bouille du buraliste sous le fez rouge caractéristique.
Cette enseigne devint célèbre dans tout Prague, et nombreux curieux se pressaient dans l'échoppe afin d'apprécier par eux-mêmes la stupéfiante ressemblance entre le portrait de l'enseigne et l'original fichtre officiant derrière le comptoir. Inutile de préciser que le commerce tabagique prospérait allégrement. A la mort de "Kaláb", sa veuve et ses gnafrons héritèrent de l'affaire qui commençait à ne plus fonctionner aussi juteusement qu'auparavant. L'affaire allait d'ailleurs de mal en pire, au point que l'on commença à vendre tout ce qui pouvait avoir de la valeur, histoire de payer les fractures. Un jour, la veuve décida de mettre en vente l'enseigne peinte par le jeunartiste, un des derniers biens vendables avant le commerce en soi. Et quelques jours plus tard, alors qu'il visitait nostre capitale, un Zétazunien tomba follement amoureux de l'enseigne du feu buraliste. Il prétendit qu'icelle eut certainement été peinte par un Dürer, un Rembrandt ou un Arcimboldo (pour vous dire comme il mélangeait tout le pauv' boug') et paya gros argent comptant et très buchant avant de disparaître avec son acquisition.
Aujourd'hui encore l'on ignore si ce mystère est à mettre au compte du protecteur turc, ou doit être considéré comme une preuve supplémentaire de la dégénérescence cérébrale inversement proportionnelle à l'accroissement pondéral de certaines espèces humaines d'Amérique. Ceci-dit les dollars du couillons firent l'affaire de la veuve qui... Ouah di diou... j'ai fait long... bon je termine puisque j'en suis à la fin.

Alors les trinitaires... Ah ben tiens, faut que je vous parle aussi du "Jägermeister". Parce qu'un certain guide qui hante la République Tchèque prétend que ce cerf à croix entre les cornes serait celui vu par Félix, et qu'il serait sur les bouteilles de ladite liqueur parce que les trinitaires la fabriquaient (dixit "Tomu se ve snu zjevil bílý jelen, který m?l mezi paro?ím rovnoramenný ?ervený k?í?. ?e je stejný znak na etiket? likéru Jägermeister, není náhodné. P?vodn? ho vyráb?li práv? trinitá?i.").
Connerie absolue et affirmation sans fondement. Tout d'abord le "Jägermeister" n'a jamais été fabriqué par les trinitaires car il est né industriellement en 1934 en Saxe, et que contrairement aux chartreux spécialisés dans la gnole, les trinitaires étaient spécialisés dans le commerce des esclaves (mais dans l'autre sens, l'achat, pas la vente). Ensuite la croix entre les bois du cerf n'est pas symétrique, et pour cause puisque ce cerf est celui de St Hubert, le patron des chasseurs (jäger = chasseur, meister = maître) et non le cerf de Félix, qui avait une croix symétrique entre ses bois. Alors je sais, c'est trompeur, mais la religion chrétienne n'est pas spécialement originale, et la fantaisie créative est plus une manifestation diabolique à réprouver qu'une qualité théologique à promouvoir.
Tiens, encore un mot sur la croix si métrique rouge et bleue de Félix. Les moines trinitaires portaient (portent encore?) une soutane blanche sensée rappeler la fourrure blanche du cerf (une hermine albinos oui, mais un cerf!?), incarnation du père éternel (!?), le bleu sur la croix représentait les stigmates du Christ (Jésus avait du sang bleu, noble?) quant au rouge de la croix, il représentait le St esprit (le feu, la flamme qui l'anime). Je n'invente rien, je l'ai lu dans je ne sais plus quel ouvrage relatif aux trinitaires. Bref...

Alors les trinitaires donc. Les trinitaires arrivèrent relativement tard en Bohême, parce que la priorité fut donnée aux jésuites afin de défricher le terrain hérétique. Les autres ordres ne furent invités qu'une fois l'ordre catholique rétabli, et encore pas tous (ne furent invités), car les ordres mendiants, par définition mendiant, ne devaient pas dépasser un certain pourcentage de la population active afin qu'il n'y ait pas plus de mendiants que de donateurs (ça tiens du bon sens, tiens, regardez la séc.soc. aujourd'hui, à force d'inviter les malades en France...).
C'est ainsi qu'en 1705, avec la bénédiction de l'empereur Léopold 1er (sans doute une de ses dernières initiatives puisqu'il décéda en mai de cette même année), les trinitaires s'établirent dans le quartier "Na slupi" (en dessous de l'abbaye d'Emmaüs, en direction de "Vy?ehrad", où se trouve une des plus anciennes églises gothiques que je vous prépare une publie dessus). Mais l'endroit ne leur convenait pas, ça manquait de prestance, et ils commençaient à reluquer quelque chose de plus grand, de plus proche du centre ville et à proximité du métro. En 1708, l'ordre reçu une conséquente donation... ou plutôt non, un certain baron de "Putz" offrit aux moines de financer la construction d'une église ("Jan Ignác Putz z Adlerthurnu", apparemment juge à la cour royale, fut particulièrement insignifiant dans l'histoire du pays, sinon pour la construction de l'église de la trinité). Youpi, hourra, super, alléluia-pouêt-pouêt firent les moines, et ils se mirent en tête d'acquérir le terrain occupé auparavant par l'ancien cimetière juif dans la rue Brûlée. L'idée déplut immédiatement au conseil municipal, dont l'intention était d'y construire un centre commercial lucratif (cette idée est toujours d'actualité, cf. plus loin), mais lorsque les trinitaires firent intervenir l'évêque de Prague, l'empereur d'Autriche, le grand mufti de Sidi Yahya El Bahrzaoui, et surtout lorsque les moines mirent les cruches de vin sur la table des conseillers municipaux, l'affaire finit par être conclue (rien de neuf sous le ciel de Prague).
Les trinitaires avaient apparemment pas mal de pognon puisque ce n'était pas le leur, aussi ils décidèrent de construire en plus un vrai monastère (cf. "Joannes a Sancto Felice, Annalium Provinciae S. Josephi Ordinis Excalceatorum Sanctissimae Trinitatis Redemptionis captivorum Libri X, in quibus ab origine provinciae et ordines propagatione post ultimam Viennae obsidionem an. 1683 usque ad consitatam provinciam an. 1728 referuntur Coenobiorum origines cet." Je vous ai trouvé des extraits sur la toile car l'histoire est plus sophistiquée que ce que j'ai synthétisé ici).

La réalisation de ce projet fut confiée à "Octavio Broggio" (i.e. "Ottavio, Octavian"), architecte tchèque d'origine évidemment italienne modérément prolixe à Prague, mais génialement productif dans, et autour de "Litom??ice".
Alors pour l'anecdote, beaucoup de sources mal informées vous parleront de "Kry?tof Dientzenhofer" et de "Jan Ji?í (Michael) Aichbauer" comme co-architectes. Non, du tout. Vers 1675 "Kry?tof Dientzenhofer" arriva à Prague de sa Bavière natale, et commença à s'établir professionnellement et socialement en Bohême. En 1685, il prit pour épouse Anne "Aichbauer", veuve du bâtisseur "Ji?í Aichbauer" et mère du petit "Jan Ji?í (Michael)" alors âgé de 5 ans. Le couple eut par la suite d'autres enfants, dont le colossal génie "Kiliána Ignáce Dientzenhofer". Or lorsque "Octavio Broggio" prit la direction du monastère des trinitaires en 1708, il engagea "Kry?tof Dientzenhofer" comme bâtisseur (vu que c'était son métier), et aucunement comme architecte. Quant au petit "Jan Ji?í (Michael) Aichbauer", il venait aider son beau-papa à pousser la brouette, pelleter la caillasse et maçonner la brique pour se faire de l'argent d'poche. C'est ça la vraie histoire. Mais retournons aux moines. Les bougres avaient vu grand, sans doute trop grand même, car les travaux furent plusieurs fois arrêtés par manque de finances, finances d'aux moines (à force de racheter des chrétiens, ben tiens) comme que de celles du baron "Putz".
Or bien que l'accouchement fut douloureux, l'église finit par voir le jour en 1712 (à ce propos notez le chronogramme doré en dessous du tympan de l'église: "sanCtIssIMae aC DIVInae trInItatI" = 1712), et c'est sans doute cet élan de générosité financière qui permit à Herr "Putz" de reposer en notre cathédrale St Guy (ceci-dit il avait acheté sa concession dès 1681, mais n'achète pas concession en St Guy guy... qui veut, faut avoir été sacrément bon dans sa vie pour reposer en St Guy). Du reste le baron et sa baronnes n'oublièrent pas de préciser leur contribution sur l'édifice (cf. au-dessus de la porte principale: "Ioannes Ignatius et Theresia barones de Putz ecclesiam fieri fecerunt", comme le port salut, c'est marqué dessus, comme le pâté deux fois, c'est marqué en gras, l'église de la trinité, de "Putz" arbore la vanité) comme leurs armoiries.

L'église de la Ste trinité fut goupillonnée le 11 juin 1713, pour la fête de la Ste trinité (tiens donc!?), et dès 1716 l'on mit en chantier le monastère adjacent qui occupait l'emplacement de l'actuel édifice cubiste dit le "diamant". Sur le monastère, on n'a que très peu d'information, sinon qu'il était plutôt vaste (ça donne une bonne idée) et qu'il y vivait une quinzaine de moines (vaste?). Le pognon rentrait apparemment bien les caisses trinitaires (enfin), et en 1719, les moines installèrent à droite du fronton de l'église une statue de St Jean Népomucène, oeuvre de 1717 du grand "Michal Jan Josef Brokoff" (moins connu cependant que son père Jean ou que son frère Ferdinand Max). La statue existe toujours à son emplacement, et prit même une apparence cubiste lorsqu'en 1913, on lui construisit une auréole "à la diamant". Pis en 1733, les moines installèrent à gauche du fronton de l'église une statue de St Jude Thaddée, oeuvre de l'atelier Braun (d'aucun l'attribue à "Antonín Braun", le neveu du génial "Matyá? Bernard Braun", mais sans certitude). La statue existe toujours à son emplacement, et prit même une apparence "street art" lorsque des petits cons pubères taguèrent le mur voisin. Et enfin en 1779, l'ordre fit entièrement repeindre l'intérieur de l'église (entre 1777 et 1780 selon d'autres sources).
On fit alors appel au peintre "Antonín Schlächter" (i.e. "?lachter") qui peinturlura le plafond sur le thème des caractéristiques divines et du mystère de la trinité. Alors concernant notre peintre, c'est un peu confus, car mon dictionnaire des grands tchèques ("Biografický slovník ?eských zemí, Pavla Vo?ahlíková a kolektiv") me parle d'un "SCHLACHTER, J. Anton (1734-28.2.1797)" comme d'un peintre local sans grande envergure, tandis que le "Allgemeines Lexikon Der Bildenden Kunstler von der Antike bis zur Gegenwart, Ulrich Thieme et Felix Becker" parle d'un "Jakobus A. Schlachter" autrichien, peintre sur toile et plafond de la Ste trinité praguoise. Je ne sais que vous dire à son propos (du peintre), sinon que je ne lui connais aucune autre oeuvre à Prague (ni ailleurs en République nostre), mais je reviendrai plus en détails sur les peintures de notre église. Malheureusement 4 ans après que le peintre eut terminé son oeuvre arriva la crise religieuse du Josef II, et en 1783 le monastère comme l'église furent désacralisés. Le monastère passa aux mains de l'armée et devint caserne. Les ouvrages de la bibliothèque furent transférés dans la bibliothèque universitaire. Quant à l'église, elle mit la clef sous la porte, tout simplement.
Ben oui, mais le peuple proprement recatholisé à coups de pieds au cul par les jésuites pendant quelques 1,5 siècles se sentit en mal de religion, se mit à protester, et l'empereur sécularisateur re-consacra l'église en 1784. L'histoire raconte que lors de son voyage à Prague en septembre 1784, alors que Josef II venait s'en rendre compte par lui-même de l'état d'avancement de l'unification des 4 villes de Prague commandée par décret 6 mois plus tôt, il fut assaillit de moult doléances par les Tchèques, et il dut se rendre personnellement en l'église de la trinité afin de contempler à quel point il était dommage de fermer une si belle église fraîchement repeinte 5 ans plus tôt. Pris de remords, il consentit finalement en sa réhabilitation, et c'est la cure de St Martin dans le mur (également désacralisée) qui vint s'installer en l'église de la Ste trinité. Cependant, et malgré l'insistance populaire, le monastère resta aux mains de l'armée, tandis que la construction de la bibliothèque "Kaplický" fut repoussée de quelques 2 siècles. En 1882, lors de la construction d'une école dans l'enceinte du monastère, l'on mit à jour les dépouilles d'une trentaine de moines et d'une paire de comtesses (n'y cherchez aucune contrepèterie) dans une crypte souterraine.
Du reste, en dehors des comtesses officielles "Pöttingová" et "Vratislavová" (cf. le fabuleux photographe "Jind?ich Eckert" qui nous laissa ces traces écrites mais surtout visuelles de la "vieille Prague"), ils s'y trouvaient également des comtesses "Deymová", "Obersdorferová", et une certaine "Collarda", plus d'autres insignifiants dont l'histoire ne retint point le nom. Tout ce beau monde fut évacué na h?bitov Vol?anský où ils devraient se trouver encore, mais selon certaines sources, et c'est là que c'est trop top, la crypte était encore accessible au siècle dernier, et aurait simplement été comblée... Mais pas forcément comblée non plus selon d'autres sources (lecture: "Edgar Theodor Havránek, Neznámá Praha"), ce qui laisserait présupposer qu'avec un peu de sang-froid et une bonne lampe torche...

Mais revenons à la chronologie. Fin du XIX ème siècle, les bidasses avaient tellement bien fait leur sale boulot de bousillage que l'on dut abattre le monastère (en 1899). En 1912, l'on remplaça ce trou béant par une splendeur cubiste à l'angle des rues "Spálená" et "Lazarská": la maison dite "le Diamant" des architectes "Emil Králí?ek" et "Mat?j Blecha" (cf. mes photos). Je ne vais pas vous en dire plus sur ce bijoux du cubisme praguois, car je compte lui consacrer une complète publie (un jour, quand j'aurai le temps, une fois en retraite...). Mais pour l'anecdote, lorsqu'en 1913 l'on posa "l'auréole" cubiste sur la tête de St Jean Népomucène, le remarquable "Zden?k Wirth" (fonctionnaire d'état en divers ministères culturels et pédagogiques, auteur et co-auteur d'ouvrages de référence sur notre capitale, membre éminent du Club pour la vieille Prague...) fit remarquer de façon véhémente (et à raison) qu'il était "barbare d'assimiler des éléments cubistes sur une statue baroque." Et vous, z'en pensez quoi, z'avez remarqué au moins?

Ensuite y a un gros trou dans l'histoire car on ne sait plus grand choses sur l'église de la trinité, jusqu'en 1978 (parfois 1979). En cette période de construction du métro de Prague, l'on déménagea tout le mobilier de l'église en partie en dépôt (dans les administrations d'état), en partie au monastère des Maüs, et en partie en perte et profit mais par pour tout le monde, la perte. En fait, l'église devait faire place à la seconde entrée/sortie de la station de métro "Národní", car pour peu que vous soyez perspicaces (et aussi venu à Prague), vous aurez remarqué que "Národní" est une des rares stations qui ne dispose que d'une seule entrée/sortie. Il n'en fut rien de la démolition (manque de finance semblerait-il). L'église ne fut certes pas démolie, mais les con-munistes laissèrent leur empreinte in-les-débiles sur l'édifice (comme sur de nombreux autres à proximité du métro, cf. le musée national). La partie "rue" comme le presbytère s'affaissèrent de plusieurs centimètres lors du creusement de la station, créant de nombreuses fissures dans les murs. Le toit finit par lâcher et pendant des années il plut et neigea dedans l'édifice. Lorsque l'église fut rendue aux curés en 1990, elle était dans un tel état de ruine, que le ministère du patrimoine culturel prévoyait de la rayer de sa liste (des monuments à conserver), et de la laisser abattre sur place.
L'idée d'abatage fut ensuite abandonnée, les curés ayant pris l'engagement de restaurer l'édifice entièrement en état de comme qu'il était avant. L'on commença par la toiture (entre 1990 et 1994), puis l'on poursuivit par les éléments statiques (murs, renforcements, portance... terminés en 2004). In fine l'on passa à la façade (terminée en 2001) et aux fresques qui sont pour ainsi dire entièrement neuves. La réfection complète fut terminée en 2005, lorsqu'en février de cette année l'on remit les clefs du bel édifice au curé gréco-catholique.

Bon, alors quelques mots quand même sur l'église d'à quoi qu'elle ressemble. Tout d'abord l'extérieur. Sur les flancs du fronton à volutes (de style baroco-italo-rustique) se trouvent les statues des fondateurs de l'ordre trinitaire: Jean de Matha à gauche, un serf racheté à ses pieds, et Félix de Valois à droite, un cerf fantasmé à ses pieds aussi (originalité, beaucoup vraiment). L'entrée dans le temple peut se faire par 3 portes au-dessus desquelles se trouvent 3 fenêtres sur lesquelles défèquent 3 pigeons... vous l'aurez compris, tout tend à rappeler la trinité, en particulier les 4 piliers du dedans. Et justement, tiens, entrons y dedans.
Le bâtiment se compose de 3 vaisseaux et de 3 travées (division transversale d?un vaisseau), formant ainsi 9 surfaces de voûtes joliment peintes. Le croisement central des travées et des vaisseaux (la case n° 5) est chapeauté par une coupole décorée du dedans en trompe l'oeil. Quant au choeur, il est surélevé d'une tour conférant à l'ensemble une impression d'espace.

Alors comme dit précédemment, les peintures de "Jakobus A. Schlachter" représentent les caractéristiques divines et le mystère de la trinité. Du coup, on peut y voir dieu en 3 D trônant au milieu de son empire céleste (dieu est trinité), l'idole Dagon gisant brisée devant l'arche d'alliance (dieu est unique). Dans la coupole, on voit la chute des anges déchus (dieu est tout puissant), plus loin dieu vainc par la Ste croix l'hérésie, par le baptême le paganisme, par la pénitence le péché, et par la pénicilline la chtouille du gland (dieu prouve sa toute puissance). Pis encore Moïse prosterné devant le buisson en feu (dieu est farceur, selon l'humeur), le sacrifice de Noé après le déluge (dieu possède le pouvoir de vie et de mort, ce qui est une réelle découverte), les offrandes d'Abel et de Caen (dieu n'est pas végétarien, mais alors pas du tout).
Au Nord de l'église on voit le paradis avec des Zadam et des Zeve je présume (dieu grand créateur, mais pas encore couturier), ensuite Moïse sauvé des eaux du Nil par la fille de Pharaon (ou comment foutre le bordel dans un long fleuve tranquille quand on est dieu), puis Saül se rendant à Damas ou la conversion de St Paul (dieu est consultant chez PWC ou pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué). Dans une des voûtes du Sud, Moïse reçoit la liste des courses sur le mont Sinaï (dieu législateur), sur une autre Jonas est jeté à la mer (dieu n'aime pas les clandestins), puis Héliodore chassé du temple par les anges (on enlève ses chaussures quand on entre dans la maison de dieu). Alors on ne voit pas très bien le plafond dans l'église car il est plutôt mal éclairé, mais les scènes sont bien là, on les devine aisément (cf. mes photos).

L'autel central contient une peinture de l'Autrichien "Franz Anton Maulbertsch" (i.e. "Franti?ek Antonín Maulpertsch", auteur de la monumentale peinture du plafond de la salle philosophique de la bibliothèque de "Strahov") représentant la Ste trinité (encore?).
Sous le tableau, l'on peut voir une statue de St Joseph, et une autre de St Venceslas. Dans le vaisseau Nord se trouvent 3 autels secondaires. A tout trinitaire toute première: le premier autel est consacré à l'un d'entres-eux, St Michel des Saints prosterné devant le seigneur et entouré de petits anges à boucliers (cf. l'autel d'en face, celui de l'archange St Michel). Le second autel représente le p'tit Jésus dans les bras de sa mémé Ste Anne (cf. l'autel d'en face, celui de St Joseph), mais le plus intéressant du fourbi, ce sont les reliques de St Prosper (il est presque entier) car je n'ai pas la moindre idée duquel de St Prosper il est question. "San Prospero di Reggio" repose à Reggio depuis le X ème siècle, et St Prosper d'Aquitaine était plutôt augustinien que trinitaire. Ceci-dit je ne sais pas où qu'il repose ce dernier bougre-là. Alors si vous trouvez l'identité du Prosper en l'église de la trinité de Prague, hop, un petit mot siouplait? Et sur les côtés, les statuettes de Ste Agnès et de St Jude Thaddée veillent sur le cercueil en verre de St Prosper. Quant au dernier autel, ben tiens, fallait bien quand même, il est consacré à la paire de trinitaires fondateurs de l'ordre: St Félix de Valois et St Jean de Matha. Dans le vaisseau Sud, comme dans le vaisseau Nord, se trouvent 3 autels secondaires. Le premier est consacré à l'archange St Michel, entouré par deux petits anges à boucliers et 2 petites peintures se rapportant à St Jean de Népomucène, sa langue intacte (lisez la légende pour les détails) et une vierge Marie de "Stará Boleslav".
Le second autel représente le p'tit Jésus dans les bras de Joseph, entourés par des statuettes de Ste Rosalie et Ste Barbara. Et le dernier autel représente St Jean-Baptiste baptisant le Jésus. Notez la présence d'un tableau de Ste Apolline, reconnaissable à la paire de tenailles et à la dent dedans (les tenailles). Elle fut vachement torturée par les dentistes dans sa jeunesse, c'est pour ça qu'on la reconnaît à ses tenailles et à sa dent. Signalons que nombre de statuettes dans ces autels secondaires sont des oeuvres de "Richard Ji?í Prachner", un habitant de la rue Brûlée.

Et sinon en vrac, vous ne pourrez pas louper la statue du messie la couronnes d'épines sur la tête et les mains attachées à la ficelle. Vous verrez aussi une autre statue de la vierge Marie immaculée en majesté debout. Je n'ai pas plus de détails sur ces statues là, sinon que celle du Jésus serait plutôt rare. Vous verrez encore un font baptismal en étain daté de 1552 (c'est marqué dessus), qui serait originellement de l'église St martin dans le mur. Et surtout vous verrez que l'on a posé des rampes de spots de partout, afin d'éclairer l'intérieur. L'intention est des plus louables, mais la réalisation est effroyable. D'abord parce que ces spots sont inopportuns et de mauvais goût dans ce cadre baroque, ensuite parce que s'ils éclairent la pièce, ils n'arrangent en aucun cas la vue sur les tableaux ni au plafond, parfois bien au contraire.

Et puisqu?il a été question du cimetière juif, je me dois de vous parler de l'énorme chambard de 1999 susmentionné. Cette année-là, la "?eská poji??ovna" (compagnie d?assurance) située au numéro 75 de la rue Brûlée, se mit à creuser dans le sol afin de construire des garages souterrains. Mais au bout de quelques pelletées, les pelleteuses mirent à jour des ossements dont tout le monde ignorait la provenance (c?est classique à Prague, à chaque fois que quelqu?un creuse le sol en ville, il s?en prend dans 90% des cas pour quelques mois d?arrêt pour fouilles archéologiques, tellement nos ancêtres ont laissé du bordel en sous-sol). On arrêta donc le chantier, on fit quelques recherches, quelques analyses, et soudainement l?on se rendit compte que l?on venait de redécouvrir le vieux cimetière juif qui avait été mis en friche en 1478. Et là, souci, parce que selon la croyance eschatologique juive, les morts ressusciteront à la venue du messie, si? si ils sont toutefois complets, les morts. C'est-à-dire qu?il ne faut pas trop les déménager, parce que s?il se perd un bout de tibia où une rotule, ben c?est râpé pour la résurrection en temps-venu (tiens, z'avez essayé de ressusciter une armoire I qu'est A après un déménagement? Ben pareil.) Aussi la compagnie d?assurance suggéra de laisser les macchabs en l?état où qu?ils sont, et afin de garantir leur sommeil profond, qu?on irait les recouvrir d?un sarcophage de béton. Attends, eh, t?es con? Et comment qu?ils feront pour se relever avec des tonnes de ciment bien dur au-dessus de leurs os?
Alors au-delà de l?anecdote rigolote, la situation prit des proportions énormes lorsque les communautés juives du monde entier crurent qu?il s?agissait du vieux cimetière juif de "Josefov", à côtés de la synagogue vieilléneuve qu?on voulait bétonner. Ce fut énorme, autant à Prague qu?en dehors (principalement aux Zétazunis). L?ambassadeur Zétazunien de Prague d'alors, John Shattuck, est même allé expliquer au ministre de la culture (en Tchéquie, la religion est du ressort du ministère de la culture), que si la République Tchèque ne respectait pas la volonté des rabbins (qui soit-dit en passant n?était pas unanime, la volonté, selon que le rabbin était de Prague ou d?ailleurs, qu?il était orthodoxe ou progressiste, et surtout selon qu?il savait réellement duquel cimetière il était question) "le pays s?exposerait à des conséquences politiques et économiques fâcheuses". Ce en quoi le ministre renvoya son altesse outre atlantique dans ses 22, au motif que la République Tchèque est un pays souverain, que la "?eská poji??ovna" n?avait enfreint aucune loi, et que le jour où les Zétazunis respecteront les vivants, ils pourront commencer à donner des leçons sur le respect des morts (de rire).
Enormes vous dis-je le bordel. Et afin que vous puissiez bien en profiter pleinement, je vous ai trouvé des bouts d'éléments en français ici
, et encore céans (scrollez down avec la souris). Vous voulez savoir comment l'affaire se termina? Les instances juives autorisées acceptèrent finalement (après des années de conjecture) la construction d'un sarcophage en béton au dessus des macchabs, construction qui coûta des dizaines de millions en plus car il fallut ensevelir plusieurs dizaines de marteaux-piqueurs auprès des squelettes afin qu'ils puissent éclore sereinement le moment venu. Du coup les Martiens vont avoir beaucoup de mal à s'expliquer les rites funéraires de la planète, car il est fort à parier qu'ils inviteront la Terre avant le messie.

Mais revenons à la rue Brûlée parce que je n'avais pas terminé tout ce que je voulais vous en dire dessus. Vous vous souvenez lorsque les con-munistes construisirent le métro, les dégâts sur l'église, etc... Il est ainsi un édifice, qui disparu à tout jamais et qui se trouvait en plein sur l'emplacement des actuels chiottes publiques de la station. Il s'agissait d'une auberge renommée, "Au p'tit Jésus", en référence à la fresque qui se trouvait sur sa façade. Cette taverne était l'antre du grand "Jan Neruda" qui venait les soirs y dîner alors qu'il habitait dans la rue "Vladislavova". Mais l'on pouvait y rencontrer également "Mikolá? Ale?", "Bed?ich Smetana", ou le génial sculpteur "Josef Václav Myslbek" qui habita également dans la rue Brûlée au XIX ème siècle. Et tiens, au XVIII ème siècle ce sont les familles "Prachner" (Richard-Georges père, puis Pierre fils et enfin Venceslas petit-fils) et "Platzer" qui habitèrent en notre rue.
Puis il y eut aussi des peintres, la famille "Mánes" (au numéro 15), des scientifiques, la famille "Purkinje" (maison à l'angle de la rue "Purky?ova" au numéro 74, détruite en 1927). En 1955, c'est un autre grand parmi les grands qui travaillait dans la cave de la maison au numéro 10 en tant que recycleur et trieur de vieux papiers, "Bohumil Hrabal". Et lorsqu'il avait une minute, il s'en allait se jeter une bière (une?) "U Kotvy", taverne bien évidemment disparue aujourd'hui. Mais parmi les toujours vivantes (de tavernes), vous avez "U Brej?k?", au numéro 49. Ici se rencardaient "Jaroslav Ha?ek" et son potécrivain enragé "Egon Erwin Kisch". Tiens, y a pas si longtemps que ça, existait encore au numéro 41 la vinothèque dite "U ?up?".
C'était l'antre de l'underground vers la fin des années 70, mais vous n'avez sûrement pas connu. On pouvait y rencontrer les Plastic People of the Universe, et surtout leur parolier préféré Egon Bondy, grand admirateur de l'abbé Pierre auquel il racheta les lunettes, le béret et les oreilles après sa mort. Mais la vinothèque n'est plus, remplacée par une presse-tabac. De toute façon même l'âme de la rue n'est plus, depuis que les con-munistes en ont fait un croisement vital Nord-Sud et Est-Ouest pour les transports en commun. Ici, à la station "Národní" au croisement des trams et du métro se bousculent chaque jour des milliers de personnes pour se rendre au bureau, pour se rendre chez eux, pour sortir le soir, pour faire leurs courses au "Tesco". La nuit tombée, ce lieu concentre la crème avariée des miséreux de ce bas-monde. La cour du roi Pétaud qu'elle devient la rue, avec ses kiosques hétéroclites à bouffe-alcool ouverts non stop où l'odeur de la graisse surbrûlée s'y mélange à celle de la salmonellose.
Toxi-infection alimentaire garantie. Et toute cette activité nocturne en continu (signalons que les transports en commun de surface à Prague fonctionnent 24/24h) attire l'interlope de toute la ville. La cour des miracles qu'elle devient la rue Brûlée à la station "Národní", avec ses vrais miséreux sans domicile, ses faux miséreux branleurs post-pubères qui vivent de la flemme en pleine force de l'âge, avec ses alcoolos totalement ronds qui puent la vieille pisse. Et curieusement, aucune force de l'ordre présente. Du reste elle serait bien inutile, car malgré ces hordes malfamées de puants contagieux, je n'y ai jamais, mais alors jamais de jamais, aperçu la moindre infraction aux bonnes moeurs, même en des heures particulièrement tardives. Il suffit de regarder autour pour apercevoir des talons aiguilles aux bras de cravatards revenant de l'opéra, des mini-jupes glabres d'un mètre trente qui rentrent chez-elles avant la fatidique minuit, et au-delà (de minuit), vous avez de tout, indescriptible, mais serein. Croyez-vous que tout ce monde continuerait à se croiser là s'il y avait le moindre danger?


Visiter: Martinický palác, à voir éventuellement

le 09/02/2009 à 22h02


La visite d'icelui palais me fut conseillée par ma sympathique amie Liza, avec qui je partage l'amour de Prague, de ses vieilles pierres, comme l'amour de la bonne bière tchèque. Il y a bien plus d'un an, elle me dit comme ça (en gros, dans l'idée, parce que depuis tout ce temps je ne me souviens pas de tous les mots à mot): "... et tu sais que ça vient de rouvrir tout neuf, le palais Martinický?"

Et moi j'en savais rien, parce qu'avec tout le plein que j'avais sur ma panche (contrepèterie, c'est fort non?), ben j'avais fait l'impasse sur ce palais d'apparence extérieure splendide. Pis elle rajouta: "J'y suis allée, c'est super, c'est vachement bien expliqué dedans tout l'historique, que tu devrais y mettre un oeil pour ton blog." Ah ouais? Et donc armé de ce précieux conseil, je me rendis un jour de mars 2008 au palais "Martinický". Parenthèse linguistique. En Tchèque on dit "Martinický palác" afin d'exprimer la possession du palais (génitif, second cas dans les déclinaisons de la langue tchèque).
Or le Français n'étant pas une langue flexionnelle à proprement parler (sinon par ses origines latines, elle n'utilise que rarement des déclinaisons afin de spécifier le genre, le nombre et le cas [hormis ail/aulx, cheval/chevaux...]) mais une langue analytique (i.e. isolante = utilisation de prépositions, d'articles, de pronoms...), l'on devrait donc dire le palais de Martinic (cf. le palais de Versailles), voire le palais Martinic (cf. le palais Garnier). Bref, alors passons y donc à l'histoire de ce palais.

Tout a commencé au début d'il y a longtemps, au XIV ème siècle, lorsque le bon roi Charles IV fit déménager son annaliste "Bene? Krabice z Weitmile" (i.e. "z Veitmile") aux abords du château de Prague, afin de lui éviter les sempiternels embouteillages dans les rues de Prague aux heures d'arrivée au, et de sortie du bureau.
Alors parenthèse encore (ben ouais). Contrairement à ce que l'on pourrait penser, un annaliste n'est pas un proctologue (encore moins un analyste). L'annaliste écrit dans les annales, tandis que le proctologue lit dans les anus. Cependant un annaliste peut être un gros... chroniqueur, si au lieu d'écrire dans des annales, il écrit dans des chroniques. Ensuite le nom "Bene? Krabice z Weitmile" se traduirait en Français par Benoît boîte de Weitmile. Ah ouais? Et pourquoi un nom pareillement ridicule me demanderez-vous?
Pour trouver la réponse, il faut ouvrir en page 340 l'ouvrage "Diadochus, O Stawu Panském" (1602) du diplomate, politicien, chroniqueur et généalogiste d'origine polonaise "Bartolom?j Paprocký z Glogol" ("Bartolom?j Paprocký z Glogol a Paprocké V?le" en entier, i.e. "Glogol, Hlahol...") où ce dernier écrit: "Roku 1081... En l'an 1081, dedans le village dit Rado?ov en la contrée de Bílina, Prostislava, la femelle dudit Dobrohost qu'on appeloit Vajtminar, enfanta 9 fils. Les vieilles du bourg soupçonnèrent céans mauvaise diablerie des sorcières Janka et Vavru?e, lesquelles cette mesme année furent brûlées vives. Subséquoimment, et parce qu'iceux enfants estoient malingres, ladite Prostislava les porta en boîte aux fins de les enfuir. Mais chemin faisant, elle rencontra Vajtminar luy-mesme, lequel demanda d'y contempler ladite boîte du dedans. Regardant quantes choses par apparence de pacifier ce différend, icelui ordonna de mestre en nourrice les progénitures. Trois enfançons trespassèrent, nonobstant six subsistèrent. Iceux Vajtminarové s'appeloient, quoisque d'aucuns Krabicové désignoient."
Vous aurez compris qu'au fil des siècles, "Vajtminar" devint "Veitmile", mais "boîte" resta. Eh bien malgré qu'ils estoient malingres les chiards, ils enfantèrent (enfin au moins un d'entres-eux) des fils, des petits-fils, des petits-petits-fils, jusqu'à notre fameux "Bene? Krabice z Weitmile", chanoine et directeur du chantier de la cathédrale tri-saintale, et artisan du transfert des dépouilles des ducs, princes, rois et évêques de Bohême en la susdite cathédrale.
Ensuite notre Benoît-boîte avait pour voisine une certaine "Ovka" ("Ofka"? i.e. "Eufémie"?), demoiselle d'honneur (dame de chambre comme un pot) de la reine Elizabeth de pot... Poméranie (4 ème et dernière épouse de notre bon roi Charles IV). Et selon certaines rumeurs, le spectre d'icelle hanterait toujours la rue du Nouveau Monde.
Pis il y avait encore 2 autres voisins (ou familles de voisins) mais l'histoire n'a pas retenu leurs identités d'anonymes quidams. Ce que l'histoire par contre a retenu, c'est que tous ces gens vivaient là, dans leurs 4 maisonnettes d'à l'emplacement de l'actuel palais, qu'ils furent succédés par leur descendance, et ce jusqu'en 1541, jusqu'au fameux incendie maintes fois mentionné qui mit à terre quelques 200 maisons, dont les 4 nôtres. Aujourd'hui il reste encore cependant des bribes des murs moyenâgeux d'origine dans les caves comme le long des murs extérieurs, et ce jusqu'au 1er étage du palais.

Pendant presque 10 ans, l'emplacement des 4 habitations resta donc vide. Pis sa proximité avec le château de Prague finit par attirer les investisseurs étrangers (rien de neuf sous le ciel de Prague), et tout particulièrement un certain "Ond?ej Teyfl z Kinsdorfu a Zeilberku", alors commandant de la place forte de "Gy?r" (en Hongrie, entre Bratislava et Budapest), qui en avait marre du pays Magyar. On a que peu d'éléments sur ce bougre, mais l'on subodore qu'il aurait acquis le terrain entre 1552 et 1563. Quoi qu'il en soit, il débuta la construction du palais de couleur renaissance.
Eh oui mais bon, sa copine hongroise était restée au pays, le goulasch à Prague n'était pas le même qu'à "Gy?r", pis surtout entre anonyme teneur d'échelle à Prague et commandant de la place forte de "Gy?r", y avait pas photo non plus. Aussi le 27 mai 1583, André ("Ond?ej") vendit sont palais à l'intendant royal "Ji?í Bo?ita z Martinic (a na Sme?n?)" (cf. Oko?) et rentra au pays hongrois (on croit, parce qu'on n'est pas sûr).
Lorsque Georges ("Ji?í") prit possession du palais, il commença par aérer toutes les pièces, puis il fit tomber les tapisseries, il repeignit les murs mais rien n'y fit, l'abominable odeur de paprika persistait obstinément. Il se décida alors rapidement pour une conséquente restauration du dedans comme du dehors (il est en particulier l'initiateur des fabuleuses sgraffites que l'on peut apercevoir sur les murs du côté rue comme du côté cour, j'y reviendrai plus en détail plus loin). Mais Georges décéda en 1598 sans descendance, et tout l'héritage revint à son fameux neveu "Jaroslav Bo?ita z Martinic (a na Sme?n?)" (le fameux défenestré de Prague, cf. moult précédentes publies pour son portrait, ou encore le tableau du bougre dans l'entrée du palais, au-dessus de l'escalier, pour son portrait toujours).
Celui-ci poursuivit les travaux de restauration, mais surtout d'agrandissement: il fit rallonger l'aile Est, raccourcir l'aile Ouest, construire l'édifice au Nord, élargir l'aile Sud et retirer les dents de sagesses de sa femme. Tout ceci était fort onéreux, mais du pognon pour ses travaux, il n'en manquait pas. Tiens, rapide parenthèse politico-financière.

En 1609, et afin d'apaiser les tensions religieuses de son royaume (mais aussi parce qu'il n'avait pas le choix s'il voulait garder sa couronne tchèque sur la tête), Rudolf II promulgua son fameux "Majestät" (édit, patente...) garantissant la liberté de religion en Bohême (toute religion confondue, catho, proto, husso, judéo, musulmo, ou même rien du tout, comme tu voulais tu pouvais).
En 1611, c'est son frère Matthias qui prit le relais mais comme son frère Rudolf, il était faible, pas vraiment efficace voire nocif (il déménagea son siège de Prague à Vienne, j'te dis pas le cours de la bourse). La Bohême commença doucettement à ne plus trop l'aimer. En 1617, alors que Matthias tirait vers ses 60 ans sans descendance, les Etats de Bohême élurent un successeur en la personne de l'autre immonde fripouille de Ferdinand II (alors encore simple Ferdinand de Styrie).
Mais attention, à la stricte condition qu'il respecte le "Majestät" de Rudolf, car Ferdinand était fanatiquement catho (élevé par les jésuites, que voulez-vous), et d'aucuns membres des Etats se souvenaient parfaitement comment le Ferdinand-intégriste avait étranglé l'hérésie sur ses terres de Carinthie-Styrie. Et parmi ces membres, il y avait le comte "Jind?ich Matyá? Thurn". Après la mort de son père protestant en 1586, Henri-Matthieu (Thurn) fut élevé par son oncle archi-catholique en Carniole (au nord de Ljubljana, Slovénie), où il aurait alors acquis une totale aversion du catholicisme.
Une fois érudit et duqué proprement, il s'en revint au pays, devint membre des Etats de Bohême, et carrément même (bon) pote du roi Matthias, lequel lui refourgua la fonction de burgrave de "Karl?tejn" pour services rendus. Or lorsqu'en 1617 les Etats votèrent pour la succession de Matthias, Henri-Matthieu Thurn fut un des plus véhéments opposants à l'élection de Ferdinand de Styrie, au motif de son intolérance religieuse (car n'oublions pas que la Carniole, où fut élevé notre bougre Henri-Matthieu, faisait partie des terres des Habsbourg de Styrie administrées alors par Ferdinand, il savait de quoi qu'il parlait Henri-Matthieu).
Or cette immonde gouape habsbourgeoise avait la vengeance féroce (cf. l'exécution des 27 sieurs) et pour s'être opposé à son élection, dés qu'il fut élu, Ferdinand de Styrie "promut" Henri-Matthieu Thurn au poste de burgrave du château de Prague, tandis qu'il refourguait le burgraviat de "Karl?tejn" à "Jaroslav Bo?ita z Martinic (a na Sme?n?)", qui avait voté pour (Ferdinand).
Ah ouais? Me direz-vous. Ben ouais! Vous dirais-je. Parce que la différence entre le burgraviat du château de Prague et le burgraviat du château de "Karl?tejn" résidait dans le fait que les bénéfices du premier domaine revenaient au souverain (Ferdinand), tandis que les bénéfices du second revenaient au burgrave ("Jaroslav Bo?ita"). Du coup, vous comprenez d'où provenait le pognon qui servit à la reconstruction du palais "Martinic"?
Et tiens, parlons coïncidence. Savez-vous qui était burgrave de "Karl?tejn" juste avant "Jind?ich Matyá? Thurn"? "Vilém Slavata z Chlumu (a Ko?umberka)". Et vous souvenez-vous qui fut défenestré par la fenêtre du palais royal le 23 mai 1618 par les révoltés praguois, justement menés par Henri-Matthieu Thurn? "Jaroslav Bo?ita z Martinic (a na Sme?n?)" et "Vilém Slavata z Chlumu (a Ko?umberka)".
Coïncidence où sinistre vengeance? Aujourd'hui, et à force de regroupement de divers documents (cameras de surveillances, poils d'ADN, rouge à lèvres de mégots...), les historiens sont persuadés que la fameuse défenestration, alors considérée comme un acte impulsif survenu dans le feu de l'action, était en fait un meurtre savamment prémédité (mais raté, les défenestrés survécurent vivants à leur chute). Le fait que des dizaines d'insurgés furieux débarquèrent chaotiquement dans le palais royal, n'avait que pour but de donner l'image d'une cohue spontanée afin d'écarter toute preuve d'intention criminelle individuelle.
Du reste, quelques temps plus tard, lorsque les 2 pauv' bougres défenestrés témoignèrent devant la commission d'enquête à Vienne, ils furent non seulement dans l'impossibilité de designer nommément un (ou des) coupable(s), mais de surcroît attestèrent de la présence sur le lieu du méfait à Prague de personnes qui ne pouvaient absolument pas se trouver là le 23 mai 1618, puisqu'elles étaient justement à Vienne, à la cour de l'empereur. Mort de rire.
Bref, et quoi qu'il en soit, Henri-Matthieu avait bien raison sur les intentions religio-belliqueuses de l'autre fumier Ferdinand, car quelques jours à peine après la bataille de la montagne blanche, il abrogea le "Majestät" de Rudolf (selon la légende, il aurait coupé le document en 2 à l'aide de ciseaux tout en proférant des grossièretés), puis il mit en place une brutale politique de répression religieuse et de recatholisation à la jésuite.

Mais revenons à notre "Jaroslav Bo?ita z Martinic (a na Sme?n?)".
Après tous ses déboires, le défenestré revint au pays dès la fin 1621 (la bataille de la montagne blanche eut lieu le 8 Novembre 1621, pour vous dire comme il fit vite le rapace, afin de remettre la main sur sa fortune) et comme tout le monde sait, l'aut' vil gouape de Ferdinand II lui rendit tout son fourbi d'avant la bataille, et même plus, puisqu'il le remit en selle à la tête du burgraviat de "Karl?tejn" (la pompàpognon). Aussi "Jaroslav Bo?ita" reprit son chantier praguois de plus belle, mais en style baroque cette fois-ci. Il rajouta un étage au palais. Ensuite il termina l'aile Nord avec la grand' salle de réception à chouilles d'enfer.
Pis il peignit les charpentes du plafond, richement, très richement afin de bien montrer qu'il n'en manquait pas, du pognon (fallait juste lever les yeux pour s'en apercevoir).

Un jour de 1649, "Jaroslav Bo?ita z Martinic (a na Sme?n?)" décéda, et bien que le palais resta encore quelques temps entre les paluches à doigts crochus de la famille, aucun des successeurs n'apporta la moindre modification significative à l'édifice.
En 1757, les boulets prussiens firent apparemment de gros dégâts, et c'est sans doute pour cette raison que "Ji?í Adam Ignác Bo?ita z Martinic" déménagea toute sa petite famille dans le tout nouveau palais à quelques 100m plus haut ("Loretánská 181", aujourd'hui caserne de la garde du château de Prague, c'est de là que part la relève de la garde chaque jours vers 11:53 afin d'être à 12:00 pétante sur le parvis), que la famille avait mis en construction vers le début du XVIII ème siècle. Le palais "Martinic" ne servait plus alors que de résidence aux employés et administrateurs des biens et domaines. Les "z Martinic" furent frappés d'extinction en fin du XVIII ème siècle
(cf. "Ottova encyklopedie: [Zem?el dne 29. list. 1789, jsa této vzácné rodiny poslední po me?i.]", et en 1799, Marie-Anne, une des filles du dernier "z Martinic" (François-Charles) vendit le palais à bas-prix, compte-tenu de son état déplorable. La nouvelle propriétaire (dame "Weitenweber") remit un peu de neuf et surtout y aménagea son propre appartement bien luxueux, découpa 26 appartements à louer, et ouvrit un poste de police (véridique, sans doute était-elle pétocharde) en 1814. En 1840, le propriétaire fut encore plus ambitieux, et fit construire une serrurerie (atelier de serrurier), un four de boulangerie, un bâtiment arrière pour appartements de rapport, si bien qu'au milieu du XIX ème siècle, notre palais comportait 70 appartements individuels.
Alors attention, cette info est à prendre avec des pincettes, parce qu'une autre source d'information parle de 70 familles, ce qui n'est pas forcément 70 appartements. Considérez donc qu'il y en avait beaucoup, du bon appartement chaud... Bonaparte manchot :-) mais pas forcément 70.

Bon, pis avec des locataires dedans, vous imaginez genre, c'était le bordel.
Aussi le palais était mal entretenu, parfois dévasté, en tous cas en mauvais état pour sûr, et même en mauvais état avancé pour certaines sources. Tiens, l'une d'entres-elles précise que la chapelle était utilisée comme garde-manger. Et pourquoi pas après tout, s'il y fait frais? Une première partie de réfection eut lieu dans les années 50 du XX ème siècle, et en 1953 on restaura même une partie des sgraffites (à l'intérieur sur le mur Est). En 1967 l'on mit à la porte le dernier locataire, et entre 1967 et 1972, l'on mit en chantier une complète restauration.
Mais attention, pas pour le bon peuple qui s'en devait aller vivre dans le béton monstrueux de la ceinture périphérique. Non, la restauration complète fut faite pour les besoins du département de l'architecte principal de Prague, afin qu'icelui puisse tranquillement continuer à urbaniser des plans épouvantables de bâtis-béton et d'autoroutes plein centre-ville dans le cadre agréable d'une demeure baroque. Délire! En cette période donc, l'on restaura les sgraffites, pour faire beau du dehors. L'on restaura les plafonds à poutres apparentes, pour faire beau du dedans.
L'on en profita aussi et surtout pour redonner au palais l'apparence qu'il avait en période renaissance, ce qui fut rendu possible grâce à une complète documentation réalisée par "Felix Weitenweber", avant que sa maman (alors propriétaire) ne mette en chantier les 26 appartements de rapport. Et là, lors de la restauration, l'on découvrit des trucs curieux. Le premier truc, c'est que "Jaroslav Bo?ita z Martinic (a na Sme?n?)" (le défenestré) agença son palais (nombre, surface et emplacement des pièces) exactement comme le palais royal au château de Prague, mais à l'échelle 1/2.
Nostalgie, superstition, ou pur hasard? Dans l'aile Ouest, l'on découvrit un conduit de cheminée ayant servi, et dont le foyer (la cheminée) ne pouvait se trouver que dans le sous-sol (la cave). Or il n'existe aucune entrée dans le sous-sol Ouest, et même mieux, selon les fouilles de 1967-1968, l'aile Ouest n'aurait même pas de cave. Alors?

Maintenant, quelques mots sur les fabuleuses sgraffites. Il y en a donc dans la cour du palais, sur le mur Est, et elles représentent la vie de Samson et les exploits d'Héraclès
(certaines sources parlent d'Hercule, mais c'est presque pareil, et vu d'en bas, de la cour, c'est difficile de faire la différence). Maintenant pour ceux qui se demanderaient quel est le rapport de l'un avec l'autre (Samson et Raclès), ben déjà ils vainquirent un lion, ensuite les 2 étaient coiffés comme des d'sous-de-bras et perdirent leurs cheveux, les 2 savaient qu'une femme serait responsable de leur perte (ceci-dit tout homme sensé sait cela), et les 2 travaillèrent comme des esclaves chez Mc Do pour payer leurs études (il existe divers écrits à ce propos, dont "Othniel Margalith Ramat-Gan: The legends of Samson/Heracles, Vetus Testamentum 1987").
Quant au dehors, les sgraffites montrent des épisodes de la vie de Joseph (fils de Jacob, celui qui fut vendu comme esclave par ses demi-frères jaloux). Sur une fresque, on reconnaît facilement Joseph fuyant la femme nue de Putiphar (Putiphar: premier propriétaire de Joseph, dont la femme volage jeta son dévolu sur le jeune pré-israélite), sur la seconde (fresque), Joseph interprétant les rêves de Pharaon. Et y a encore d'autres, de scènes, dont je ne me souviens plus qu'est-ce qu'elles représentent. En tout cas, il y en sur quelques 800 m², datant de vers 1580. C'est énorme!

Maintenant, quelques mots sur les fabuleux plafonds. Tout d'abord ces plafonds à poutres apparentes ont été, semble-t-il, merveilleusement conservés grâce à une patente de Joseph II (oui oui, le sécularisateur des nombreux édifices religieux) qui, afin d'éviter la propagation des incendies dans les palais, ordonna de "murer" les plafonds (combler les vides à l'aide de joncs, roseaux et crépir, enduire de chaux la surface). C'est ainsi que lors de la grande restauration du XX ème siècle, l'on découvrit entre 1200 et 1400 m² (selon les sources d'information) de peintures diverses. Et ces plafonds peints, y en a dans pratiquement chaque pièce. Et même mieux, pas un motif n'est identique. Genre ils se ressemblent, mais c'est pas fait au rouleau "made in China". Même si les thèmes sont parfois semblables, pas une peinture n'est identique.
Selon les sources, il y aurait entre les trames plusieurs milliers de cases, contenant entre 4000 et 6000 dessins, et plus de 500 cases contenant des proverbes et dictons. Vous y verrez des animaux (oiseaux, écureuils, ours, sangliers, carpes...), des personnages rigolos (de la commedia dell'Arte), des personnages de contes et légendes, et même des visages de sauvages d'Afrique (classique), d'Amérique (typique), et d'ailleurs (Europe?), des outils, des plantes, des figures géométriques, des armes... et chacun des motifs est unique. Enorme vous dis-je. Et s'il est bien une seule raison pour visiter ce palais, ce sont vraiment les splendides plafonds.

A l'intérieur du palais, il y a également des fresques. Enfin des restes, mais vous ne pourrez pas louper le jardin d'Eden, où l'on reconnaît Adam et Eve (pour ceux qui les ont connus, puisque avant de reconnaître il faut connaître) ainsi qu'une licorne.
Alors pour info, selon une de mes sources, l'Adam et l'Eve seraient peints selon les croquis d'Albrecht Dürer. Je vous ai d'ailleurs trouvé le modèle originel sur la toile, et malgré que les fresques du palais "Martinic" soient en mauvais état, on reconnaît l'air niais d'Eve comme son absence de mamelle. La licorne, elle, serait peinte selon des photos prises par Léon Zitrone en direct de Longchamp. Ca c'est dans une des sales qu'on fait des concerts dedans puisqu'il y a un piano. Et derrière ces fresques, se trouve une fabuleuse chapelle. Levez les yeux au plafond à voûte croisée, et notez les détails allégoriques dans chacune des 4 parties: dans la première partie on aperçoit un homme ("Jaroslav Bo?ita z Martinic (a na Sme?n?)"?) sur son lit de mort recevant les derniers sacrements, et derrière le prêtre aux pieds du lit, la mort (est enfant de Bohême) qui attend son client de pied ferme.
Dans la seconde partie, on voit la Ste trinité, la vierge Marie, et des anges tourbillonnants aidant des pauv' bougres à se hisser sur les nuages (représentation du paradis auquel aura droit notre mourant s'il se confesse proprement de ses fautes et se repend). Dans la troisième partie (le purgatoire), un autre ange aide les âmes lavées du péché à sortir des enfers, afin de se hisser vers le paradis céleste suggéré en haut du milieu. Et enfin dans la quatrième partie, les enfers et damnations avec des représentations sataniques rigolotes de diablotins torturant les pécheurs. Ensuite au dessus de l'entrée dans la chapelle, vous pourrez voir un St Georges Terra sans le drap con, par contre je n'ai pas la moindre idée du pourquoi qu'elle est là cette peinture (et pas une autre). Par contre ce qui est remarquable, c'est la technique utilisée: à tempera (dite également en détrempe). Car bien que vieux comme Hérode, ce procédé fut quasitotalintégralement abandonné au XVI ème siècle au profit de la peinture à l'huile (bien plus facile).

Lors de la visite, le guide nous donna quelques détails sur l'agencement et le mobilier. Concernant l'agencement, c'est une histoire de sécurité et de confort. Les appartements des "z Martinic" se trouvaient dans une aile du palais, tandis que les autres ailes servaient aux employés de maisons, d'administration... Dans l'aile "z Martinic", les chambres à coucher donnaient dans la cour (sécurité) tandis que les chambres d'amis donnaient dans la rue (risque). Il semblerait (compte tenu de l'absence de poêle) que ces dernières (chambres d'amis) n'étaient de surcroît pas spécialement chauffées (confort). Le mobilier, quant à lui, n'est pas d'origine.
Il y en a pas mal, récupéré de ci et de là, d'époque sans doute (et encore, une grande partie est néo-renaissance, i.e. mi à fin XIX ème siècle) mais d'origine clairement pas. Par exemple dans la chambre du "Jaroslav Bo?ita z Martinic (a na Sme?n?)" se trouve un lit de son époque, mais il n'y a jamais couché dedans car le mobilier disparut entièrement lors des changements de propriétaires, et des nombreuses reconstructions. Pour l'anecdote, signalons que "Jaroslav" fut marié 4 fois. La première fois avec "Marie Eusebie ze ?ternberka" pendant 33 ans et 10 gosses, la dernière fois avec "Alena Barbora Kostomlatská z V?esovic" pendant 5 mois jour pour jour (mariage le 21 juin, décès [de "Jaroslav"] le 21 novembre 1649).
La première ("Marie Eusebie") rajouta la petite étoile à 8 branches des "ze ?ternberka" dans le blason des "z Martinic (a na Sme?n?)" que (blason) vous pouvez apercevoir au dessus du portail d'entrée dans le palais.

L'intérieur du bâtiment (les écuries) abrite également un musée d'appareils mécaniques à musique: phonographes, gramophones, orchestrions, orchestrelles, pianos mécaniques, boîtes à musique, orgues de barbarie, carillons... et c'est fichtre complet. Chuis pas spécialement amateur je dois dire, mais les couleurs vives des phonographes sont splendides (cf. mes photos), et c'est même une visite agréable si l'on n'y passe pas plus de 30 minutes. Certains appareils sont encore utilisables, et pour peu que vous preniez part au circuit (qui est indépendant de celui du palais me semble-t-il), le guide se fera un plaisir de faire jouer quelques unes de ces fabuleuses boîtes à raffut. Trop fort que c'est.

Pis je ne peux m'empêcher de pointer narquoisement du doigt la page française du site internet du palais, et en particulier celle consacrée au tango (une des activités dedans le palais) où l'on peut lire que "le tango argentinien [...] a touché les sauteries [...]". C'est fabuleux non?
Ou encore la fantastique traduction du mot "prohlídky" (dans le sens visites guidées, tours) en "la perquisition" (littéralement correct, mais contextuellement erroné). D'la bombe tout ça j'vous dis. D'ailleurs la page entière de "la perquisition" mérite une ligne: "La perquisition: Actuellement on se passe la préparation du trasé de la revision au premier étage. La prévus ouverture pour le public est 1.9.2007". Avec ça, vous savez tout tellement c'est clair. Sans dec, ils m'auraient demandé, je leur aurais faite contre 3 bières leur traduction, et propre nickel, à la Strogoff qu'ils l'auraient eu la traduc. Alors comme d'aucuns considèrent ce palais comme l'un des plus beaux de la ville, qu'il est un des rares de style renaissance encore en vie (la plupart des pas laids ont été bas-rockisés), je ne saurais que trop vous en conseiller la visite. Personnellement je ne lui trouve qu'un attrait moyen en dehors des sgraffites et des plafonds (sorry Liza). D'un autre côté, je suis par trop exigeant au regard de ce que j'ai déjà vu, et pas qu'à Prague. Alors allez-y zi vous zavez le temps, vous ne zerez pas dézus. Emplazement: 50°5'24.208"N, 14°23'42.573"E


Ailleurs: Les ruines du château de Oko?

le 18/01/2009 à 22h02


Ben tiens, après toutes ces nombreuses religieuseries, que c'en était beaucoup trop à la fois selon certains de mes lecteurs, je m'en retourne donc vers mes sujets plus laïquistoriques. Aujourd'hui ainsi donc, le castel de "Oko?", ou plutôt ce qu'il en reste, parce que malgré que la toile regorge d'appellations "Hrad Oko?", force est de constater qu'il est plus de couleur "ruine" que d'apparence "château"

(bien qu'il l'était, château, château-fort même, maintenant plutôt château-faible, genre).

Alors du tout début du château, on ne sait rien parce qu'il n'y a rien d'écrit. Dans une photocopie du cadastre de 1228, il est fait mention du hameau "Oko?" comme propriété du couvent (de nonnes) St Georges (au château de Prague, cf. les Regesta diplomatica nec non epistolaria Bohemiae et Moraviae, Lib II, p. 336, sous l'appellation "Okori"), mais rien d'un castel. Heureusement que des passionnés fouillent le sol, et c'est ainsi qu'on subodore que le tout premier bout de château daterait de vers la seconde moitié du XIII ème siècle. Les archéologues découvrirent dans le sol et dans les années 1980 des restes de fortifications ainsi que d'un bâtiment à plusieurs murs incluant une chapelle (apparemment copieusement décorée) à partir de quoi nos gaillards en conclurent l'appartenance du castel à un prince ou un ecclésiastique de haut rang. Tiens, extrait du rapport de fouilles (cf. "Pavel Sankot & Tomá? Durdík: Hrad Oko?. Roztoky.", 1983): Le castel originel se trouvait sur un monticule rocheux entouré d'un haut mur protecteur rectangulaire (ah ouais?). Sur le plus haut sommet se trouvait une tour carrée comprenant en ces murs une chapelle gothique nettement plus ancienne (entre 1260 et 1270).
Des murs octogonaux de la chaplette en on été conservés 5, incrustés (les murs) de fenêtres gémellées en ogive à rosaces typiquement gothiques. Lors de la construction de la tour, la chapelle fut murée afin que les gardes ne soient pas distraits par des conneries. La tour protégeait le portail d'entrée de la première cour dans la seconde, où se trouvait le palais du seigneur, apparemment accolé contre la tour. Un autre palais se trouvait contre l'enceinte Ouest, mais selon les fouilles ce n'était pas celui du seigneur qu'il ne vivait pas dedans, puisque c'était l'autre, celui contre la tour. De cette époque gothique datent également 2 niveaux de caves (celliers creusés dans la roche et donc à température constante) destinées à la conservation des denrées périssables (et surtout de la bière). Du coup, ben y a plus le moindre doute sur l'appartenance du castel (à un prince ou un ecclésiastique de haut rang).

Allez, on passe à du concret, en 1356, car on a des sources écrites à nouveau du cadastre indiquant que l'échevin de la vieille ville de Prague "Franti?ek Rokycanský" (quae vulgo dicitur "Frána Rokycaner") domicilié en la demeure "à l'éléphant" ("U slona", au numéro 9 place de la vieille ville) vend icelle (demeure) pour s'installer au château de "Oko?". De fait l'on eut tout d'abord présumé que l'édifice fut construit ex nihilo par ledit François (avant 1980), ben oui mais non, car à la lumière des fouilles, l'on peut dorénavant présumer qu'il eut pu déjà être la propriété de son nanti papa (du Franz), "Mikulá? Rokycanský".
Bref, aujourd'hui l'histoire retient que François fit retaper de fond en comble les fouilles archéologiques précédentes pour se faire carrément appeler dès 1360 "Franti?ek z Oko?e", parce que depuis ma précédente publie , tout le monde sait que "Rokycany" est un trou sans fond à se faire jeter des pierres dessus par les gosses lorsqu'on s'appelle "de Rokycany". En 1380, le fils de François, Jean ("Jan Rokycanský [z Oko?e]") devint propriétaire du château, et ce jusqu'en 1391 lorsqu'il décéda. Attention, ce "Jan Rokycanský" n'a rien à voir avec son homonyme le prêtre hussite (1391-1471), bien que ce dernier naquit l'année où décéda le précédent. Ensuite c'est le trou noir jusqu'en 1414, lorsque le cadastre indique comme propriétaire de "Oko?" un certain Nicolas de Prague, intendant royal à "Kutná Hora" et grand supporter de maître "Jan Hus" auprès de la cour royale, ayant apparemment poussé "Václav IV" à signer le 18 janvier 1409 le décret de "Kutná Hora" (cf. l'université Charles IV, les diverses nations, nombre de voix par collège, fondation de l'université de Leipzig...).
Ben ouais, mais habiter à "Oko?" quand on est de Prague alors qu'on travaille à "Kutná Hora", ça fait lever tôt en R.E.R., et Nicolas vendit 2 ans plus tard (en 1416) à "Jind?ich Lefl z La?an a z Bechyn?", un autre intrigant auprès du roi et un autre grand fan de maître "Jan Hus" que d'aucun soupçonne carrément d'homosexualité sodomite avec l'ivrogne "Václav IV" (les boules!). "Tu verras Henri, c'est bien à l'écart de la capitale, et tu pourras jouer de la galipette baveuse toute la journée sans déranger les voisins" lui avait vendu le sournois Nicolas. Ce qu'il lui avait par contre bien camouflé cet escroc, c'est qu'il n'y avait pas de chauffage au château, et jouer de la galipette baveuse en habit d'Adam (que je t'attrape) lorsqu'il fait froid, c'est pour le moins... enfin tout homme potent (vigoureux, genre valide/invalide donc potent/impotent, non?) peut vous confirmer que le froid agit sur la flûte à grelots inversement à ce que la plupart des mâles souhaiteraient. Aussi "Jind?ich Lefl" vendit "Oko?" encore dans la même année à l'apothicaire Louis de Florence, neveux du fameux pharmacien Angelo (Angelus) de Florence (le premier à avoir planté un jardin botanique en Europe centrale selon mes sources), ami intime du bon roi Charles IV qui invitait fort volontiers et en personne son officine renommée (et bio, je le signale pour ma maman) afin de soigner ses hémorroïdes douloureuses (véridique).
"Fais gaffe Louis, ils viennent tout juste de flamber Jan Hus à Constance, et ça commence méchamment à sentir le roussi dans Prague. Un ardent catholique comme toi devrait s'anticiper une retraite opportune dans un logis fortifié pour peu que les choses tournent aussi mal que les historiens veulent bien nous le faire croire". Et bien lui en prit, car une paire d'années seulement plus tard, Louis l'apothicaire abandonnait en hâte son officine du numéro 735 au croisement des rues "Dlouhá" et "Rámová" pour se retrancher dans sa forteresse de "Oko?" devant la pression croissante de la terreur hussite. Mais ce fut bien inutile. Lorsqu'en 1421 les hussites s'en revinrent d'expédition dégustative de "?atec" (i.e. "Saaz", cf. la bière tchèque), ils eurent une pensée pour notre apothicaire dont les onguents apaisaient si bien la douleur anale. Aussi et parce que c'était sur la route du retour, les armées praguoises et taborites lui rendirent visite. Le château fort fut pris rapidement, confié au chef hussite "Václav Carda z Petrovic", mais l'on ne sait rien de ce qui advint de l'apothicaire. Lorsque la furie hussite prit fin, Jean de Florette... Florence, le fils de l'apothicaire Louis, s'en alla réclamer la gentilhommière familiale. Il eut gain de cause, le castel lui fut rendu et il y vécu heureux jusqu'à son décès en 1443.

Arrive donc un moment important pour notre château fort. Dorothée, la veuve de Jean de Florence commençait à avoir froid toute seule dans sa demeure, aussi elle prit un nouveau mari pour se faire chauffer ses pieds glacés sous la couette en la personne de "Bo?ivoj z Lochovic". Celui-ci commença doucettement des travaux d'agrandissement et de remise au goût du jour, mais c'est surtout son petit fils "Bo?ivoj z Donína" (la fille de "Bo?ivoj z Lochovic", Barbara, épousa "Bed?ich z Donína", et ils eurent 2 fils...) qui mit le paquet. En cette fin de XV ème siècle, les choses avaient vraiment changé: utilisation massive des armes à feu, incertitude politique quant à l'avenir de la Bohême, presque découverte de la Mérique mais on s'en fout pour notre histoire... aussi "Bo?ivoj z Donína" mit toute son énergie et tout son pognon dans une vraie et bonne restauration en gothique tardif, défensif et dissuasif. Au pied du monticule rocheux, l'on construisit ainsi une nouvelle et troisième enceinte avec dedans son propre mini-château, ses bastions, ses barbacanes, ses bâtiments agricoles et même sa brasserie. Et pour augmenter encore la défense, l'on creusa un peu le sol tout autour du monticule, puis l'on détourna la rivière de "Zákolany" ("Zákolanský potok") dans ces cuvettes afin de créer 3 étangs artificiels interdisant l'accès du château aux ennemis qui ne savaient pas nager. Contre les autres, ceux qui savaient (nager), l'on protégea les 2 nouveaux portails d'entrée dans la nouvelle enceinte par des bastions du haut desquels l'on pouvait précipiter toute sorte de fourbi destiné à décourager l'envahisseur obstiné (enclumes, fers à repasser, excréments divers, liquides bouillants, charognes contagieuses...).
Toute cette réfection eut lieu globalement entre 1470 et 1518, date à laquelle "Jan z Donína" et premier propriétaire de la brasserie de "Oko?" vendit le domaine à "Hynek Bo?ita z Martinic", préfet de la région de "Slánsko" (cf. la ville de "Slaný"), burgrave de la ville de Prague (1519), maréchal des royales écuries (1510-1522) et juge suprême des Etats de Bohêmes (1522-1523, comme quoi s'occuper des roussins qui puent peut mener à des fonctions pour le moins inattendues. Quid de la compétence?) Pis passons rapidement sur "Volf z Martinic" (vers 1530), "Jan z Martinic" (vers 1540), qui avant sa mort (en 1590) coucha sa femme Anne ("Anna z Vartemberka") sur son test-amant (en 1585) ce qui fit fulminer l'oncle Georges, héritier théorique qui dépensa inutilement une fortune inimaginable en procès, en avocats et pendant près de 5 ans pour finalement récupérer tout naturellement le bien familial à la mort de la pauv' Anne (en 1595). Et donc l'oncle Georges, "Ji?í Bo?ita z Martinic" qui avait enfin acquis le castel gothique défensif, le fit remettre au nouveau goût du jour, c'est-à-dire renaissance. Les petites fenêtres du palais furent agrandies, tout les murs du castel furent recrépis à neuf et couverts de sgraffites-enveloppes (cf. le palais Schwarzenberg), les bâtiments destinés à la bitation furent rallongés de balcons en bois et leurs intérieurs furent renaissancisés.
L'oncle Georges décéda en 1598, et c'est son fameux neveu "Jaroslav Bo?ita z Martinic" qui hérita, vous savez, celui qui fut déversé par la fenêtre du vieux palais royal lors de la défenestration de Prague. D'ailleurs après cet évènement, les Etats de Bohême lui confisquèrent son bien, mais l'autre fripouille sans nom de Ferdinand II le lui rendit après la bataille de la montagne blanche.

Pis arrivèrent les Suédois, drainant avec eux pillage et dévastation. Le château de "Oko?" y eut droit également, et sans doute plus que certains autres édifices des environs de par le danger potentiel qu'il aurait pu représenter pour les primitifs scandinaves s'il eut tombé entre les mains des défenseurs. En 1649, avant de rendre l'âme, ce bon catholique de "Jaroslav Bo?ita z Martinic" fit don des ruines aux jésuites praguois (cf. l'église St Ignace). Qu'est-ce qu'ils étaient contents les jésuites avec une telle ruine, sans dec. Mais les légionnaires papaux sont obstinés, et ils se mirent au boulot afin de retaper le carnage. A partir de 1665, ils commencèrent par construire 2 nouveaux ponts afin d'accéder au château avec leurs brouettes.
Entre 1673 et 1675, ils attaquèrent les toitures parties en fumée: poutres, charpentes, lambourdes, solives, bardeaux. Pis ils restaurèrent la chapelle emmurée dans la grand' tour, et la consacrèrent à St Venceslas le 21 Juillet 1675 sous les bons hospices du doyen du chapitre de Prague: "Tomá? P??ina z ?echorodu", historien et crivain, continuateur de l'oeuvre d'un autréminent jésuite, "Bohuslav Balbín" mais surtout et pour ainsi dire instigateur de l'appellation erronée de la chronique de Dalimil malgré qu'icelle appellation fut initiée par l'un des plus interlopes historiens tchèques, "Václav Hájek z Libo?an" (aujourd'hui l'on sait que le chanoine "Dalimil Mezi?í?ský", auteur présumé de la chronique ne put en aucun cas être LE chroniqueur, d'autant plus que son existence même est incertaine). Les travaux avançaient bien. Vers 1690 le castel fut suffisamment restauré afin que les jésuites puissent y venir passer leurs vacances d'été. Ils vendirent alors leur domaine estival de "Pr?honice" (au Sud-ouest de Prague, sur l'autoroute vers "Brno") et s'investirent à donf dans "Oko?" au point qu'en 1712, des témoignages signalent la présence d'un réfectoire, d'une cuisine, de bâtiments agricoles, d'une armurerie (ah oui?) et de chambres individuelles grand luxe pour moines exigeants.
De toute cette lourde et onéreuse reconstruction baroque, il ne reste plus rien aujourd'hui, rien de rien. Les boules!

Les jésuites furent dissous en 1773 (cf. une précédente publie) et cet évènement signa l'arrêt de mort de notre château qui fut confisqué au profit du "fond d'études" (le "fond studijní" fut créé après la dissolution de la Societas Jesu [usque ad Sanguinis et Vitae Profusionem Militans, in Europa, Africa, Asia, et America, contra Gentiles, Mahometanos, Judaeos, Haereticos, Impios... Mathias Tanner, Pragae, anno 1673. Vous sentez l'amour du prochain?] afin de liquider ses biens confisqués et financer les nombreuses écoles que l'ordre avait créé dans le royaume). Vidé de ses occupants, non pourvu d'autres locataires, l'édifice reconstruit reprenait l'apparence dans laquelle l'avait trouvée les jésuites. Selon certaines sources, la détérioration aurait été accélérée par l'administrateur temporaire du château qui vendit en solde aux villageois les matériaux de construction (pierres, poutres...) facilement accessibles ("au château y a tout ce qu'il faut outils et matériaux.."). En 1787, le curé de la paroisse cessa les offices en la chapelle emmurée-rénovée par sécurité pour ses ouailles sur lesquels s'effritait la voûte. Celle-ci finit par s'effondrer complètement en 1800, et sonna l'hallali de tout l'édifice pillé méticuleusement pierre par pierre par les villageois.
Après la naissance de la Tchécoslovaquie, la ruine devint propriété de l'Etat, lequel confia à l'architecte "Eduard Sochor" le soin d'endiguer le délabrement (il avait fait des "merveilles" avec "Koko?ín"). Malheureusement, il ne restait plus grand chose à sauver, aussi l'Edouard mit un peu de colle de ci, un peu de ciment de là, et l'on passa rapidement à quelque chose de plus sauvegardable. Aujourd'hui c'est le "St?edo?eské muzeum v Roztokách u Prahy" (Musée de "Roztoky") qui en prend soin, et qui organise les fabuleuses visites guidées dont je garde un souvenir indélébile. Parenthèse, parce que ça mérite quelques lignes.

Lorsqu'on arriva avec ma chérie d'amour, l'on dut attendre l'heure pleine (soit 45 min, forcément) afin que ne commence la visite en compagnie de la guide et du troupeau de couillons qu'on était. "Ah bon, faut un guide pour visiter des ruines? demandais-je à la caisse fort de précédentes expériences en d'autres édifices pareillement inconservés où l'on pouvait se mouvoir librement. Bon, ben l'on l'attendit donc devant la lourde porte en bois derrière laquelle se cachait le fameux édifice, mystérieux comme un château dans les Carpates. Pis les portes s'ouvrirent, pis la petite nous fit avancer, pis elle commença l'exposé. "Ce sont les caves creusées dans la roche." Ah ouais?
"Ce sont les restes du mur d'enceinte." Non? "Là, les restes du palais." Cool. "Et là, la tour effondrée." Super. "Pis ici les restes de la chapelle, remarquez bien comme c'est en ruine." Ouah! "Mesdames et messieurs, je vous remercie pour votre attention et vous souhaite une excellente fin de journée." Sans dec, y aurait pas eu cette petite pour nous expliquer qu'est-ce qu'on avait devant les mirettes, on aurait eu l'impression d'assister à une course de teckels à poil gras montés sur des échasses landaises. Sans dec, ça se mérite des visites pareilles, payantes de surcroît, genre on ne regrette pas d'être velu. Et la meilleure quand même, c'est qu'il semblerait qu'en semaine la visite est libre, genre y a pas de petite qui accompagne pour ne rien dire sur les ruines. Fin de parenthèse.

Bon, allez quelques détails sur l'intérieur: c'est vide et y a rien. Mais alors rien de rien, sinon une table et 2 bancs même pas d'époque que je vous ai photographiés quand même pour documenter, mais sinon keud-nada du tout. Ce qu'il reste donc du château inférieur, c'est un bout de mur d'enceinte, un bastion, et un bout du portail reconstruit afin d'empêcher les couillons de visiter le château par eux-mêmes. Du château supérieur, il reste les fondations du réfectoire, les restes des 2 palais nettement mieux conservés que le reste des baraquements, le portail d'accès à la seconde cour, le mur Sud de la grand' tour et les ruines de la chapelle gothique au rez-de-chaussée.

Pis maintenant une bonne légende cucul bien niaise comme les romantiques en faisaient des tonnes au XIX ème siècle (remarquez bien qu'elle n'est peut-être même pas de cette époque, la légende). Il était une fois, domicilié au château de "Oko?", un sieur nommé "Sukorád" qui avait une fille "Juliána" (apparemment on pourrait traduire en Français par Julie, Juliette, et même Juliane, avec 1 ou 2 "n", au choix, mais le mieux me semble Julienne, avec 2 "n", comme les légumes coupés en lamelles, avec 2 "l"). Et elle était belle la Julienne en tranches fines, une vraie bombe selon les témoins qui l'ont vue sous la douche par une nuit sombre, le long d'un couloir solitaire de campagne, alors qu'ils cherchaient les toilettes que jamais ils ne trouvèrent. Et du coup, ben ça attirait des prétendants tout plein au château qui en voulaient à sa virginité, et qui se battaient en duels, en tournois, et en cons-pétitions ridicules pour montrer à la belle oh combien ils avaient la plus longue lance, le plus de pognon, le plus de courage et le plus de spermatozoïdes supra-agiles propices à une saine reproduction. Bon, hein, z'avez été en boîte de nuit, je ne vous apprends rien. La technique d'emballage des bougresses a légèrement changé, mais pas le but du mâle. Bref, ils se battaient pour elle jusqu'au sang, mais elle, elle faisait la difficile à chichis. "C'ui-là non. Pis c'ui-là non plus. C'ui-là l'est gras. C'ui-là l'est laid. C'ui-là l'est p'tit. C'ui-là j'le sens pas. C'ui-là il sent trop. C'ui-là l'est bleu (on ne peut plus dire noir, jaune, blanc)...".
Au point qu'après plusieurs années de refus systématiques, son papa un jour lui dit "écoute ma chérie, je sais que tu es en pleine puberté, que t'as les seins qui poussent et les règles douloureuses, mais faut pas déconner non plus. Ca me coûte une fortune en organisation de festivités pour tous ces couillons pédants, ensuite ta mère et moi on se les cogne à dîner tandis que tu regardes la télé dans ta chambre (et j'te dis pas le niveau des conversations). Or maintenant que tu commences à avoir des poils, il serait vraiment grand temps que tu te décides à en choisir un, même s'il n'est pas entièrement à ton goût (tiens, prends exemple sur ta mère). Tu ne veux quand même pas finir vieux-thon-pédé?" Mais ce que le paternel comme la flopée d'imbéciles outrecuidants ignoraient, c'est que la Julienne avait déjà fait son choix. Eh ouois. Mais y avait un os. Celui qu'elle avait choisi et qu'elle rencontrait en loucedé près de la rivière ruisselante de clapotis devant le moulin des désirs sur le gazon fleuri de blanches marguerites en dessous des tilleuls bourgeonnants sur les branches desquels les petits oiseaux chantaient pour eux, ben c'était le fils du meunier (Tudor), nommé "Vnislav". Et l'était pas noble le pauv' bougre, il n'avait pas de castel, il n'avait pas de fortune, mais il était beau, robuste, drôle, aimant et attentionné (mais pas noble). Les boules. Un jour, le père finit par en avoir vraiment ras-le-bol, et fit appeler la vieille sibylle Philomène, fabricante de potions et de suppositoires, tireuse de cartes et de bière en soirée, accessoirement diseuse de bonaventures comme de conneries mais surtout fidèle confidente du sieur "Sukorád" depuis qu'elle lui avait recommandé de retirer ses Hedge funds de la Bernard L. Madoff Investment Securities au motif que sa boule de cristal avait senti comme une odeur d'astronomique entourloupe. Après lui avoir expliqué la situation, le père commanda à la vieille d'espionner son tendron Julienne et de découvrir le comment de c'est-il donc pourquoi, genre.
En quelques jours, Philomène découvrit le secret, l'amour caché, "Vnislav" le fils du meunier, et alla tout déballer à son maître, c'te vieille toupie. "Sukorád" péta une gueulante d'anthologie, enferma sa nymphette dans une oubliette de basse-fosse afin qu'elle renonce à cet amour impossible, renie son apprenti meunier, et accepte d'épouser l'un des 843 chevaliers du royaume qui avaient laissés leurs cartes de visite pour le cas où des fois que, on ne sait jamais, hein. Ooops... dis-donc, si je continue comme ça, va y en avoir velu d'la page A4. Bon, j'abrège.

Le fils du meunier apprend tout, il délivre sa chérie d'amour (ne me demandez pas comment, y en aurait pour 10 autres pages format A4 de marges 1cm et de police Arial Narrow 8 pt), enfourchent un fougueux destrier et s'en prennent la direction de l'aéroport afin de rejoindre une contrée plus compréhensive de leur amour inconvenant. Après avoir bien trotté quelques 5 km, ils firent une halte dans une clairière du bois d'entre "Tuchom??ice" et "Horom??ice" afin de refroidir le roussin (ils étaient quand même à 2 dessus) et soulager Julienne (vous savez ce que c'est les filles sur la route). Soudain, un bruit de sabots se fit entendre. La jouvencelle remonta rapidement sa culotte tandis que "Vnislav" sortit son épée... trop tard... "Sukorád" et ses gens venaient de les encercler. Ils s'étaient lancés à leur poursuite après avoir découvert la disparition de la hie et la présence d'une copie du billet électronique pour la Floride oubliée dans l'oubliette. Le père rouge furax de colère sauta de son cheval à terre, dégaina son Beretta et refroidit sa jouvencelle d'une balle en pleine tête.
Ensuite il fit de même avec son ex-futur-gendre avant de cracher sur sa carcasse et de rajouter "nom di diou, faut pas me les casser trop longtemps non plus." Et la légende raconte que les locaux construisirent en cet emplacement une petite chaplette rappelant l'effroyable évènement, à seulement 3,5 km du terminal de "Ruzyn?" en partance pour la Miami. Après quelques temps, "Sukorád" devint fou. Il abandonna le château, et s'installa sur le lieu du drame où il vécut en ermite jusqu'à la fin de ses jours. Alors vraie ou pas la légende? Ce qui est avéré, c'est qu'il existe bien un emplacement nommé Ste Julienne depuis des lustres, au croisement des chemins touristiques rouges et oranges, GPS 50°07?40.19?N 14°18?37.07?E. Et afin de ne pas vous mettre le doute en tête, le "Vnislav" dont on se cause n'est absolument le mythique descendant du mythique prince laboureur "P?emysl Orá?". De même, la Julienne dont on se cause n'est absolument pas la Ste Julienne de Nicomédie étanche au plomb comme un intégriste à la raison.

Alors encore une autre légende cucul bien niaise comme les romantiques en faisaient des tonnes au XIX ème siècle (remarquez bien qu'elle n'est peut-être même pas de cette époque la légende) raconte quelque chose de similaire, que la gonzesse (je ne sais même pas si elle s'appelle Julienne dans cette histoire-là) refusait les prétendants, y compris un bien insistant qui était prêt à lui payer tous ses caprices, coiffeur, visagiste et nouvelle paire de chaussures chaque jour.
Ben oui mais non, pareil, il put aller se faire fout' comme les aut'. Sauf que lui, d'origine corse-sicilienne-andalouse n'était pas homme à se prendre des gamelles, surtout de la part d'une femelle (l'est jamais allé en boîte de nuit ou quoi?) aussi il promit de se venger grave. Nanti d'une bonne fortune (financière), il soudoya les gardes du château afin qu'ils ferment les yeux la nuit tombée, de sorte qu'il puisse s'introduire dans la chambre de l'effrontée et... et... ben chais pas, parce que l'histoire ne dit pas quelle étaient ses mauvaises intentions, sinon vengeresses. Bref, et donc il s'introduisit dans la chambre, mais là, personne. Alors il fouilla le château, sans se faire voir ni prendre, forcément, mais toujours personne. En fait, parmi les gardes du château, il en était un tègre et vertueux qui prévint le tendron qui alla se cacher dans les galeries secrètes sous le château, et personne ne put la trouver. Ah ben flûte alors, c'est dingue ça. Du reste, une autre légende prétend que les jésuites auraient sournoisement planqué dans ces galeries souterraines un trésor fabuleux. Euh... Mais personne n'a encore rien trouvé. Eh... Une autre légende, enfin une chanson, par ailleurs très populaire, parle d'une dame blanche ("Na Oko? je cesta jako ?ádná ze sta..."), mais c'est une pure invention totalement fabriquée, car personne ne relate l'apparition de la moindre dame blanche avant la création de cette chanson.
Pis si vous êtes férus de rock et de roll, alors il se tient chaque année en été un festival en plein air en plaine aire du château. Je vous ai même trouvé quelques textes liés à "Oko?", oeuvres de multiples auteurs créées dans le cadre d'une tournée de "Jaromír Nohavica". Les tchécophiles apprécieront, certaines compositions sont truculentes.

Un peu de romantisme cucul bien niais aussi (c'est la saison). Alors vu de loin, le château de "Oko?" en impose quand même grave (ah si, faut avouer). Même en ruine, sa silhouette monumentale permet d'imaginer qu'il eut pu être en son temps la crème des châteaux forts. Et il le fut. Les seigneurs friqués (bourgeois?) du XIV ème siècle essayaient alors d'en mettre plein la vue à la noblesse par la monumentalité des demeures qu'ils se faisaient construire en dehors de Prague (les terrains sont moins chers). Et justement, pendant longtemps "Oko?" en était le plus bel exemple en royaume de Bohême (plus tard cet aspect massif fit qu'au XIX ème siècle ces ruines devinrent parmi les plus peintes sur les toiles romantiques). Malheureusement, compte tenu de sa situation géographique, il ne présenta jamais un intérêt stratégique militaire, économique ni social (aucune bataille décisive à proximité, aucun développement agricole ni industriel, aucune grande ville...) et fut pour ainsi dire sans attrait pour la noblesse dirigeante du pays. Et tiens, tout aussi justement, d'un point de vue touristique... Bon, d'aucuns vous diront qu'il faut y aller, que c'est splendide et que le château attire des dizaines de milliers de touristes.
Moi, je vous dirai plutôt bôf, genre si vous êtes dans le coin, ou mieux, sur le parking, alors oui, faites le détour. Maintenant y aller exprès pour, et rien que, pas forcément point non plus. Et les visiteurs ne s'y trompent pas. Regardez par exemple le nombre de visiteurs en 2007 pour des ruines comparables: "Oko?": 17500 visites, "Házmburk": 18000, "Klenová": 23000, "To?ník": 52000. Vous voyez, les dizaines de milliers de touristes sont au nombre de 17,5 milliers, alors y a vraiment pas de quoi écrire une carte postale à mémé.

Pour terminer, il y a le site officiel de la République Tchèque qui en parle une fois là, dans le cadre du patrimoine culturel, rubrique "les plus beaux monuments et curiosités", chapitre "les ruines" (j'aurais pas mis ça là, moi, mais bon, chuis pas ouaibmasteur), et encore une autre fois là, dans le cadre du "Tourisme et sport, vacances actives, excursions en Bohême Centrale". Notez que c'est pas le même texte, et que les 2 sont pour le moins concis sans pour autant dire la même chose. Dommage pour la concision, j'aime bien ce site fort bien fait et plein de bonnes idées.


Ailleurs: La chaplette de la visitation

le 04/01/2009 à 22h41


C'était en Novemb', en cette morte période où 85% de la République Tchèque sombre dans l'hibernation touristique, et certaines régions carrément dans un tel état de vide absolu qu'elles ne s'en réveillent même pas au printemps.

Ce jour-là, on s'en partait en week-end chez belle-maman, et justement, comme cette belle région de "Chodsko" (cf. les environs de "Doma?lice") est totalement exsangue de toute activité culturelle en dehors des marchés vietnamiens et des casinos/bordels à la frontière d'avec la Germanie, nous nous dîmes que rien ne pressait, et qu'on pourrait bien s'en visiter une ou deux cambrousses de la région, des fois qu'on y découvrirait quelque chose de préférence attrayant. L'on s'arrêta d'abord à "Rokycany". Et pas par hasard, parce que "Rokycany" y a une époque, c'était... enfin z'allez voir plus loin.
Aujourd'hui... bon, que dire, j'aime pas être que négatif. Pis c'est pas de leur faute non plus. Peut-être qu'on était là le mauvais jour, qu'il y avait épidémie de peste (c'était fréquent en un temps), couvre-feu de sortir dehors et d'ouvrir aux gens. A moins que les habitants n'aient déguerpi ailleurs pour le week-end connaissant la désolation qui règne dans le bled. Enfin c'était comme une ville fantôme dans un vieux western, avec le vent qui balaye la poussière en poussant devant lui des touffes de broussaille parmi les portes qui grinces et les volets qui claquent, pareille. "Allez, on s'casse d'ici, ça craint trop l'y a rien à voir".

Finalement en retournant sur l'autoroute, ma chérie d'amour jeta son dévolu sur une petite chapelle sur le haut d'un monticule, visible sur la droite juste après la ville de "Plze?", si vous vous rendez à Prague en voiture.
A chaque fois qu'on passait à côté, on se disait "tiens, t'as vu, quand est-ce qu'on va voir ce que c'est depuis qu'on s'en cause?" Et cette fois on y est allé. Alors c'est une petite église, une églisette même, de type baroque. Enfin aujourd'hui, parce qu'avant... Au tout début, il était une fois un bled nommé "Rokycany". Un des plus anciens bleds de Bohême, puisque sa mention remonte jusqu'en 1110 (et où ailleurs sa mention, sinon dans les chroniques de Cosmas? cf. Lib. III, Cap. XXXII).
Au XIV ème siècle le bled fut promu en ville, avec sa cour épiscopale, son château, son église décanale et ses fortifications d'autour d'la ville. Ah ouais, "des canals" c'est quoi? Décanat, du latin "decanatus" (circonscription, i.e. "doyenné"), subdivision du diocèse soumis à l'autorité du doyen, également appelée chapitre rural, regroupant plusieurs paroisses. En 1584, "Rokycany" devinrent même "ville royale" pour péricliter aujourd'hui en deçà du trouduc de la République. Alors je vous ai mis quelques photos de la ville, enfin des trucs sympas qu'on a pu voir rapidement avant de nous enfuir, puisque même les tavernes étaient fermées, dingue. Comme ça vous pouvez vous faire une rapide idée d'à quoi ça peut ressembler, si jamais vous voulez aller inutilement y jeter un oeil. Mais retour à l'histoire.

En 1680, il y eut une épidémie de peste en notre royaume (cf. une précédente publie) et cette dernière sévissait grave de partout, sauf curieusement à "Rokycany" (pour cette raison le tribunal d'appel de Prague déménagea en cette ville pour un temps). Alors une fois terminée (la peste), les indigènes se dirent que ça serait sympa de construire un zinzin en remerciement, genre une colonne mariale à St Roch, ou une pancarte "merci la peste" à l'entrée de la ville. Mais lorsque le conseil municipal commença à parler finance, plan, réalisation, ben keud-nada, plus rien, les bonnes volontés s'évanouirent en attente d'un vaccin. Du coup, la peste vexée comme un Václav Klaus débouté fit un comeback en 1689, et s'acharna cependant raisonnablement tout autour de notre bled afin de mettre en garde les habitants face à leur défaillance.
Ainsi on construisit cette même année sur le versant de notre monticule un lazaret afin d'y remiser les pestiférés en quarantaine, et accessoirement les soigner. Cette fois-ci, la peste devint confiante sur l'érection d'un monument en son honneur, vu qu'on avait commencé les travaux avec le Lazaret, et en 1713 elle foutut la paix aux habitants du bled et des alentours se disant qu'il fallait bien laisser un peu de main d'oeuvre vivante pour construire son mausolée. Ailleurs par contre ça craignait grave la peste. Mais pareil qu'à nouveau avec le monument, le conseil municipal velléitaire traina en longueur, que dépenser le denier du contribuable en des conneries nuirait à l'activité culturelle et sociale de la ville (ben tiens, regardez-voir aujourd'hui), et rien de rien ne se mit en route. "Di diou d'nom di diou. Cette fois ça va chier dans les brancards" se dit la peste, et en 1741 elle s'abattit sur la ville comme la vérole sur le bas-clergé, de toute sa puissance contaminatrice. Et ce fut le catalyseur de la mise en route de la chapelle.
Les habitants vraiment très valides proposaient leur huile de coude pour la construction, les habitants un peu valides sonnaient aux portes pour collecter des fonds, quand aux invalides, ben il ne leur restait plus qu'à donner du pognon puisqu'ils ne pouvaient ni construire, ni collecter. Et le 27 mai 1744, l'on posa la première pierre de la chapelle sur le monticule des boulots. C'est comme ça qu'il s'appelait au XVIII ème siècle, "b?ezový vrch" le monticule. D'ailleurs avant de prendre son nom définitif, et de par sa fonction antipestilentielle, même la chaplette (petite chapelle) se nommait différemment: la chapelle de la visitation de St Sebastien, St Roch et Ste Rosalie (aussi... cf. une même précédente publie). Alors selon les archives, construire cette chaplette fut littéralement la peste.
D'abord parce que le monticule était archi-velu de boulots bien denses (ben tiens, et pourquoi qu'il s'appelait le monticule des boulots?), qu'il n'y avait pas le moindre chemin ni la moindre buvette (du reste il n'y en a toujours pas aujourd'hui, de buvette), et que les habitants devaient alors se cogner à pieds la montée bien pentue, la caillasse et les sacs de bétons sur le dos, ce qui faisait bien marrer la peste narquoise qui observait de loin l'avancement des travaux. Trois ans qu'ils mirent pour tout terminer, 3 ans de construction pénible mais efficace parce que depuis, plus personne n'entendit parler de la peste à "Rokycany" (du reste, ailleurs non plus).

Lorsque le conseil municipal prit la douloureuse décision de construire la chaplette, le contexte était loin d'être favorable: depuis 1741 la guerre de succession faisait rage entre Marie-Thé et Fred Deprusse, Prague fut prise par les Français et les Bavarois en novembre de cette même année, la peste avait envahi la ville, et pire, la production de bière s'annonçait catastrophique (à cause des sauterelles Bouffoublon). Du coup nos gaillards n'eurent pas beaucoup d'option, fallait faire chiche et maigre, mais fallait faire quand même, des fois que cette salope de peste s'en prévoyait de rester. Nos bougres fonctionnaires firent alors appel à un bâtisseur (sous-architecte) local parce que bon marché, "Jan Mourek", sur lequel on ne dispose que peu d'élément. Il serait né en 1704 et mort en 1761 à "Litohlavy", l'archi-bled le plus proche de notre chaplette. Il aurait construit à "Rokycany" entre 1729 et 1736 la maison du décanat (mais selon les plans d'un vrai architecte), puis la nouvelle brasserie (mais toujours selon les plans d'un autre).
Notre chaplette aurait été la première construction entièrement de sa propre conception, ce que certains connaisseurs lui reprochent énergiquement (cf. plus loin).

Perchée au sommet de son mamelon à quelques 400 m au-dessus du niveau de la mer, la chaplette est fichtrement exposée aux intempéries de la pluie, de la neige et du vent. Aussi on dut la restaurer souvent. Déjà en 1823, l'on refit la toiture et la tourelle centrale où l'on découvrit planqués dans la charpente les actes de création de la chaplette et divers documents contenant les noms de tous ceux qui participèrent à la construction. A l'occasion du centenaire de notre édifice (en 1844), le conseil municipal invita les habitants à se rappeler le bon vieux temps de la quête afin de réhabiliter proprement la vieille dame. Les bougres redonnèrent, et l'on restaura ainsi le toit (encore une fois).
L'on ajoura aussi la fléchette centrale pour faire plaisir au curé qui se plaignait du manque de lumière, et l'on blanchit l'intérieur comme l'extérieur à la chaux. Au dehors l'on agrandit l'ermitage afin que le curé puisse y remiser sa tondeuse à gazon, et toujours selon les souhaits de ce dernier lequel, selon les paroles du bourgmestre, commençait à devenir pesant, l'on posa les premiers escaliers sur le chemin qui mène de la route à la chaplette. L'on le borda aussi d'arbres (le chemin) afin que le curé puisse s'appuyer et souffler contre lorsqu'il se rendait à son office. Eh bien malgré toutes ces mises à jour, en 1872-1873 l'on remit le chantier sur la table. L'on refit le toit, mais mieux cette fois. L'on installa un nouvel orgue de facture "Karl Schiffner" (la moitié des églises praguoises disposent d'un orgue de son atelier, et je ne parle pas d'en dehors de Prague), l'on dépoussiéra l'autel et les tableaux, l'on repeignit en couleur l'intérieur tout blanc de la chaplette et l'on enfouit dans la charpente comme de coutume des documents d'époque à destination des générations futures qui d'ici-là auront oublié le lire et l'écrire à force de parler banlieue, d'écouter du rap débile et de tapoter des SMS fonétic.
En cette époque, le curé pesant n'était plus, mais apparemment son successeur était bâti du même matériau: lourd. Aussi il ne put s'empêcher à la fin de tout cet onéreux chantier de rajouter "et les escaliers, qui c'est qui va me les étayer les escaliers?" Faut dire qu'ils étaient en sale état, avec toute cette foule qui les arpentait pour la messe, pour le pèlerinage, pour la communion du chiard, pour l?Avent d'au Jésus, pour la Noël, pour la nativité du Christ, pour la fête de Marie (mère de dieu), pour l?Épiphanie, pour la Chandeleur, pour la Pâques, pour l?Annonciation, pour les Cendres, pour les Rameaux, pour le vendredi saint, pour l?Ascension, pour la Pentecôte, pour la fête du Saint-Esprit, pour la Toussaint, pour le 2 novembre (les fidèles des fins)... z'imaginez?

En juillet 1884, l'archevêcardinal de Prague "Fred Schwarzenberg" fut invité à "Plze?" afin de bénir la foire internationale du cornichon tordu qui se tient sur la grand' place une fois par an. Ayant appris la nouvelle, le décanat de "Rokycany" ne put s'empêcher d'inviter Son Néminence au retour, afin qu'il célèbre une messe en notre chaplette protégée du cagnard estival par l'ombre des boulots. Et c'est après le glorieux panégyrique qu'eut lieu la catastrophe, en redescendant les escaliers pourraves. Tandis que Son Néminence conversait passionnément avec le sonneur local sur la dérive du "la" de référence des cloches paroissiales dont la fréquence ne cesse d'augmenter depuis le moyen âge, le pied du cardinal glissa sur le rebord d'une marche plus courte que les autres, et "Fred Schwarzenberg" faillit se croûter le cul par terre. "Sacré foutre de nom de d..." beugla-t-il vacillant en arrière tout en moulinant des bras.
Mais avant que le prélat ne vautre sa viande dans la gadoue du sous-bois, 3 membres de la vénérablescorte l'attrapèrent par le d'sous de coude, et le rétablirent sur ses cannes lui évitant ainsi une humiliation assurée. Moins chanceux fut le bourgmestre qui, au moment du drame, se trouvait derrière l'étourdie empotée, laquelle essayant de retrouver l'équilibre perdu en gesticulant des bras lui flanqua fort adroitement sa crosse dans l'oeil. Or bien que ces évènements malheureux furent les déclencheurs de la décision unanime de remplacer les escaliers, il fallut encore attendre 10 ans avant la réalisation, le conseil municipal ayant décidé d'inclure ces travaux dans le cadre d'une restauration plus large à l'occasion des 150 ans de la chaplette.

A nouveau et comme d'hab, la municipalité invita les habitants à se rappeler le bon vieux temps de la quête, et bon nombre de bougres redonnèrent, à nouveau et comme d'hab.
Cette fois cependant ils eurent droit à la postérité car pour toute offrande supérieure à un montant que j'ignore, les bienfaiteurs purent faire graver leur nom dans le marbre d'une marche de l'escalier (à leur frais toutefois). 52 marches d'une largeur moyenne de quelques 170 cm furent alors posées, et elles s'y trouvent encore aujourd'hui bien que les noms ne soient plus trop lisibles (cf. mes photos). L'on posa également un nouveau plancher plein de jolies mosaïques, et il ne restait plus qu'à organiser une fiesta mémorable sous le patronage du nouvel Son Néminence, l'archevêcardinal de Prague "Franti?ek Schönborn" auquel l'on avait bien prit soin de spécifier en gras la réfection complète des escaliers, à supposer qu'il eut pris connaissance du regrettable incident rencontré en similaire occasion par son prédécesseur.
En 1902, une terrible tempête emporta la fléchette ajourée et une bonne partie du toit. Les fameux documents d'époque à destination des générations futures prirent gravement la flotte au point qu'ils furent pratiquement illisibles. Cette fois, la réparation fut entièrement prise en charge par la municipalité de "Rokycany". En 1934, re-restauration, avec en particulier l'ajout de la chaire extérieure en béton armé de style fonctionnaliste (c'est fichtrement hideux je trouve). En 1962 le toit fut à nouveau emporté par la bourrasque, alors on en profita pour une re-restauration de tout l'édifice. Et finalement l'apparence que vous pouvez apercevoir aujourd'hui date de 1994-2000, lorsque la municipalité en eut marre de voir la chaplette livrée aux pillards, aux imbéciles et aux camés. C'est d'ailleurs dans le cadre de ces travaux qu'en 1996 l'on découvrit dans une boule en bronze originellement sur le toit, 6 documents emballés dans un journal du 16 juin 1903.
Le premier document datait de 1744-1747, le second de 1872, le troisième de 1903, quant aux restes, ils dataient de la dernière grande reconstruction, de 1962.

Description: la base de la chaplette est en forme de croix grecque, comme "Mariánská Týnice". Il y a 4 portes d'entrée, une à chaque point cardinal, qui peuvent accessoirement servir de sortie en cas d'incendie ou d'apparition satanique. L'entrée Ouest est toutefois la principale avec sa façade en saillie surmontée des 2 tourelles et de son linteau gravé "1747". De chaque côté de la porte Ouest comme Est se trouvent des niches vides, qui abritaient sans doute des statues.
Notez les grandes fenêtres baroques stylisées au sommet, les tourelles terminées en capsule de pavot flanquées d'une étoile, la corniche de toit, ou encore la lucarne centrale. Et tout ça fait que d'aucuns n'aiment pas, que la composition d'ensemble fait "rustique" (ben tiens, t'es en pleine campagne), disproportionnée (c'est bien un truc que je ne trouve pas dans ce cube), et "amateur" (ben le constructeur était bâtisseur de métier, pas génie architecte).

Presqu'en même temps que l'église, on avait également construit là un ermitage afin d'abriter un ermite accessoirement gardien du temple. Et ça tombait bien, il y avait justement les ivanites (membres de l'ordre de l'ermite Ivan, y vend les R'mites de Bohême, je vous en parlerai plus en détail dans le cadre d'une publie sur le fabuleux patelin de St Jean sous l'roc) qui répondaient parfaitement au besoin parce qu'ils vivaient loin de la civilisation, qu'ils ne voyageaient pas beaucoup, et qu'ils étaient assidus.
Et donc un ermitivanite vivait dans l'ermitage, vérifiant que le curé avait bien éteint la lumière et fermé la porte à clé en partant, et s'assurant qu'aucun malfaisant n'essayait de vandaliser l'endroit. Les ivanites furent abolis par Joseph II, mais l'on trouva un autre ermite pour faire le Suisse. Malheureusement il n'était pas aussi efficace que l'ivanite, puisqu'en 1828 (ou 1826) l'ermitage comme le lazaret furent intentionnellement incendiés. L'on ne retrouva jamais le coupable. La cahute fut reconstruite en 1845, mais brûla à nouveau en 1951. Cette fois elle ne fut jamais reconstruite. A la place du lazaret, on construisit une maison forestière qui fut au fil des années arrangée, améliorée, pour servir aujourd'hui de centre de désintox pour branleurs camés.

Et voilà, donc on n'est pas resté longtemps, d'autant plus que c'était fermé, ... mais ce fut sympa à voir, pis ça fit plaisir à ma chérie. Maintenant si vous voulez être sûr d'y aller quand c'est tout vert... ouvert, alors c'est chaque premier dimanche de juillet.
Une messe y est donnée (enfin je crois que c'est gratuit, mais renseignez-vous avant sinon) à l'occasion du pèlerinage annuel de la visitation de la vierge (mais chais pas si elle sera présente). Et tiens, vu qu'on en parle, ben je ne sais même pas quand la chaplette fut renommée en "visitation de la vierge" puisqu'avant elle s'appelait "visitation des anti-lépreux". Si jamais vous trouvez la réponse, tiendez-moi en courant, hein? C'est là: 49°45'31.639"N, 13°33'53.605"E.

Pis c'est la nouvelle année, 2009, sans dec comme qu'on vieillit (enfin les autres, moi pas :-) Donc super top méga moumoune nouvelle année, plein de bonnes choses à tous, et surtout, surtout n'oubliez pas d'être heureux, afin de rester jeune, voire con. Parce que devant toute cette intelligence qu'on voit dans le monde en ce moment à la télé, vaut vraiment mieux rester con (ça n'aide pas, mais ça pardonne).


Ville: St Ignace, c'est pompeux mais c'est beau

le 09/12/2008 à 8h21


Ah bon, ça fait trop de "les églises"? Ouah eh, l'aut', attends, est-ce que tu sais seulement combien c'est qu'il n'y en a des églises dans Prague? Ouah eh, l'aut', attends, est-ce que tu sais seulement combien c'est que j'en ai parlé de, des églises de Prague? Bon, ben alors... tu vois bien, trop pas que j'en cause des églises, comme dirait mon fils :-)

Alors OK, sur l'église St Ignace (Ignace, Ignace, c?est un petit petit nom charmant? cf. Fernandel) je vais faire court, promis. D'ailleurs y a pas grand chose à dire, z'allez-voir. Tout d'abord c'est pas l'église de n'importe lequel d'Ignace, mais ce bel édifice imposant, vitrine de la puissance et de la richesse de ses fondateurs, est consacré à Ignace de Loyola, l'inventeur des jésuites, la compagnie de Jésus (Societas Jesu/Iesu en Latin), pour lesquels (Ignace et sa secte intégriste) j'ai franchement une forte aversion, je ne vous le cacherai pas. Pour ceux qui se demanderaient pourquoi tant de haine, et sans rentrer dans la polémique d'un Edmond Paris (cf. "L'histoire secrète des jésuites"), je vous inviterais à prendre connaissance de leurs objectifs (raison d'être originelle et actuelle), de leurs règles, de leurs méfaits (dans les colonies, comme en Europe), de leurs intrigues, de leurs liens avec le pouvoir (et la papauté en particulier)...
Alors en général, j'ai horreur de généraliser, d'autant plus que j'ai une certaine admiration pour certains d'entres-eux ("Bohuslav Balbín", "Josef Dobrovský"...). Pis sans en être vraiment, du jésuite, il est des titans qui sont issus de leur enseignement (René Descartes, Voltaire, Denis Diderot...) controversé (cf. le philosophe et pédagogue Gabriel Compayré). On ne peut pas non plus ignorer qu'ils sont à l'origine de chefs-d'oeuvre artistiques fabuleux (Klementinum, St Nicolas "Malá Strana", Ste Barbara à "Kutná Hora"... cf. L'art des Jésuites). Tout ça oui, certes, mais en général, lorsque j'entends le mot "jésuite", je sors mon revolver.

Bon, concernant le bougre Ignace donc, vous trouverez des kilomètres de biographie à son sujet, alors impassons sur Ignace et passons directement à l'église qui lui est consacrée. Notre église se trouve sur la place Charles de la nouvelle ville, à l'angle de la rue "Je?ná" pleine de bouchons tout le temps. Depuis la fin du XIV ème siècle, il y avait là une petite chapelle du corps du Christ ("kaple Bo?ího T?la", Corpus Christi). L'édit de mise en chantier est daté du 1er avril 1382, tandis que la remise des clés au recteur de l'université Charles est signée en date du 28 juin 1403. En 1416 elle passa aux mains des utraquistes lesquels accrochèrent sur son fronton en 1437 les compacta (accords) de Bâle de 1436. Les catholiques n'oublièrent pas cet évènement provocateur. En 1556, invités par cette andouille de Ferdinand 1er, arrivèrent à Prague les 12 premiers jésuites dûment mandatés par le pape.
Ils s'installèrent près de l'église dominicaine St Clément (vieille ville) alors bien délabrée (St Clément donnera ensuite le "Klementinum", connu de tout bon touriste qui se respecte). Illico, les braves légionnaires papaux se mirent hypra consciencieusement au boulot afin de luter activement contre la peste protestante qui se propageait dans le royaume. Ils devinrent encore plus actifs après la bataille de la montagne blanche, et en 1628, ils inauguraient leur troisième collège de Prague sur la place Charles, collège connu aujourd'hui sous l'appellation "Bývalá novom?stská kolej jezuit? u chrámu sv. Ignáce, Karlovo nám?stí 36, Nové M?sto". Attention, en l'époque rien à voir avec l'énorme bâtiment que l'on peut voir aujourd'hui, avant c'était chiche-petit par manque de pognon. C'était comme la petite chapelle du corps du Christ...
En fait après la susdite défaite montagnarde, les jésuites récupérèrent la petite chapelle du Corpus Christi pour leur propre compte, et l'utilisèrent pour les besoins de la recatholisation bohémienne qui leur incomba. Mais celle-ci devint rapidement exigüe (la chapelle), beaucoup trop exigüe pour une recatholisation industrielle des masses perverties, aussi il fallut rapidement penser à plus grand. Et ils eurent du bol les jésuites. Dans les années 1630, la veuve d'Adam II "ze ?ternberka" (plus haut burgrave du royaume jusqu'en 1619, décédé en 1623) fit un don conséquent aux légionnaires du pape. Mais lorsque qu'en 1633 un de ses fils décéda prématurément, "Marie Maxmiliána" (née "Hohenzollern", ça vous dit quelque chose ce nom non?) remit le paquet et la main à la poche avec un don encore plus conséquent. Et c'est ainsi qu'avec tout ce pognon, les jésuites mirent en chantier une partie de l'énorme collège d'aujourd'hui. Pis les dons affluèrent, sans que vraiment l'on ne sache d'où ni comment tout ce pognon sans odeur arriva. Il permit cependant à la compagnie de Jésus d'acquérir les 23 habitations comme les terrains qui se trouvaient à proximité de la chapelle.
Cette dernière survécut jusqu'aux réformes de Joseph II. Mais comme beaucoup d'autres, elle fut alors désacralisée. En 1790 elle fut vendue aux enchères, en 1791 le proprio la fit abattre et les restes utilisables comme les pierres tombales furent utilisés pour paver les trottoirs de Prague. Mais revenons aux jésuites.

L'agrandissement du collège commença en 1659, et au matin du 12 juillet 1665, l'on posa la première pierre de la future église St Ignace de Loyola. 13 ans plus tard, alors qu'on avait certes achevé le gros du chantier mais qu'il restait encore de la finition à fignoler, l'archevêque mécène amateur d'art, de culture et de beau en général, "Jan Bed?ich z Vald?tejna" vint copieusement goupillonner à l'eau bénite notre édifice, le 31 juillet 1678 très exactement.
Le premier génie responsable de cette construction est "Carlo Lurago", qui laissa son emprunte sur de nombreux édifices praguois ("Klá?ter dominikán? u chrámu sv. Jiljí", "Klá?ter k?í?ovník? s ?ervenou hv?zdou uchrámu sv. Fr. Serafínského", "Klá?ter benediktinek u baziliky sv. Ji?í", "Chrám sv. Salvátora", "Velkop?evorský palác", "Lobkowiczký palác, Hrad?any", "Nostický palác", "Schönbornský palác"...). Il oeuvra sur St Ignace de 1665 à 1670, puis c'est son constructeur coutumier d'origine bavaroise, "Martin Reiner" (1627-1680), qui prit la suite jusqu'en 1678 (le couvent des franciscains à "Hostinné" près de "Trutnov", l'église Ste Marie de l'annonciation à "Ostrov" près de "Karlovy Vary", le château de "Mní?ek pod Brdy" ou encore le cloître des bénédictins près de l'église St Nicolas vieille-ville).
Et pour l'anecdote, le fabuleux peintre "Václav Vav?inec Reiner" était son petit fils, au Martin. Pis n'oublions pas non plus un chouchou des jésuites, l'architecte "Pavel Ignác Bayer" (prélature de l'abbaye de "Plasy", "Dietrichsteinský palác", le palais de l'archevêque à Prague, le Klementinum, St Salvator, St Havel, St "Ha?tal"...) qui construisit en 1686-87 la tour du fond, au Nord-est, puis en 1697-99 le portique (l'antichambre à colonnes) d'entrée.

En 1671 ou 1699 (selon les sources), l'on posa à la cime du tympan une statue de St Ignace de Loyola, qui encore aujourd'hui regarde les énormes bouchons routiers qui se forment à ses pieds. Notez la mandorle qui évoque le rayonnement lumineux de son corps de gloire, ce qui est pour le moins exceptionnel car cet attribut (mandorle) était autrefois exclusivement réservé au Christ (accessoirement à la vierge, tous 2 ressuscités).
La mandorle dans l'iconographie byzantine représentait la transfiguration, l'essence divine, symbolique apparemment native de l'hésychasme des anachorètes (cf. la philocalie des Pères neptiques et les apophtegmes des Pères du désert. Attention, c'est particulièrement abscons et totalement illisible en entier sans séquelles mentales). Et on se parle bien de la mandorle dans le cadre de la chrétienté, car icelle était déjà employée dans l'antiquité bien avant l'invention de Jésus Christ. Bref, et donc réservée à Jésus, la mandorle, et la légende raconte que les jésuites obtinrent une dérogation exceptionnelle carrément du pape, pour que leur St Ignace puisse briller comme une ratiche en or dans la bouche d'une vieille tzigane. Sinon cette statue est attribuée à "Tommaso Soldatti" mais sans certitude, d'autant plus qu'il avait un frère qui oeuvra sur St Ignace également, "Antonio Soldatti", que tous les 2 étaient stucateurs, qu'ils étaient issus de l'atelier de la famille "Lurago" (architectes, tailleurs de pierre, stucateurs de père en fils, en neveu, en petits fils...), qu'ils peuvent aussi s'écrire "Soldati", et que je n'ai que très peu d'éléments les concernant. Sur le portique de "Pavel Ignác Bayer" se trouvent d'autres statues de célébrités jésuites, lesquelles sont attribuées à "Antonio Soldatti", mais pareil, sans certitude puisque certaines sources les attribuent à "Mat?j Václav Jäckel" (quel bordel).

Alors on rentre dans l'église, hop, et la première chose que l'on aperçoit, c'est la fameuse pancarte défense de photographier. Pour l'anecdote je vous informe que cette chienlit interdictrice s'étend, partout, car l'on s'en revient de la Sérénissime Cité où l'on se ressourça en air iodé, en bouffetance, en spritz en terrasse, en peinture et en vieilles pierres, et justement, cette même chienlit interdictrice se retrouve dans toutes les églises vénitiennes. Je ne me souviens plus si c'était autant la dernière fois, mais très honnêtement il ne me semble pas. Il ne me semble pas que l'on m'emmerdait autant il y 6 ans, lorsque je visitais la fabuleuse Venise plusieurs fois par an. Mais cette fois-ci, sans dec, à cogner d'ssus tellement c'était tout interdit. La dictature de la censure totale, téléphone, glace, sandwich, appareil photo, short, T-shirt, cigarette, chien, pet, rot... Alors pour bien marquer mon hostilité aux interdits du despotisme religieux, je garde systématiquement mon couvre chef sur ma tête. Et lorsqu'un (voire qu'une) imbécile me fait remarquer mon impertinence, alors je réponds en souriant "vous inquiétez pas, c'est pas grave, chuis pas croyant." Succès assuré.
Sans dec, faut pas déconner non plus. N'oublions pas que la religion n'est absolument pas un constituant de la démocratie ni de la république (bien au contraire), et qu'elle est tout juste tolérée afin de plaire à mémé et aux Polacs qui ont grandi avec. Alors s'ils ont l'intention de m'emmerder avec leurs ineptes interdits, j'ai la ferme intention de les emmerder en les outrepassant stupidement. Mon comportement fait hurler ma chérie d'amour qui est respectueuse des règles établies, même lorsqu'elles vont à l'encontre des libertés individuelles, mais moi je suis resté jeune et con (d'ailleurs peut être 90% du dernier pour 10% du premier).

Bref, en pénétrant dans St Ignace... euh... en pénétrant dans l'église St Ignace, qui selon les experts est d'arrangement typiquement jésuitique de style baroco-rococo, vous verrez sur la gauche une chapelle dite Ste Marie de Lourdes avec une statuette de la vierge rappelant son apparition en 1858 (cf. Bernadette Soubirous). Il s'agit d'une oeuvre de "He?man Kotrba" (connais pas) de 1948 influencée par le roman "La chanson de Bernadette" de "Franz Werfel".
Ensuite vous trouverez 8 chapelles consacrées à St François Xavier (jésuite), St François Borgia (jésuite), St Louis (jésuite pas sûr qu'il s'agisse du roi français, mais plutôt du jésuite Gonzague, Saint Aloysius de...), St Libère, Ste Barbara, Ste Marie chais pas quoi (boulangère? "Marie Peka?ská"), aux Sts Patrons de la Bohême, et aux Stes âmes fidèles (véridique, mais chais pas ce que ça veut dire, "kaple v?ech v?rných du?í", est-ce l'omnium fidelium defunctorum du 2 novembre?). Elles contiennent des oeuvres d'artistes notoirement renommés comme le peintre "Ignác Raaba", les sculpteurs "Jan Ji?í Bendl", "Mat?j Václav Jäckel", "Ignác Franti?ek Platzer", "Richard Ji?í Prachner", "Jan Antonín Quittainer" ou "Franti?ek Ignác Weiss".

Le tableau de l'autel central (mi XVIII ème siècle) date de 1687 (ou 1688, j'ai un doute) et représente l'ascension aux cieux de St Ignace de Loyola (St Ignace de L'au-delà :-) par "Jan Ji?í Heinsch"
(1647 - 1712), moins connu que ses contemporains mais tout autant fabuleux malgré qu'il peignit principalement pour le jésuite (j'ai eu le bonheur fin 2006 d'inviter l'exposition des écuries du château de Prague intitulée "Jan Ji?í Heinsch, le peintre de la piété baroque", énorme que c'était). D'ailleurs tiens, vous verrez en l'église St Ignace une autre peinture du même peintre Jean-Georges: le déménagement des restes de St Venceslas, qui selon les historiens se serait déroulé le 4 avril 932. Vous vous souvenez, quand je vous avais parlé du plus grand St Patron de la Bohême, le prince "Svatý Václav", alias St Venceslas? Bon, il fut donc assassiné par son frère à "Stará Boleslav", lequel, pris de remords, rapatria la dépouille mortelle sur Prague ("Hic corpus sancti Wencezlai a sacerdotibus excipitur de sepulcro, Hic corpus sancti Wencezlai a sacerdotibus ponitur super vehiculum, ut duceretur Pragam") afin de la sanctifier post mortem (j'te dis pas la satisfaction du macchab).
Mais il est une légende véridique (cf. une des nombreuses légendes concernant St Venceslas, "Oriente iam sole", mi-XIII ème siècle) qui raconte que lorsque le convoi funéraire tiré par canassons ("Hic plures equos ducunt ad vehiculum") passa à proximité d'une prison, les dites-bourriques freinèrent des 4 fers, et refusèrent d'avancer (c'est dans la version tchèque). Alors on changea les canassons par des boeufs, mais pareil, ils refusèrent d'avancer (toujours dans une version tchèque-bis). Alors on changea les boeufs par des ânes, mais pareil, ils refusèrent d'avancer (c'est une version tchèque-ter). Alors on changea les ânes par des dromadaires, mais pareil, ils refusèrent d'avancer (ça c'est dans la version arabe). Alors on changea les dromadaires par des esclaves de Guantanamo, mais pareil, ils refusèrent d'avancer (version USA)... bref dans la vraie version latine (et tchèque aussi), soudainement les taulards tombèrent en liquéfaction de béatitude devant la dépouille de St Venceslas ("Hic adoratur corpus sancti Wencezlai, Hic venerunt ad corpus sancti Wencezlai, Hic cadunt super facies suas adorantes corpus sancti Wencezlai, Hic venerunt ultra aquam cum corpore sancti Wencezlai cum dei adiutorio in ictu oculi"), et tout aussi soudainement pareil ils furent libérés de la taule, des chaines, de la CSG... ("Hic captivi liberati sunt ab omnibus vinculis").
Mais plutôt que d'aller se souler la trogne avec des gourgandines galantes, ils ne trouvèrent rien de mieux que d'aller raconter ces conneries-là à tous ceux qui voulaient bien les entendre ("Hic captivi narrant hominibus, qualiter liberavit eos sanctus Wencezlaus"). Du coup, ben ça ne pouvait pas louper, fallait construire une église (rotonde en l'époque) en l'honneur de St Venceslas ("Hic fundatur ecclesia in honore sancti Wencezlai, ubi fuit carcer"), là, sur l'emplacement d'où ça s'était passé. Sans dec, ça vous parle "la grâce présidentielle"? S'il fallait construire une église à chaque fois que... Encore que là, bon, j'avoue que c'est quand même balaise, parce que le président Venceslas était déjà raide et froid lorsqu'il promulgua son amnistie. Sinon faut que je vous dise la suite aussi parce que mort de rire, z'allez voir.

Une fois tout ce chambard retardateur avec les canassons, les boeufs, les ânes... terminé, le corpus Wencezlai put enfin reprendre sa route vers St Guy ("Hic corpus sancti Wencezlai portatur ad ecclesiam sancti Viti").
Une fois sur place (en la cathédrale nostre, enfin église en l'époque), il ne faisait rien d'autre que du miracle à la pelle, le St Venceslas. Du miracle, du libérage, de la baptisation, du rasage gratis... ("Hic sanctus Wencezlaus liberavit paganum a vinculis, Hic paganus baptizatur, Hic quidam paganis venditus et detentus, Hic, qui erat detentus a paganis, sanctus Wencezlaus liberavit") et arrive le moment le plus exquis, parce que c'est fabuleux quand même les textes latins, je cite donc "[...] que tellement de miracles etc... que même de certaines femmes débiles et aveugles se rendaient auprès de la sépulture de St Venceslas" ("Hic quedam mulier debilis et ceca venit ad tumulum sancti Wencezlai"). C'est ENORME, et ça ne s'invente pas! Bon, alors après ce bon coup de rigolade, pourquoi que je vous parle de tout ça moi? Ben parce que cette fameuse rotonde, puis église de St Venceslas qui fut construite des suites de tous ces miracles, se trouvaient sur la place du petit côté ("Malostranské nám?stí"). Pendant des années, les archéologues cherchaient l'emplacement du bâtiment à coup de sondes, de fouilles lorsque possibles (travaux de canalisation, etc...) et d'indications historiques, mais rien.
Les seules indications étaient une eau-forte de 1606 par "Filip van den Bosche" représentant un panorama du château de Prague (et un bout d'église recherchée), une autre eau-forte (auteur inconnu) représentant l'invasion de Prague par les primitifs de Passau en 1611 (pareil, un bout de St Venceslas en dépasse), puis 2 dessins de "Roelandt Savery" (alors peintre à la cour de Rudolf II) représentant l'église en arrière plan. Ils savaient en outre que l'église St Venceslas fut construite dès 1628 sur l'emplacement de la rotonde romane, et que le tout avait fait place en 1683 au collège des jésuites ("Profesní d?m", aujourd'hui faculté de Math-Phys de l'Université Charles) parce que ces derniers, financièrement soutenus par la noblesse catholique (en particulier par l'autre ordure de "Albrecht z Vald?tejna"), proliféraient comme nécrose sur charogne, et que malgré l'attention portée par la mairie au "plus ancien édifice chrétien de la ville", les travaux du nouveau collège finirent par ébranler la vieille pierre de l'église qui dut être démolie
(sans parler de la vingtaine de maisons sur la place, ni de l'église gothique St Nicolas remplacée par l'actuel chef-d'oeuvre baroque, rien de neuf sous le ciel de Prague). Et donc rien de rien de l'église pendant des dizaines d'années de recherche, au point que les concernés (archéologues, historiens...) en arrivèrent à la conclusion que St Venceslas et toutes ses traces furent définitivement anéantis. Pis arriva février 2004, lorsqu'on voulut dégager dans une des salles du rez-de-chaussée de la faculté de Math-Phys une partie du sol alors remblayée afin de niveler le plancher du nouvel édifice du XVII ème siècle. Et là, le vrai miracle s'accomplit: l'on découvrit dans le sous-sol non seulement l'église de 1628, mais carrément la rotonde romane du XII ème siècle (peut-être même plus vieille), dans un état exceptionnel de conservation (en particulier les carreaux en terre cuite).
Je vous ai trouvé un document relatant tout cela. Il est en Tchèque, mais les photos sont en Français, donc jetez y un oeil, c'est fabuleux. Ah oui, je me souviens de ce que je voulais vous dire. Ben ce fameux tableau de "Jan Ji?í Heinsch" dans l'église St Ignace représentant tout ce chambard du déménagement de la dépouille de notre saint patron se trouvait originellement dans l'église St Venceslas, et il fut lui-même déménagé en St Ignace lorsque les jésuites démolirent St Venceslas en 1683.

Et juste pour terminer sur ce sujet, le fameux "Profesní d?m" des jésuites n'était pas un collège, mais un hôtel de luxe pour les officiers de haut rang de la compagnie (de Jésus). Quant à mes références latines d'au-dessus, elles ne sont pas issues de l'ouvrage "Oriente iam sole" (copie assez introuvable, même en mauvais état chez des antiquaires) mais du "Liber depictus" (i.e. "Krumauer Bildercodex", le codex en images de "?eský Krumlov"), une des premières bandes dessinées que ma bonne nourrice nichue eut la sagesse de mettre entre mes mains afin de les occuper (intelligemment selon ses dires) lors de la tétée.

Vers 1770, l'église endura une restauration rococo aussi la majorité du fourniment que vous pouvez encore voir aujourd'hui date de cette époque.
Sur la droite se trouve une autre chapelle datant de 1684-1685. Vous verrez en son centre une copie de 1875 par "Jan Umlauf" de l'original de "Josef Führich" représentant la parabole du fils prodigue. "Jan Umlauf" n'est pas spécialement connu du grand public, d'autant plus que son aire de production était les environs de "Ky?perk" (ville appelée "Letohrad" depuis 1950, mais personne ne sait pourquoi sinon les camarades fumiers con-munistes, région de "Pardubice") où il décéda en 1916, et dans le château de laquelle ville sont aujourd'hui concentrées la plupart de ses oeuvres laïques. On lui doit quelques 400 portraits de notables, 300 tableaux de retables dans une centaine d'églises, et une vingtaine de chemins de croix, sans compter la bonne soixantaine de peintures dans le cloître de "Svatá Hora". Ah oui, et pourquoi alors une copie?
Ben chais pas, sans doute que l'original était trop cher à l'achat. Quoi d'autre sinon? Ah si, la chaire est une oeuvre de "Richard Ji?í Prachner", pis c'est tout pour l'intérieur.

Sinon la tour, enfin le clocher (puisque je vous ai parlé de clocher et de cloche dans la précédente publie), mesure 50m de haut. En dehors de ressembler à n'importe quelle clocher, celui-là n'a rien de particulier sinon que sa localisation latérale peut laisser supposer qu'il aurait dû avoir un jumeau (cf. clocher central et latéral). En son temps, il y avait là 2 cloches du fameux saintier, fondeur, et mouleur de canon (véridique) "Mikulá? Löw (z Löwenberku)" (de son vrai nom "Jan Michal Mikulá? Löw von Löwenberg"), mais comme ses 2 statues du pont Charles, elles ont dû finir en bouillie à canon lors d'une guerre.
Hein? Lesquelles 2 statues du pont Charles? Ben celle du calvaire, vous vous souvenez, je vous en avais parlé lorsqu'il fut vandalisé en 2007. Bon alors en 1657, le fabuleux peintre "Karel ?kréta" en personne se rendit à Dresde afin d'appréciévaluer le corps du Christ (alors à vendre) de l'atelier de fonderie des frères "Hillinger". Cool, il était beau comme un Jésus, robuste comme un bronze, cadrait bien sur sa croix et ferait certainement très beau sur le pont Charles d'où qu'il devait figurer. Du coup notre Charles ("?kréta") s'en alla convaincre son pote Nicolas d'aller négocier l'oeuvre d'art, parce qu'il parlait mieux l'Allemand que lui (la famille "Löw" provenait des environs de Nuremberg, ils déménagèrent à Prague en 1640 lorsqu'ils découvrirent à quel point le niveau de vie ici est supérieur à celui de la Bavière), qu'entre collègues de profession ils s'entendraient sûrement mieux qu'entre fondeur et peintre, et que si jamais Nicolas lui rendait ce service, il aurait droit à la postérité sur le pont Charles.
Du coup quelques jours plus tard seulement, "Mikulá? Löw (z Löwenberku)" s'en prenait l'avion pour la Saxe afin de récupérer le précieux et lourd coli. Et non seulement Nicolas rapatria l'oeuvre en bronze sans rayer la peinture, mais de surcroît il réussit à négocier le faisage gratis des p'tits trous dans les mains et dans les pieds destinés à fixer proprement le nazaréen sur son cadre en bois. Aussi comme promis, Charles laissa "Mikulá? Löw (z Löwenberku)" mouler-couler-coller 2 statues de sa composition aux côtés du crucifix. Jan et Marie en bronze furent posées (statues) là en 1666, et y restèrent jusqu'en 1861 lorsqu'elles furent remplacées par Jean et Marie en pierre d'auteur "Emanuel Max".
Et comme les cloches de St Ignace, Jean et Marie en bronze de "Mikulá? Löw (z Löwenberku)" disparurent sans qu'on ne sache où. Pour l'anecdote, et à force de peser sur sa croix, le Jésus en bronze finit par se croûter dans la "Vltava" en 1707 (ça tombait bien, il était déjà en habit de bain). D'aucuns mirent cet incident sur le compte des p'tits trous négociés gratuitement (et donc mal faits) par le pauv' saintier Nicolas, et ces mêmes d'aucuns expliquèrent ainsi le remplacement des statues en 1861, genre vengeance mesquine. Quoi qu'il en soit, il en coûta fortune en scaphandrier afin d'aller récupérer le crucifié-noyé dans le fond du fleuve, mais ce n'était plus l'affaire du saintier, décédé depuis plus de 25 ans.

Sinon pour une fois, ce n'est pas Joseph II et ses réformes qui mirent fin à l'activité de l'église, mais le pape Clément XIV qui en 1773 dissolut la Compagnie de Jésus (notez que les verbes dissoudre comme absoudre n'ont officiellement pas de passé simple, tracasserie qu'officieusement je résolus puisque ce dernier en a un, de passé simple, le verbe résoudre, mais pas dissoudre).
L'église fut alors fermée, quant au colossal collège attenant, il fut livré à l'armée qui le repeignit en hôpital (militaire). Et comme de l'hôpital au cimetière il n'y a qu'un pas, et qu'avant de franchir ce pas d'aucun souhaite passer par l'église, l'on rouvrit St Ignace pour les besoins religieux des mourants. En 1814, pissette... Pie VII rétablit la Compagnie de Jésus, mais compte tenu de la déplorable réputation dont jouissaient ses membres en terres de Bohême (cf. la recatholisation forcée, à sec avec du sable), il fallut attendre 1853 avant d'apercevoir le premier jésuite version 2.0 en notre pays. En 1866 l'ordre récupéra cependant son église St Ignace, mais en 1950 il fut à nouveau chassé, cette fois par la chienlit con-muniste. Le collège attenant resta aux mains des militaires jusqu'en 1938, lorsqu'ensuite il devint un hôpital civil classique, fonction qu'il occupe toujours aujourd'hui en temps qu'hôpital universitaire. Vers la fin de la seconde guerre mondiale, et à l'instar d'Emmaüs, de la maison de Faust, et quelques autres édifices voisins (mais notre église), notre collège essuya d'importants dommages lors du bombardement erroné de Prague par ces bougres d'andouilloutratlantiques (cf. une précédente publie).
Mais fort heureusement, cela ne devrait plus arriver, jamais, car si tout va mal, notre petite République accueillera prochainement un radar zétazunien destiné à défendre la paix dans le monde et protéger Prague des bombardements voulus comme par erreur. Youpi, dansons la carioca... In fine, l'église St Ignace fut rendue aux jésuites en 1991 selon une source, bien que je ne sois pas du tout sûr de la propriété. Ce qui est par contre avéré, c'est que ces derniers en jouissent, et exercent toujours en ce lieu leurs activités évangéliquéducatives. Pour visiter, notez les horaires d'ouverture de la messe et suivez votre gépéesse: 50°4'31.636"N, 14°25'16.714"E.


Ville: Trois Mariages et une église carrément

le 29/11/2008 à 10h41


Bon, c'est clairement pas un édifice d'une importance capitale à Prague, et j'ai même fichtrement hésité à vous en parler tellement "Josef Mocker" c'est acharné dessus dans la néogothisation jusqu'à l'absurde, réduisant l'intérêt architectural de l'église à son intérieur.

Mais bon, d'un autre côté, comme je vous avais parlé de la rotonde de St Longin, anciennement St Etienne, et que je vous avais promis de vous en dire quelques mots, sur la nouvelle église St Etienne, et qu'aussi parce qu'il y a de jolies légendanecdotes qui s'y rapportent, du fait donc de tout ça, c'est pourquoi dès lors que voilà.

Je ne vais pas vous parler des origines du peuplement de "Rybní?ek" que vous avez certainement lues à propos de la rotonde de St Longin, passons donc directement en 1351, 3 ans après que le bon roi Charles IV émit l'édit de mise en chantier de la nouvelle ville de Prague (le 8 avril 1348). En l'époque, on n'insistait pas spécialement sur le nombre d'écoles, d'hôpitaux, de terrains de foot et de cinémas... par contre le nombre d'églises, lui, était surveillé de près, et devait répondre aux exigences (du pape?). Sachant que notre bon roi Charles IV était fervent catholique, il ne se fit pas prier, et fit rapidement mettre en chantier 2 églises paroissiales dans la nouvelle ville. Tout d'abord St Henri (et Ste Cunégonde, en 1348), à 50 m de la tour du même nom (St Henri) et qui représentait la paroisse au bas de la nouvelle ville ("dolní nový m?sto") malgré qu'elle se trouve au Nord.
Plus tard, il fit mettre en chantier St Etienne (en 1351) qui représentait la paroisse en haut de la nouvelle ville ("horní nový m?sto") malgré qu'elle se trouve au Sud. Alors comme dit, en 1351 l'on commença la construction, par contre personne ne sait vraiment quand on la termina. Selon les sources, vous trouverez la fin de la construction en 1401 (pose de la tour). Une autre source vous parle de 1392 lorsqu'on consacra l'église. Une troisième source prétend que le choeur fut terminé en 1367 alors que la nef fut terminée en 1394. Bref c'est le foin, mais considérez plutôt 1394, car c'est la date officielle indiquée sur la plaque commémorative en bronze gravée spécialement en relief pour les sourds et apposée contre l'église à 3 m de hauteur afin de prévenir tout vandalisme. Ce qui est sûr, c'est que l'église fut consacrée d'entrée de jeu à St Etienne (cf. la rotonde de St Longin) dont le bon roi Charles avait ramené des reliques d'Italie. A propos des tiennes, signalons que ce nom (Etienne) n'est pas spécialement répandu parmi les églises du pays, puisque j'en compte seulement 6 en notre République consacrées au martyr. Et pour l'anecdote du martyr, parmi les reliques ramenées d'Italie par notre bon roi, il y aurait eut la pierre avec laquelle le bougre aurait été lapidé ("... kámen, jím? byl sv. ?t?pán umu?en.").
Je présume qu'il s'agit d'une des pierres (et non LA), parce le pauvre bougre fut lapidé par les Juifs (véridique, mais je le précise volontairement afin d'apporter ma pierre à la paix d'entre les fanatiques religieux :-) et je serais extrêmement surpris qu'ils aient tous jeté la même, de pierre. Et toujours parmi les anecdotes, en 1353, l'ex-gendre du bon roi Charles IV, Louis Ier le Gland de Hongrie (qui avait épousé en 1342 sa fille Marguerite alors âgée de 7 ans avant qu'elle ne décède à l'âge de 14), donc Louis lui (à Charles) avait offert à son ex-beau-père (collectionneur notoire de reliques) un bout du doigts véritable de St Etienne (véridique). Charles l'avait alors fait incruster dans une bague cruciforme qu'il portait au doigt lors de ses sorties en ville, ce qui faisait marrer les Praguois narquois qui disoient: "Tu vois une fois au bout du doigt droit du roi l'objet en croix, c'est un octroi de l'Hongrois à notre bon roi, une relique chrétienne de St Etienne sans doute italienne assurément ancienne." Mort de rire. Bref, notre édifice se compose de 3 nefs gothiques, 2 latérales et une centrale à 4 travées perpendiculaires à l'axe principal d'orientation atypique Nord-est. En 1401, on rajouta la grande tour, ce qui fait dire à certains, que l'église fut terminée à cette date, et non en 1394. En fait, lorsqu'on eut "terminé" notre église en 1394, autant le bon Charles IV que l'archevêque de Prague "Jan z Jen?tejna" se disaient "mais sacré nom di diou, comment se fait-il que cette fichtre de bigre d'église me semble bizarde, genre inachevée?" à chaque fois qu'ils passaient devant, qu'ils se disaient ça.
Et ce n'est que 7 ans plus tard, lorsqu'enfin le curé de la paroisse se mit en tête de sonner la cloche, qu'il s'aperçut qu'il manquait quelque chose d'essentiel... Au début, les plans spécifiaient une tour latérale, comme à St Henri (et Ste Cunégonde), mais au dernier moment, l'architecte en décida autrement et (coca) colla notre tour en plein milieu de la façade, parce qu'un jour, le bon roi Charles IV avait fait remarquer à propos de St Henri (et Ste Cunégonde) que cette latéralité bancale lui rappelait l'infortuné champion de Bohême unijambiste arrivé dernier au concours de coups de pieds au cul des jeux para-olympiques de 1342. Que 2 tours latérales oui, mais si qu'une tour, alors centrale. Du coup, on superposa bien au centre 57 m de forme rectangulaire sous l'apparence de 5 morceaux irrégulièrement empilés et séparés par une simple moulure. Ceci-dit, le look du XV ème siècle eût pu être différent de celui néogothisé par "Josef Mocker", qui sait? Le pinacle est également archi-gothique et non sans rappeler Ste Marie devant la ferté. Il est l'oeuvre du précédemmentionné architecte en date de 1876. Ce dernier perfectionniste remania jusqu'à l'horloge de la tour, qui depuis donne l'heure néogothique. Notez la petite tour accolée à la grande, avec ses toutes petites fenêtres rectangulaires et qui abrite un escalier en colimaçon permettant d'accéder aux cloches sans être vu, tard la nuit.

Au début des années 80 du XVII ème siècle, un certain "Jan Kornel Dvorský" (totalement inconnu) fit construire contre la nef Sud une petite chapelle afin d'y faire reposer la viande froide de sa famille. Du coup la chapelle terminée en 1686 prit le nom de "Kornelská". Au début des années 30 du XVIII ème siècle, un certain "Branberg" ou "Bramberg" (totalement inconnu) fit construire contre la nef Nord une petite chapelle afin d'y faire reposer la viande froide de sa famille. Du coup la chapelle terminée en 1736 prit le nom de "Branbergská" ou "Bramberg?". A ce moment le curé décida que ça commençait à bien suffire, les inconnus qui faisaient rien que de construire leurs verrues dans et contre son église, et qu'à partir de dorénavant, seuls "les qui valent le coup" seraient inhumés en les murs de St Etienne, et avec les autres déjà là qui leur feraient une place, parce que son temple au curé n'était pas un "panelák" à macchab mais la maison du saigneur... seigneur. Et rigolez pas, c'est véridique, parce qu'en 1738, un "des qui valent le coup" sonna posthumément à la porte, le génie sans cesse nommé en mes publies: "Matyá? Bernard Braun". "Mais bien sûr mon bon Maître, mais comment donc autrement? Absolument même que oui, avec vue sur la mer et la montagne en même temps, bien évidemment... faudra juste vous serrer un peu avec les aut', mais z'allez voir, c'est proprounet et bien au sec..." qu'il lui dit comme ça le curé de St Etienne.
Ben croyez-le ou non, lorsqu'en 1902 l'on exhuma les remisés pour les besoins de réfection de l'église, ben le Matthieu-Bernard s'était tellement bien serré aux autres qu'on fut incapable de l'identifier. Les boules! En 1866 l'on construisit un nouveau vestibule néogothique au Nord, et dans la même période, on néogothisa la sacristie et la tribune d'orgue. Entre 1874 (parfois 1873, ou 1876) et 1879 c'est donc "Josef Mocker" qui ravala notre église de fond en comble au dehors. Bon, pis restons en là pour l'architecture, et passons aux jolies histoires.

Tout d'abord il se trouvait derrière l'église (vers l'Est) un cimetière. Et attention, pas n'importe lequel de cimetière, un vrai du tonnerre de d'là, sans doute le plus grand du tout Prague d'à l'époque. Lorsqu'en 1784 il fut délocalisé en Chine par Josef II (les cimetières intramuros furent abolis, ça pue et c'est épidémiquement malsain), sa limite se situait aux fortifications de la ville (aujourd'hui la rue "Sokolská"). Sous Charles IV, on l'appelait le "tiroir à pèlerin" parce qu'on y rangeait les pèlerins étrangers qui pèlerinaient vers les saintes reliques (véridique). Et parce qu'ils marchaient trop lentement, ils mourraient en route à Prague et fallait bien les remiser quelque part. Ensuite et compte-tenu du besoin, on finit même par y mettre les pestiférés.
Tiens, les statistiques de la ville font mention de plus de 13000 pauv' boug' enterrés là en 1502. Bref, en 1833 on nivela le terrain, on construisit même allégrement dessus afin d'agacer les archéologues, et du coup dès qu'on pioche aujourd'hui un trou dans le sol pour les besoins du gaz, eau, électricité ou téloche à câble, le chantier s'en prend des mois de retard afin que les scientifiques puissent vendanger les carcasses à la brosse à dent.

Toujours derrière le cimetière, et en plein milieu de l'ancien cimetièràpèlerin se trouve encore aujourd'hui un clocher. Et attention, pas n'importe lequel de clocher, un vrai du tonnerre de d'là, qui contient sans doute la plus ancienne cloche du tout Prague. Alors pourquoi c'est-il qu'on a construit un clocher indépendant derrière l'église alors qu'il y en a un accolé devant (l'église)? Ben parce qu'à force de faire des cloches de plus en plus bêtes... lourdes pour faire de plus en plus de bruit, ben les clochers d'origines n'y suffisaient plus à les soutenir. C'est ainsi qu'entre 1600 et 1604 (voire 1605) l'on dû construire ce nouveau clocher derrière (plutôt que d'utiliser celui accolé devant) pour supporter les quelques 2 tonnes de bronze de la nouvelle cloche qu'on voulait monter dessus. Ah ouais? Ben non, justement, alors attends, parce que là faut que je vous explique. En fait la cloche n'était pas vraiment nouvelle, et pour ainsi dire le clocher non plus. La cloche serait de 1409 ou de 1490, selon que les moines germains qui écrivirent en Latin mes sources d'information en Tchèque portaient des lunettes ou non.
Là où les bougres cependant sont d'accord, c'est que la cloche St Etienne (eh ouais, elle s'appelle comme l'église) pèse entre 2009,34 et 2011,67 kg, et que sont diamètre est de 147,41 cm (et n'allez pas me demandez comment des moines du XV ème siècle en sont arrivés à ce niveau de précision). Quant au clocher, ben dès 1409 (ou 1490) il était déjà en place en attente de sa cloche. Certes il était en bois le clocher d'origine, et il fut pétrifié (reconstruit en pierre) au tout début du XVII ème siècle, mais il y était déjà, sur place. Lors de sa construction (en pierre), il avait un toit tout bête, en forme de tente, genre un "V" renversé. Aujourd'hui, le toit néogothique couvert d'ardoise et aussi haut que le reste de l'édifice rappelle une aiguille effilé.

Et dedans l'église alors, y a quoi? Ben y a déjà un intérieur globalement gothique du XIV ème siècle, en dehors de la tribune d'orgue renaissance tardive qui date de 1612 (mais qui fut néogothisée fin XIX ème siècle). L'agencement et la déco quant à eux sont globalement baroques (ancien et tardif) en dehors de la chaire en pierre qui date de la 1 ère moitié du XV ème siècle, du font baptismal en étain de la seconde moitié du même siècle, et d'autres broutilles comme les extincteurs, les ampoules électriques et les interrupteurs qui eux sont nettement plus récents. Sinon, les plus anciennes peintures sont des restes de fresques murales gothiques représentant la vie de Marie. Plus jeune est le tableau de l'autel principal représente la pidation de St Etienne.
Il s'agit d'une oeuvre du peintre munichois "Mat?j Zimprecht" (1626-1680, i.e. "Cimbrecht, Simprecht, Zimbrecht, Czimprecht...") sur lequel on n'a que peu d'élément compte tenu des faits qu'il était Allemand et mort de la peste. De courant "Karel ?kréta", on lui doit entres-autres une peinture (de 1669) en l'église Ste Marie de la Victoire représentant St Jean de la Croix (l'inventeur des carmes déchaussés, "Ordo Carmelitarum Discalceatorum" dont le généralisme fut un temps le fameux "Jan Karel (Felix) Jáchym Slavata"), un St Jude Thaddée (cf. Georges de La Tour) en la cathédrale St Guy St Machin et St truc, et encore en l'église St Etienne, il est l'auteur d'un St Christ défunt porté aux cieux par les anges. Et puisqu'on en parle du "Karel ?kréta", vous trouverez sur un des piliers un portrait de St Venceslas se rasant dans son bain, puis accrochés sur les autels leur étant respectivement consacrés, un tableau de Ste Rosalie contemplant le ménage se faire tout seul par l'opération du St Esprit et un tableau de St Jean-Baptiste baptisant le Jésus qui à ce moment-là ignorait dans quoi qu'il mettait les pieds (de 1649, le tableau, pas le baptême).
Il y aussi un "Václav Vav?inec Reiner" représentant St Adalbert ("Vojt?ch") un dimanche aprèm en direct de St Cloud et une épitaphe de l'imprimeur "Michal Peterle z Annaberku", peinture sur bois de vers 1588 par le génial "Bartholomeus Spranger" ("Michal Peterle" et "Jan Kozel" imprimèrent en 1562 une splendide carte de Prague où l'on peut encore voir les dégâts de l'effroyable incendie de 1541 à "Malá Strana"). Le thème du plafond représente le sacrifice d'Abraham (ou d'Isaac) charrié par le bon dieu farceur. Ces peintures datent de la première moitié du XVIII ème siècle, par contre je n'ai pas la moindre idée de l'artiste (et je n'ai rien trouvé dans mes sources). Dans la chapelle dite "Kornelská" se trouvent des statues du fabuleux "Jan Ji?í Bendl" derrière une fantastique ferronnerie baroque. A proximité vous pouvez voir un autel contenant une autre peinture de "Mat?j Zimprecht" représentant Jésus sous la croix et intitulé "merde, mes clés!". L'ensemble est entouré (l'autel) par 2 statues de St Jean-Baptiste et de St Grégoire jouant à "Poustoidla-Keujmimette" (pareil, chais pas de qui qu'elles sont, les statues). La chapelle "Bramberg" est décorée d'une fresque de 1739 intitulée "le jugement dernier, le jour que ça va chier", et d'un autel aux couleurs de St Sébastien et de St Roch, les saints patrons de la peste (puisqu'il faut la peler par son nom, cf. une précédente publie).
Sous les voûtes du vaisseau principal se trouvent les blasons des terres du bon roi Charles IV. Contre les murs (intérieurs comme extérieurs) sont apposées de nombreuses dalles tombales et funéraires d'entre 1550 et 1650, lorsque les bourgeois se faisaient encore inhumer dans l'église. Et pour terminer, le morceau de choix: en entrant sur la gauche, une vierge Marie stéphanoise gothique de la 3 ème moitié du XV ème siècle (de 1472 me semble-t-il, selon la forme du nez) absolument fabuleuse, peinte sur bois de 61 x 71 cm. Pareil, impossible de trouver qui est en est le fabuleux auteur, mais sans dec, elle est vraiment fabuleuse.

L'orgue de facture "Rieger" (entreprise plus tard devenue "Rieger-Kloss", et toujours en activité aujourd'hui) est le seul à Prague conservé en l'état d'origine. Au milieu du XIX ème siècle, la paroisse décida de remplacer le vieille orgue baroque (le plus beau de tout Prague selon certains) par un neuf. Mais entre l'intention, la réalisation, le manque de pognon... Alors lorsque "Josef Mocker" se mit à la tâche, l'on décida d'y mettre l'orgue avec dans le chantier (ceci-dit, ce n'est qu'en 1886 qu'il fut installé). Pis arriva la première guerre mondiale, et le militaire voulut réquisitionner les tuyaux pour sa grande boucherie.
Heureusement, il n'en fut rien car le professeur "Dobroslav Orel" (alors professeur au conservatoire de Prague, ensuite recteur de l'université Charles) réussit à faire exclure cet instrument (et quelques autres) de la liste des réquisitions au motif d'exceptionnalité culturellartistique, et c'est ainsi qu'encore aujourd'hui l'on peut ouïr en l'église moult concerts joué sur l'instrument épargné. Si toutefois vous êtes à Prague au mauvais moment qu'y a pas de concert, il vous reste toujours la messe du dimanche.

Maintenant une anecdote concernant notre clocher St Etienne. En fait comme dit précédemment, des clochers indépendants d'une église (dit autonomes :-) il en existe aujourd'hui plusieurs à Prague, et exactement 3 en la nouvelle ville, là où se trouvaient anciennement des cimetières. Il existe donc le notre de clocher autonome, ensuite le clocher près de St Pierre "na Po?í?í", et enfin le clocher de la précédemmentionnée église St Henri (et Ste Cunégonde, de 1348) et qui n'est autre que l'énorme tour Henri, dite "Jind?i?ská v??" (qui carillonne encore régulièrement, et qui fut néogothiquement martyrisée par le même "Josef Mocker").
Tous 3 clochers furent (re)construits entre la fin du XVI et le début du XVII ème siècle en style gothique (certains disent renaissance), en forme carrée, et dans le même but: permettre de faire sonner une cloche que ses formidables proportions ne permettaient pas d'installer sur le clocher de la proche église. Tous 3 clochers furent (re)construits de la même façon: les parties inférieures (base plus un peu au-delà) sont faites du même matériau appelé "?ehrovák", un grès provenant des carrières du bourg de "?ehrovice" (qu'on finit même par appeler "Kamenné ?ehrovice"), et qui fut utilisé dès le moyen âge dans la construction du pont Charles (comme de certaines de ses statues), des fortifications de la ville, de la cathédrale St Guy St Machin et St truc... et réputé pour sa solidité. Les parties supérieures sont en grès de provenances diverses ("ho?ický pískovec"), mais principalement des carrières de "Hloub?tín" (aujourd'hui dans Prague, à l'Est). Or si vous regardez avec attention les détails des 3 tours (fenêtres, portails...), si vous remarquez les lettres latines gravées sur les pierres (marques de tâcherons), alors il est fort à parier que les 3 tours furent construites par la même corporation de bâtisseurs.
Quand on sait de plus que les croisés à l'étoile rouge sont intimement liés aux 3 églises avoisinantes (ils y officièrent ou les construisirent) et qu'ils administraient "Hloub?tín" (carrières) depuis leur création par Ste Agnès (au XIII ème siècle), alors il est fort à parier que cet ordre hospitalier fut à l'origine de la (re)construction des 3 clochers. Dingue non?

Pis après le clocher, la cloche. Il est une légende (cf. "Stov??atá Praha, Josef Podzimek") qui raconte l'histoire d'un saintier et de sa cloche maudite que je m'en vais vous raconter. En ce matin du 30 juillet 1419, le saintier d'origine allemande "Lochmayer" vient tout juste de démouler sa toute nouvelle cloche dont le curé de la paroisse St Etienne lui avait passé commande. Une cloche impressionnante pour l'époque, par sa taille et son poids. Et tandis qu'il admire son oeuvre, en l'église Notre Dame des neiges (aujourd'hui place Jungmann), le prémontré "Jan ?elivský" harangue la foule venue nombreuse écouter ses couillonneries: "Ouais, ils nous ont boucané Jan Hus à Constance... pas normal... tout ça... le roi Václav est un ivrogne..." quelques citations bibliques, pour se terminer avec "... tous avec moi à St Etienne où qu'on communiera sub utraque specie comme des cochons jusqu'à tard dans la nuit."
Arrivés en l'église, le meneur et ses Praguois foutent le curé à la porte à coup de pieds au cul, communient sous les 2 espèces, une seconde fois, une troisième fois, puis encore, puis "?elivský" bien entamé prend place sur la chaire. "Ouais, le maire et ses maffieux... les bourgeois... leurs salaires indécents... alors que les crottes de chiens sur les trottoirs, les parkings payants, etc..." Puis quelques citations bibliques, pour se terminer avec "... tous avec moi à la mairie où qu'on libérera nos camarades hussites puis on re-communiera sub utraque specie comme des re-cochons jusqu'à re-tard dans la nuit." Et la foule de s'empresser en direction de la mairie, braillant comme Prussiens en guerre, et tout ce beau monde surexcité de passer devant l'atelier de "Lochmayer", scié par toute cette bruyante émeute. Pour info, St Etienne prise manu militari au cureton papal resta utraquiste jusqu'après la bataille de la montagne blanche, lorsque l'autre immonde gouape de Ferdinand II chassa le dernier curé calixtin "Jan Hertvicius" de St Etienne (comme les autres curés calixtins des autres églises utraquistes, édit du 13 décembre 1621, c.f. "Jan Amos Komenský, Historie o t??kých protivenstvích církve ?eské. Cap. LII: První proti kn??ím pra?ským v?bec vydaná výpov??"). Mais retour à les meutes. Notre saintier germain était fervent catholique romain, suppôt du pape et de sa curie, et peu enclin à admettre un tel bordel dans son quartier d'à lui. "Mais qu'est-ze que z'est que tout ze merdier himmel Herrgott? Ils z'envahizzent l'églize, ze komportent en zérétiques et morgen früh zils boiront mein bier dans ma cave? Za va pas du tout du tout tout za!"
Et le v'là t'y pas qu'il chope son gros marteau, et se précipite derrière la foule pour en découdre avec ces furieux. En arrivant devant la mairie, "Lochmayer" aperçoit alors comment les praguois précipitent les échevins du premier étage, lesquels s'embrochent sur les pieux, lances, piques que les émeutiers ont habilement placés sous les fenêtres à cet effet. "Halte, arrêtez tas de zouaves, qu'est-ze que vous faites, z'êtes pozzédés ou quoi?" qu'il se met à hurler en essayant de se frayer un chemin vers l'hôtel de ville à grand coup de marteau sur la tête des Praguois. Mais bien qu'il soit homme robuste, "Lochmayer" est submergé par la foule. Il est maîtrisé, ligoté, et jeté au frais dans un cachot de la mairie de la nouvelle ville. La sentence du jugement tomba quelques jours plus tard de la bouche même de "Jan ?elivský": peine capitale, sans sursis ni appel. Le moine pervers, commanda cependant que "Lochmayer" ne soit exécuté qu'une fois sa cloche en place, afin qu'elle sonne bien propre pour son trépas, au pauv' gars. Les boules!

Il y avait foule ce jour là sur la place. Tous voulaient assister à l'exécution du saintier parce qu'il n'y avait rien à la téloche (tu parles, un mois d'août 1419).
Et tandis que "Lochmayer" s'agenouilla devant le billot, il lança un regard au moine "?elivský", et lui cria à la face: "in quo enim iudicio iudicaveritis iudicabimini et in qua mensura mensi fueritis metietur vobis" (Matthieu 7:2). Puis de rajouter "mischthüffe" (de l'Allemand "Misthaufen", avec un tel nom "Lochmayer" ne pouvait être que d'origine alsacienne :-) Ensuite il regarda encore le bourreau, et lui dit: "et toi auzzi mon cochon, t'y échapperas pas non plus. Un jour ma cloche zonnera pour ta deszendanze". Puis il maudit sa cloche, sa belle cloche dont il était si fier, cette cloche qui venait de se mettre en branle indiquant à l'exécuteur masqué d'accomplir son devoir. La lourde hache chut sur le cou de "Lochmayer", tschlafff... et sa tête roula jusqu'aux pieds de "?elivský". Ce dernier fortement croyant (mais pas en l'église papale) ordonna de ne plus jamais sonner de la cloche "Lochmar", de fois que le maudissement porté par son créateur ne fasse effet (prude anse et merde sur tes...).

Eh ouais, et ce que le saintier avait prédit se réalisa. Pour le fabuleux foutoir qu'il foutut en ville, pour ses convictions d'intégriste radical propageant la haine, pour ses crimes directs et indirects commis sous couvert de religion, le moine "?elivský" fut arrêté, et le 9 mars 1422, décapité dans la cour de la mairie de la vieille ville (à ce propos vous pouvez voir une plaque commémorative sur l'horloge à touriste, coté Est).
Et les témoins racontent que quelques minutes avant que le bourreau n'officie, un vent soudain se leva, un vent si violent qu'il mit en branle la cloche "Lochmar" qui sonna ainsi dans tout Prague lors de l'exécution du moine, comme prophétisé par "Lochmayer". Pis de l'eau coula sous le pont Charles, de la bière dans la gorge des Praguois, et la cloche "Lochmar" ne sonna plus, longtemps longtemps. Mais un jour on oublia l'anecdote de la légende, et dans les années 40 du XVI ème siècle l'on se remit à sonner de la cloche St Etienne. Pis le vieux sonneur de la paroisse se faisant vraiment vieux, il prit sous son coude aguerri un jeune apprenti sonneur de cloche. Il lui enseigna bien comme il faut les règles du sonnage, les diverses techniques du tiré de la corde, tout en insistant lourdement sur la sécurité, parce que 2 tonnes de bronze lancées à pleine course, c'est pas du pet de nonne dans un string de velours, genre non plus. Un jour de 24 août 1542, le vieux sonneur n'accompagna pas le moutard nommé Simon dans la tour, se disant qu'il était suffisamment mûr pour sonner la cloche tout seul. Lorsqu'icelle se mit à cogner, l'on entendit un ding, un dong, puis un bjoïïïng insolite, puis plus rien... Aussitôt le sonneur de cloche comme les badauds des environs se précipitèrent vers le clocher, et trouvèrent le pauv' Simon mort étalé sur le sol comme une méduse à marrée-basse. "La cloche Lochmar l'a basculé de la tour..." pouvait on entendre dans le quartier.
Lorsque l'on découvrit que le môme Simon n'était autre que l'arrière d'arrière arrière-petit fils du bourreau qui, en 1419, exécuta "Lochmayer", on se décida fort prestement à refondre la cloche, qui de "Lochmar" prit le nom de "St Etienne", nom qu'elle porte toujours aujourd'hui (enfin presque, z'allez voir) et qui serait la plus ancienne cloche de Prague (c'est faux, z'allez voir aussi).

Ca, c'est pour la légende de la cloche que l'on peut lire dans certains ouvrages plutôt récents (XIX et XX ème siècle). La vérité, c'est qu'il n'est nulle part fait mention d'un saintier "Lochmayer", ni de sa cloche "Lochmar" vers 1419. Ce qui est par contre avéré, c'est qu'une cloche du clocher indépendant de l'église homonyme fut terminée en 1490 par Jacques, fils du saintier Georges en la Nouvelle Ville. En 1585 cette cloche fut refondue (parce que sans doute fendue) par le fameux maître saintier "Brikcí z Cimperka" (cf. une précédente publie) qui y porta mention "ZWON NAKLADEN PANOUW OSADNJCH SWATEHO STEPANA WELIKEHO PO ROZLITJ STAREHO ZWONU GEST ZNOWU PRELIL" (ancienne cloche près St Etienne fondue et remoulée). En 1859, la cloche se fendit à nouveau et fut re-refondue et re-moulée à l'identique (mais re-consacrée à la vierge Marie) en 1878 par "Josef Diepold".
Cette cloche disparut définitivement lors de la première guerre mondiale lorsqu'elle fut réquisitionnée comme fer à canon. Cependant avant de disparaître l'on prit soin de la photographier et de la documenter (c'est ainsi que l'on connaît l'inscription de "Brikcí z Cimperka"). Autrement dit oui, il y existait bien une cloche en St Etienne avant 1585 (fort certainement celle de Jacques, 1490), mais se nommait-elle "Lochmar", St Etienne ou Marie? Et quid de la cloche actuelle? Ben j'en sais rien, j'ai rien trouvé à ce propos. Ce que je peux vous dire par contre, c'est que des cloches plus anciennes que 1490 il en existe plusieurs: dans le clocher en bois de l'église de l'archange St Michel ("Podolí", en dessous de "Vy?ehrad") il est une cloche (de saintier inconnu) gravée 1482 et consacrée à Marie mère de dieu et à tout ses saints, Ste Catherine en la tour gauche de Notre Dame de "Strahov" (sans doute la plus ancienne cloche de Prague) gravée 1475, puis St Gilles en l'église du même nom ("Sv. Jiljí" vieille ville), 1487, ces 2 dernières cloches étant l'oeuvre du même saintier Jérôme de Prague (Source et lecture: "Pra?ské zvony, Ludmila Kybalová, Radek Lunga, Petr Vácha"). Alors hein?

Allez, j'arrête là sur les cloches et leurs clochers pour passer à d'autres infos remarquables concernant notre église St Etienne. Le 27 août 1849, le grand "Bed?ich Smetana" épouse sa pianiste de copine d'enfance "Kate?ina Kolá?ová". Où eut lieu la cérémonie?
En l'église St Etienne. Le 17 novembre 1873, le grand "Antonín Dvo?ák" épouse "Anna ?ermáková" à défaut de sa soeur Joséphine (à Anna, la soeur Joséphine. Comme dit, c'était pas la plus belle, mais celle qui voulait :-) Où eut lieu la cérémonie? En l'église St Etienne. Le 17 novembre 1898 (25 ans plus tard, jour pour jour), le grand "Josef Suk" (l'ancien) épouse "Otilie Dvo?áková" (fille d'"Antonín"). Où eut lieu la cérémonie? En l'église St Etienne. Alors que rajouter de plus, sinon que si vous souhaitez vous épouser (enfin avec quelqu'un, c'est mieux) et que vous ne savez pas où, l'église St Etienne est à votre disposition.

Du coup, ben pour un édifice qui n'est clairement pas d'une importance capitale à Prague, c'est velu d'intérêt quand même non? Si vous passez dans le coin, essayez d'aller jeter un oeil dedans, parce que comme d'habitude, ça vaut le coup au moins un peu. Localisation: 50°4'34.642"N, 14°25'28.752"E


Ailleurs: Vale? et son église dévastée

le 14/11/2008 à 17h23


Y a vraiment des fois que je me dis que bon, on ne s'aime pas spécialement, ou plutôt je ne lui accorde pas beaucoup d'importance vu que j'y crois pas, en lui, mais parfois je me demande vraiment s'il ne me file pas un sacré coup de main quand même.

"Il", c'est "le bon dieu romain catholique du papàrome", à moins qu'il ne s'agisse d'un autre bon dieu, ou tout simplement d'un pur hasard de la nature. Jugez plutôt. En ce splendide dimanche d'octobre où le soleil brillait pleine poire, on (ma chérie d'amour et vot' serviteur) s'en revenait du joli bourg de "Loket" (près de "Karlovy Vary") où nous avions été invités par miennes accointances aux festivités dites "des vendanges" justement en la forteresse de "Loket" (publie à viendre un jour, peut-être, si j'ai le temps). Rapide parenthèse. Alors autant je voue un amour (peut-être excessif) à la bière, que le vin, bôf, sans plus. Genre si je me fais en tout et pour tout, en cumulant grave, mes 2 bouteilles de vin par an, ben ça vous donne une idée de combien c'est que j'en bois peu.
Ceci-dit parfois, en de rares occasions, j'apprécie une lampée de bon rouge avec du fromage qui pue, voire un pichet de bon Riesling avec un wädele-grumberesalat. Et pour avoir vécu quelques paires de semaine en ce beau pays d'Alsace, je me suis développé sans faire exprès suffisamment de papilles gustatives afin de distinguer un vin buvable, d'une immonde vinasse à mouches. Eh bien après avoir gouté, lors de ce fameux week-end, les blancs comme les rouges (une bonne dizaine en tout) présentés en l'occasion au château de "Loket", j'affirme à nouveau qu'en matière de vin, la République Tchèque a du boulot (et du vrai boulot) devant elle.
De deux choses l'une, soit les produits présentés ce jour-là étaient des rebus de fond de cuve (à m...) envoyés par les facétieux Moraves aux pignoufs de Bohême (cf. le fameux "Bur?ák", vin bourru encore plus dégueulasse que du beaujolpif nouveau mélangé à de la pisse de chat que les Praguois boivent comme des Japonais parce que ça fait bien, chic, in), soit il ne s'agit réellement pas d'une farce, auquel cas je me demande vraiment qui peut être suffisamment sot pour acheter ça, sachant à quel point la bière tchèque est excellente par rapport à ça.
Et puisque je suis dans ma parenthèse, ce même week-end j'ai découvert une bière que je ne connaissais pas, enfin que je n'avais pas goûtée alors que j'en avais entendu parler: la "B?ez?ák", et je dois dire qu'elle n'est pas mauvaise du tout. Sur mon échellàbière, je lui collerais bien un 7/10. Fin de parenthèse. Et donc ce splendide dimanche, l'on en profita pour visiter de la culture des environs de l'Ouest de la Bohême, et c'est ainsi que l'on prit la direction de "Vale?" dans le but initial d'inviter son castel baroque.

Et c'est au sortir du virage, aux abords du village, en arrivant dans la cuvette juste avant (le village), que je l'aperçue, la magnifique église de la Ste trinité ("kostel Nejsv?t?j?í Trojice"). De loin elle présentait ses formes voluptueusement baroques et aguichait l'oeil de l'amateur que je suis. Malheureusement, plus on s'en approchait, et plus l'on pouvait se rendre compte de l'effroyable état de la pauvrette (cf. mes photos): murs décrépis, statues en ruine, vitraux brisés, métaux corrodés, une horreur Thérèse. Je garai la voiture à proximité, et tandis que j'en sortis, je vis comme des gens qui en sortaient aussi, mais de l'église. Quoi, ça se visite d'au dedans?
Mais c'est énorme. On arriva devant l'entrée au moment même qu'une délicieuse petite en fermait la porte.
Moi: "Mademoiselle s'il vous plaît, cette splendidéglise se visite?"
Elle: "Oui, il suffit de prendre rendez-vous auprès de l'administration."
Moi: "Ah oui, mais bon, ben c'est qu'on n'avait pas prévu, vu qu'on ne savait même pas que..."
Elle: "Vous voudriez mettre un oeil dedans c'est ça?" Qu'elle finit par dire la jolie guêpe perspicace.
Moi: "Oh oui, oh oui, ça serait tellement adorable de vot' part si l'on pouvait entrer, même un instant. Soyez bonne..."

Eh bien aussi surprenant que cela puisse paraître compte-tenu de l'humeur acariâtre de nombreux indigènes de céans, l'adorable enfant nous laissa entrer. Et même mieux, elle nous expliqua même le pourquoi du comment, cet amour de petite. Y a juste qu'elle n'en savait pas grand chose sur l'église, parce que les archives sur "Vale?" sont plutôt muettes.
Les plans de l'édifice n'existent plus, les documents d'origines n'existent plus non plus, c'est tout juste si le bourg, fort de quelques 400 habitants, existe sur les cartes tellement il sent fort la campagne isolée. Bref, il est tellement peu de sources sur ce bourg, qu'il en est encore moins sur notre église. Mais j'ai fouiné, et je vous livre en l'état le fruit de mes recherches, la quête de mes fouilles :-)

Il était une fois le sieur "Jan Kry?tof Kager ze ?tampachu", propriétaire du domaine de "Vale?" comme du castel.
Vers la fin de sa vie, sentant qu'il ne lui en restait plus bezef en ce bas-monde, il demanda à son architecte italien "Giovanni Antonio Biana Rossa" occupé alors à la réfection baroque de sa gentilhommière (au sieur), de bien vouloir penser à une église dans laquelle, et le moment venu, l'on irait stocker la noble viande pour le repos éternel. Le bougre se mit au travail, et construisit entre 1710 et 1728 l'édifice baroque délabré que vous voyez aujourd'hui. Je suis incapable de vous en dire plus sur "Giovanni Antonio Biana Rossa" (parfois "Bianno Rossa"), parce que je n'ai rien dans mes sources, mais alors vraiment rien de rien concernant cet architecte, sinon qu'il serait mort à "Vale?" en 1732.
En 1728, l'église fut consacrée, et le 21 novembre de cette même année l'on déposa dans la crypte les dépouilles déjà froides de "Jan Kry?tof Kager ze ?tampachu" décédé d'impatience en 1718 et de sa femme Catherine-Thérèse, décédée d'ennui en 1721.

Dans les années 1730 à 1733, l'on construisit contre le presbytère une nouvelle entrée dans la crypte composée d'une antichambre néo-classique (au Sud-est). La base de tout cet édifice serait globalement ovale selon mes sources, bien qu'elle semble rectangulaire vue de l'extérieur et d'en haut. La façade Nord-ouest se compose de colonnes ioniques (notez les volutes en grès rose) supportant un tympan triangulaire quasi antique surmonté de saints (St Joseph, St Laurent, et au sommet une allégorie de la Ste trinité) au milieu desquels trône la vierge Marie.
De la façade Sud-est déborde le presbytère pentagonal flanqué sur ses flancs de 2 tours qui, avec la tourelle centrale ajourée, représentent à eux 3 la trinité. Dans les niches du presbytère se trouvent 2 statues, un St Jean-Baptiste et St Sébastien, et c'est contre ce presbytère qu'est accolée la fameuse antichambre néo-classique d'accès à la crypte.

Maintenant entrons à l'intérieur. La première vision est absolument épouvantable. L'église au dedans est aussi dévastée qu'en dehors: poussière, saleté, statues mutilées, tableaux décolorés pratiquement irrécupérables.
Dans le tableau central de l'autel se trouve par exemple un énorme trou (50 cm par 70 cm), c'est à pleurer. Comment peut-on laisser ruiner de tels chefs-d'oeuvre? Et je ne parle pas des vandales et des pillards qui, selon la délicieuse petite, auraient de nombreuses forfaitures à leur actif (cf. les statues du castel). Fumiers! Douze balles dans votre sale peau de nuisibles que j'te me vous foutrais, sans la moindre forme de procès, à sec avec du sable (le bâton dans l'Q).
Y a vraiment des choses qui dépassent mon entendement. Bon, puis si vous levez un peu la tête, alors la vision d'horreur s'adoucit quand même à la vue des splendides fresques restaurées en 2004. Elles seraient l'oeuvre de l'artiste local "Brand" (totalement inconnu, point trouvé dans mes sources) et représentent la glorification du mystère de la trinité (j'te dis pas le boulot). Idem le tableau central de l'autel, celui d'avec le trou, il représente la Ste trinité. Au-dessus est posé un blason (les "ze ?tampachu" peut-être?), et encore au-dessus est peinte une vierge Marie secourable.
Généralement on dit la vierge auxiliatrice (qui rigole quand elle montre ses cuisses), mais bon, hein, ça fait de suite académiqu'on comprend rien, alors secourable c'est plus "accessible" qu'auxiliateur. Donc l'autel, le retable, les tableaux, le tout est symboliquement protégé sur les côtés par les statues de St Guy et de St Venceslas, les patrons protecteurs de la Bohême (et du fourbi précédent). Les autels secondaires, à gauche et à droite, sont consacrés à Ste Catherine et Ste Barbara (cf. une précédente publie pour la légende).
L'orgue date de 1728, et fut construit par l'illustre facteur praguois "Leopold Spiegel" (à Prague vous retrouverez ses orgues en la Lorette, St Michel vieille-ville, et Ste Ursule rue "Národní"). L'instrument fut restauré en 1994, il fut même joué dessus, mais aujourd'hui il mériterait pour le moins un coup de chiffon car depuis que l'église est dans cet état, on ne joue même plus sur son orgue. Bon, et vous voyez un peu la baraka que je reçus ce jour-là de chais pas qui d'en haut? On serait arrivé plus tôt, et la petite aurait encore été à l'intérieur de l'église. On serait arrivé plus tard, et elle en aurait été partie.
Pis elle aurait pu m'interdire de photographier, ce que du reste elle tenta bien, mais lorsque je la rassurai que c'était pour moi, pour vous, et pas du tout dans un but mercantile, elle me donna sa bénédiction. Mais vous voyez la fraction de minute au poil sans laquelle cette publie n'aurait pas été?

Signalons encore que devant l'église (au Nord-ouest) se trouve une colonne consacrée à... la Ste trinité (encore). Il semblerait que la construction fut cette fois une volonté de Madame Marie-Joséphine, femme de "Jan Ferdinand Kager z Globenu" (alors propriétaire du domaine), décédée très maturément en 1727.
Elle (la colonne, pas Madame) fut acheminée sur "Vale?" en pièces détachée (cf. Ikea) entre 1727 et 1728, et montée jusqu'en 1730 lorsqu'elle fut consacrébénite. Concernant les auteurs de cet obélisque trigonal de 8 mètres de haut, selon les sources, vous trouverez le prodigieux "Franti?ek Maxmilian Ka?ka", le non moins prodigieux "Matyá? Bernard Braun", ou encore son neveu "Antonín Braun". Je n'ai aucune information vraiment fiable aussi je vous laisse choisir. Les statues quant à elles sortent de l'atelier de "Matyá? Bernard Braun" pour sûr, et c'est pour cette raison qu'elles n'y sont plus, sur la colonne. Avant, de bas en haut, vous pouviez voir St Ludmila, St Adalbert ("Sv Vojt?ch") et St Prokop.
Au dessus St Guy, St Venceslas et St Jean Népomucène, et tout en haut, le plus au dessus, une vierge Marie, un Jésus Christ, et un dieu l'père. Malheureusement, comme l'église, la colonne était (et est toujours) la proie des imbéciles, des fumiers et autres débiles primitifs qui n'ont pas plus de respect pour la propriété collective que pour la beauté artistique, de fait les statues ont dû être retirées. C'est aussi pour cette raison que les 27 statues de "Matyá? Bernard Braun" qui se trouvaient originellement dans le jardin du castel de "Vale?" ont été déplacées dans l'abbaye de Kladruby.
Il n'en reste pas moins qu'après le domaine de "Kuks" (publie à viendre, depuis plus d'un an je l'ai sous le coude, mais c'est énorme, pas le temps) parsemé d'allégories du vice et de la vertu, notre bourg est le second point de concentration d'oeuvres du Maître "Braun" au monde (enfin était le second point... maintenant c'est en l'abbaye de Kladruby).

Et pour terminer, quelques tristes éléments historiques. Une des raisons pour laquelle les édifices (comme le bourg) se trouvaient dans un si déplorable état pendant longtemps est d'ordre ethno-politique.
Tout d'abord il faut savoir que la région de "Doupovsko" (en dessous des "Doupovské hory", "Duppauer Gebirge" en Germain) est géographiquement éloignée de toute ville. Ensuite "Vale?" se trouve en plein coeur des "Sudètes", région particulièrement "germanisée" vers la fin du XIX ème siècle comme nous le rappelle l'encyclopédie d'Otto à propos du bourg (édition de 1908): "Obyvatelstvo, na sklonku XVIII. stol. ?áste?n? ?eské, úpln? se pon?m?ilo."
Or bien que l'on considérait les Sudètes comme prospères et industrialisées, ce n'était pas du tout le cas de "Vale?", bourg éminemment agricole et particulièrement pauvre. Sous l'empire austro-hongrois jusqu'en 1918, la population à majorité allemande vivait en cordiale entente avec la population tchèque semble-t-il. Mais les choses prirent une triste tournure à la naissance de la Tchécoslovaquie. Autant les Tchécoslovaques qui vivaient dans les Sudètes baragouinaient l'Allemand (et parfois même couramment), que les Allemands de cette même région ne baragouinaient le Tchécoslovaque que très rarement (l'éternel différent entre colonisateurs et colonisés, combien de Français vivant en Indochine ou au Maghreb parlaient le Vietnamien ou l'Arabe? Heureusement qu'on a l'Anglais aujourd'hui).
Lorsqu'après 1918, quelques 5 millions de personnes se retrouvèrent dans un nouvel état dont ils ne comprenaient pas la langue officielle (cf. loi 122 de 1920), les tensions ethniques commencèrent à poindre le vilain bout de leur sale blaire (la population de la Tchécoslovaquie en 1921 était de 13,5 millions, dont 6,5 M de Tchèques, 3 M d'Allemands, 2 M de Slovaques, 0,5 M de Hongrois, 0,5 M de Ruthènes, puis des Polonais, des Croates, des Roumains, etc...). En fait, les régions dont la minorité ethnique représentait au moins 20% de la population conservaient le droit d'utiliser leur langue autant dans l'enseignement que dans l'administration locale (Polonais, Hongrois, Allemand, Russe, Roumain...). Cependant l'administration nationale, la poste comme les chemins de fer tchécoslovaques n'utilisaient qu'une seule et unique langue: le Tchécoslovaque. Et dans les Sudètes, il était des bourgs où la minorité germanophone représentait plus de 90% de la population.
Lorsque naquit le SdP, les choses s'envenimèrent gravement entre les Tchèques et les Allemands des Sudètes. Puis il y eut la trahison de 1938 dont on parle apparemment beaucoup en France en ce moment. Puis il y eut la sauvagerie mondiale (1939-1945). Puis il y eut l'expulsion des Allemands des Sudètes (1945-1946). Puis l'on substitua à cette population déportée des Polonais, des Slovaques et des Roms. Puis il y eut l'arrivée de la chienlit con-muniste au pouvoir (1948). Et justement, dès 1949, les camarades fumiers con-munistes créèrent juste derrière notre bourg le "Vojenský újezd Hradi?t?": 330 km² de terrain d'entrainement militaire, la plus grande zone de notre petite République strictement gardée "secret défense" et totalement interdite à la plèbe. Ainsi en cumulant les divers démé-emménagements de populations, l'activité économique purement agraire, et la quasi-mise au secret militaire de la région, nul surprise que la restauration des monuments historiques n'était pas une priorité pour le bourg de "Vale?".
Pour les tchécophones, je vous recommande la lecture de "Josef ?krábek, V?erej?í strach" où l'auteur né d'un père tchèque et d'une mère allemande raconte ses souvenirs d'enfance à "Vale?" dans les années 30 jusqu'au début de la seconde guerre mondiale (existe aussi en version allemande sous "Die gestrige Angst"). Pis si un jour j'ai le temps, je reviendrai sur cette sombre période des Sudètes dans le cadre d'une publie sur le hameau de "Skoky" ("Maria Stock" en Allemand) aujourd'hui totalement en ruine et livré aux imbéciles malgré qu'il s'y trouve une splendide église baroque.

Bref, aujourd'hui à "Vale?" les choses ont vraiment changé, et c'est bien. On a par exemple extrêmement bien mangé pour pas cher dans l'unique restaurant du hameau, sur la place. De plus le bourg possède encore d'autres curiosités baroques qui méritent assurément le détour (c.f mes photos). Certaines sont déjà restaurées (le castel, l'église de la place...), d'autres pas (notre église).
Tout devrait être terminé vers 2014, et "Vale?" voudrait alors devenir la vitrine baroque de la région, comme le suggère son site officiel: le bourg baroque de "Vale?". Why not après tout, c'est sympa. Ah oui, et le château alors? Ben on ne le visita pas. Il se faisait tard, on devait encore rentrer sur Prague, alors on se dit qu'on se le garderait pour une autre fois, genre. GPS: 50°10'22.574"N, 13°15'0.577"E


Ailleurs: Mariánská Týnice de Mariánský Týnec

le 25/10/2008 à 10h21


C'est en allant à Plasy que l'on passa par ici, Félicie... aussi. Une sorte de pur hasard, qui faisandait le lézard, Félicie...

Bref, hasard coïncidant avec un inattendu aléa, parce qu'on voulait prendre un raccourci afin d'éviter "Plze?", et pour ainsi dire, l'on se perdit un peu parce qu'on n'aurait jamais dû passer par céans. Hein? Le GPS? Ben oui, ben justement, on l'avait bien ce jour-là, mais cette fichue bougre sotte de machine nous fit sortir de l'autoroute trop tôt, trop loin, et passer par des chemins que j'vous dis même pas qu'ils existent. Faut dire que c'est de la faute des cartes tchèques, parce que ces couillons vous déclarent en route cantonale des chemins agricoles que même les tracteurs n'y roulent plus d'sus. Pis sans dec, en termes de configuration aussi, c'est pas vraiment encore au point complet c'te histoire de navigation. L'avantage quand même du GPS c'est que vous n'êtes jamais complètement perdu, l'inconvénient toutefois du GPS c'est que vous n'êtes jamais assuré d'être sur la meilleure route optimale. Bref, et donc on s'en roulait peinard vers Plasy, et quelle ne fut pas ma surprise lorsque soudainement au fond d'un champ en bout d'horizon j'aperçus une splendeur baroque? "Ouah chérie d'amour d'à moi, mais qu'est-ce que c'est? T'as vu comme c'est beau?" Et ben c'était l'abbaye de "Mariánská Týnice" du bourg de "Mariánský Týnec". Parenthèse.
Alors jusqu'il n'y a pas plus tard qu'il n'y a pas longtemps, j'ignorais complètement l'étymologie du mot "týn" (i.e. "týnec") particulièrement utilisé dans les noms de villes, villages, hameaux, églises, veaux, vaches, cochons... ("Týnec nad Sázavou, Týnec nad Labem, Velký Týnec, Panenský Týnec, Hor?ovský Týn, Chrám Matky bo?í p?ed Týnem"). Et c'est justement cette fréquente utilisation qui aurait dû conduire ma curiosité à une fouille étymologique minutieuse, car j'aurais de ce fait découvert grâce à la fabuleuse encyclopédie d'Otto qu'il s'agit d'un mot provenant du vieux slave, et qui se traduirait aujourd'hui par "fortin", "place forte", et mieux, "ferté", puisque ce mot a lui même donné de nombreux noms en Français: la Ferté-Alais, la Ferté-sous-Jouarre, la Ferté-Macé, la Ferté-Saint-Aubin, la Ferté-Conneries-Ailleurs... Et curieusement, notre abbaye (substantif féminin) porte exactement le même nom que notre bourg (substantif masculin) décliné en genre, parce que "Mariánský Týnec" est à "Mariánská Týnice" ce que "IL somnole dans LE fauteuil du salon" est à "ELLE fait LA vaisselle dans LA cuisine".

En termes de première mention de notre ferté, on a diverses versions. Selon une source, l'on aurait fait mention d'un "Týnec" en 1186 à propos de commerçants voyageant de chais pas où par "Kralovice" vers Prague.
C'est plutôt douteux, d'abord parce que je n'ai trouvé aucune trace dans mes grimoires d'un tel texte, mais de surcroît il n'existait aucun chemin, aucune route commerciale vers Prague passant par "Kralovice". Le seul chemin était celui dit "Bl?anská stezka" qui partait de "Plze?", passait par "Kralovice", "Bl?any" ("Floehau, Flöhau" en Allemand) et continuait vers "?atec" vers le Nord, aucunement vers Prague. Une seconde source, nettement plus fiable bien que pourrie également (cf. les "Acta spuria, Codex diplomaticus et epistolaris Regni Bohemiae" à propose de l'abbaye de Broumov) nous parle du 10 novembre 1230, lorsque le roi "P?emysl Otakar I", alors à 1 mois seulement du dépôt de bilan devant St Pierre, confirma la donation par un certain Romain de "Týnec" ("Romanus de Týnec") de plusieurs bourgs (dont "Týnec" justement) à l'abbaye de Plasy. Et c'est ce que j'ai de plus ancien d'écrit concernant "Týnec" (i.e. "Teintz", puis "Maria-Teinitz" en Allemand), bien que "Kralovice"
("Cralouiz" originellement en Latin, puis "Crelowitz") appartenait déjà aux cisterciens de plasy depuis 1183 (cf. la donation par le prince "Bed?ich", "Acta spuria, Codex diplomaticus et epistolaris Regni Bohemiae"). Pis comme en "Týnec", il s'y trouvait une chapelle consacrée à la Ste vierge, on commença à appeler le bourg "Mariánský Týnec" (genre la ferté-Marie). Bon, mais pareil, je n'ai pas trouvé trace écrite d'une telle chapelle. Ensuite on n'a que peu d'éléments, alors ce que je vous livre est sans certitude. Les moines y auraient construit une église gothique (ou agrandi la chapelle), et l'endroit serait devenu lieu de pèlerinage. Puis vinrent les guerres hussites, et le bourg comme la ferté furent pillés, dévastés et en partie détruits. Ce n'est que vers la fin du XV ème siècle, que l'abbé Adam de l'abbaye de Plasy recolla les morceaux. Au début du XVI ème siècle (en 1518 même) l'église fut volée... enfin on vola dans l'église, et depuis, l'on consigna sur place un moine (de l'abbaye de Plasy, aussi) armé d'une kalachnikov afin de prévenir toute nouvelle récidive. Et ça tombait fichtrement bien, la montée de la garde, puisqu'en cette première moitié du XVI ème siècle, nos moines installèrent dans l'église une statue de la vierge saluée par l'ange Gabriel
(cf. Luc 1:28, et soit-dit en passant, Gabriel est un archange et pas un ange tout simple, mais ne compliquons pas). Seconde moitié du XVI ème siècle, les terres du domaine étaient alors en partie cultivées par les cisterciens, en partie louées. Et parmi les locataires, il y eut le "Florián Gryspek z Gryspachu" (cf. l'abbaye de Plasy) qui finit carrément par rattacher "Mariánský Týnec" à son domaine de "Kralovice". Il y fit même construire un moulin considérant le domaine comme sien, le malappris, et les moines dépossédés durent attendre 1613 afin qu'une décision de la cours internationale de justice leur rende les terres spoliées.

Au début du XVII ème siècle, la statue mariale attirait proprettement son pèlerin, les glaces et les frittes se vendaient bien, et de par sa notoriété, "Mariánská Týnice" de "Mariánský Týnec" commençait à devenir rentable. Mais pas pour longtemps, la guerre de trente ans passa par là, et l'église fut mise à bas. Lorsque la paix revint enfin, et que les cisterciens de "Plasy" récupérèrent à nouveau une partie du fourbi spolié, l'abbé "Jakub Vrchota z Rosenwertu" décida que ça ne pouvait pas rester en ruine comme ça, et qu'il fallait en faire quelque chose.
Après avoir étudié différent business case, les moines décidèrent d'en faire un lieu de pèlerinage parce que somme toute, en ce coin perdu, un casino ou un strip-bar ne seraient pas viables. On retapa donc l'église dès 1640 en baroque et en plus grand, puis l'on remit une couche entre 1648 et 1651. Mais ce n'était rien par rapport à ce qui allait suivre. Et ce qui allait suivre fut instigué par "Ond?ej Trojer" (cf. l'abbaye de Plasy). Vous vous souvenez qu'en 1680, l'abbé "Benedikt Engelken" préféra coller les gueux mutins à la corvée plutôt que de les punir financièrement (cf. l'abbaye de Plasy). Ben le "Ond?ej Trojer" continua sur la même lancée. En 1699, l'abbé mit en route la construction d'une prévôté, d'un cloître, d'une tour à cloches entre les 2, et comme le trimard avait déjà les mains dans le plâtre et la sueur dans le dos, le prélat en profita aussi pour faire agrandir l'église. L'acte de fondation signé de la main abbatiale indique que la fonction du nouveau domaine devait être "la prolifération de l'adoration mariale" et "l'assurance matérielle des cisterciens retraités" (il avait anticipé ses vieux jours l'astucieux bougre). Mais l'André (ah oui, "Ond?ej" c'est André en Françé) n'eut pas le temps d'en profiter, de sa maison de vieux, parce qu'il décéda dans l'année, en 1699.

Pis entra en scène l'abbé 2T, "Ev?en Tyttl", avec dans ses manches le joker Jean-Blaise Santini. "Dis-donc Jean-Blaise, non seulement tout ce fourbi n'avance pas vite, mais de surcroît ça ne me plaît pas velu, alors tu regardes c'que tu peux en faire, tu me fais un joli croquis en couleur sur papier vélin, et si tu fais montre de talent, je te certifie du business pour une bonne paire de semaines" qu'il lui dit l'abbé comme ça. Et Santini épata son monde avec ses plans fabuleux de 1709. L'abbé fut scié, stupéfait comme un caméléon à cheval sur une boîte de Smarties. Et il lui confia dans la foulée "Mariánská Týnice", et lui confia l'abbaye de Plasy, et il lui confia... "Stop! Attends-voir l'abbé, c'est pas d'la mauvaise volonté, mais tu comprends, j'aimerais bien me finir un lièvre avant d'en couvrir un autre". Le 2 juillet 1711, l'on posa donc la première pierre de la ferté mariale à la Santini. Et fabuleux ils l'étaient les plans d'à Jean-Blaise, pour cause: l'abbé cistercien l'avait sommé d'attirer du pigeon... pèlerin à la pelle, afin de concurrencer la "Sainte Montagne de P?íbram" administrée par les jésuites rivaux. La chasse aux culs-bénits que c'était. Le génial architecte proposa alors une fantastique église Ste Marie de la non-sciation (chuis scié :-) en forme de croix grecque
("Crux immissa quadrata", qui n'est autre qu'un gros "+", cf. le drapeau suisse), une toute nouvelle prévôté d'un seul étage en forme de T (comme "Tyttl"), 2 tours à cloches et horloges de 40 m de haut, et 2 cloîtres pour les moines en retraite. Mais les plans étaient pour le moins ambitieux, et ni l'architecte ni l'abbé ne survécurent à l'achèvement du chef-d'oeuvre qui du reste n'a jamais été achevé selon les plans d'origine. Santini mourut en 1723, "Ev?en Tyttl" en 1738, l'église Ste Marie de l'annonciation fut terminée en 1751, consacrée en 1764 (parfois 1762), le cloître Ouest date de 1777 et le second (cloître) ne fut même pas entamé. A la mort de Santini, c'est le constructeur "Mat?j Ond?ej Kondel" (cf. l'abbaye de Plasy) qui termina les travaux, ce qui n'enlève rien à la splendeur du tout: admirez les formes des toits superposés, la toiture de la façade de la prévôté qui suit la ligne du tympan, l'agencement des masses (moyen cube, petit cube, gros cube), les angles droits biseautés des murs de l'église, les moulures aux fenêtres, les colonnes ioniques encastrées dont les volutes soutiennent l'attique... L'intérieur de l'église fut décoré (vers 1750) par "Siard (Franti?ek) Nosecký" (curieusement un prémontré de "Strahov", église Ste Marie de l'assomption, le cadran solaire côté Sud du réfectoire visible du jardin, le prolongement de la salle Théologique de la bibliothèque, "?ernínský palác"...), tandis que le cloître, comme à Plasy, fut confié à "Josef Kramolín"
(il est également l'auteur de la monumentale fresque en trompe l'oeil derrière l'autel de l'église, vers 1783) mais également à "Franti?ek Julius Lux" qui oeuvra dans tout l'Ouest de la Bohême, en l'abbaye de "Chot??ov" (publie sous le coude), comme en l'église de la nativité de la Ste vierge (les voûtes de la nef) à "Doma?lice" (ville où naquit ma chérie d'amour d'à moi). Les fresques "luxueuses" représentent des scènes de la vie de Marie, des scènes de la vie des cisterciens, et y a même un St Bernard de Clairvaux si je me souviens bien. Quant à l'autel principal avec sa statue de la vierge Marie du début XVI ème siècle, ben on n'en sait plus rien de qui qu'il est. Dans l'ancien réfectoire se trouve une fresque représentant "l'offrande de la ferté mariale aux moines cisterciens" (en 1230), une autre représente "un dîner de moines en compagnie de la vierge" (c'qu'ils doivent rigoler dis-donc), et s'y trouvent encore dans ce réfectoire quelques portraits d'abbés, mais chais pas lesquels.

Bon, pis arriva le Joseph II, et comme l'abbaye de Plasy, et comme une bonne partie des domaines religieux, "Mariánská Týnice" fut désacralisée, mise en gérance auprès du "fond religieux national"
("státní nábo?enský fond", cf. l'abbaye de Plasy), en in fine fut vendue aux Metternich (en 1826). Mais ces derniers n'en avaient rien à fout' (encore moins que de Plasy), aussi ils en firent un grenier (dépôt), et doucettement mais sûrement les édifices se délabrèrent. Ils se délabrèrent même si bien, qu'en 1920 (parfois 1922), la coupole centrale de l'église s'effondra, et ce n'est que miracle qu'on y construisit une toiture provisoire en bois, en attendant que quelqu'un veuille bien commencer à s'occuper enfin des splendides bâtisses. Pour info, et parmi les sauveteurs de l'abbaye, il y eut l'architecte "Hanu? Zápal", qui, en dehors d'avoir été l'élève du fantastique "Josef Schulz" (reconstructeur du théâtre national, constructeur du musée national, du Rudolfinum, ou à sa droite de l'autre côté de la rue, du "Um?leckopr?myslové muzeum"), fut le remarquable concepteur de nombreux édifices archi-connus de la ville de "Plze?" que je connais particulièrement bien pour y avoir longtemps flâné mes guêtres étant mouflet apprenti bièrophile. Et pour info toujours, la coupole s'effondra parce que lors de la première guerre mondiale, l'on descendit le cuivre du toit afin d'en faire des cuves à bière pour la brasserie de Plasy laissant à nu la charpente offerte aux pluies, aux neiges, aux gels et aux vents (et aux fientes de pigeons, qui mine de rien pèsent des tonnes, véridique).

Au début des années cinquante du siècle passé, se créa alors une association pour la sauvegarde de la ferté mariale, laquelle commença avec des fonds minimaux à restaurer le domaine, et à y installer un musée. Ce n'est cependant qu'après la révolution de velours que l'on injecta suffisamment d'argent dans le chantier afin de retaper le tout convenablement, commençant d'abord par la prévôté, continuant par l'église, et terminant par chais pas quoi parce que c'est toujours pas terminé au point que ça continue encore aujourd'hui. Ce n'est par exemple qu'en 2000 que l'on remplaça la faramineuse coupole centrale de l'église (alors en bois provisoire parce qu'effondrée, la coupole), haute de 60 m et chapeautée par une lanterne ajourée (petite construction octogonale trouée de petites fenêtres permettant à la petite lumière de pénétrer dans l'énorme église) en son faîte. Et tiens, puisqu'on parle de lumière, si vous avez de la chance, s'il fait soleil genre, alors l'église s'emplira d'un éclairage naturel et coloré des plus fantastiques, conçu par le génial Santini, en situant atypiquement l'autel au Sud-ouest (plutôt qu'en Est) afin de mieux faire pénétrer la lumière toute la journée dans la nef. Bon, et après le dedans, n'oubliez surtout pas d'en faire le tour du dehors, parce que l'extérieur des édifices est splendide.

Pis sinon comme dit, aujourd'hui il y a dedans un musée. Un musée qui ne mérite même pas qu'on en parle tellement il y est interdit d'y photographier, et même pire, d'y entrer en sac à dos. Alors moi par exemple, qui ai tout mon barda dans ma besace, boisson, écriture, photo, lunettes, peigne, chouingommes, etc... ben je n'ai rien pu emmener, ni voulu d'ailleurs puisque si c'est comme ça, ben tant pis pour vous, administrateurs du musée. Vous n'aurez pas droit à la bonne pub qui va bien et que les cultureux s'arrachent auprès de moi.
De fait aussi, ce que je vous livre là est de mémoire, et d'aucun sait qu'icelle, en dehors de mémoriser les couillonneries, est plutôt trouée. Le musée donc se trouve dans l'édifice de l'ancienne prévôté. Au rez-de-chaussée se trouvent des artefacts issus de fouilles récentes s'étalant (les artefacts, pas les fouilles) depuis la préhistoire jusqu'à nos jours et relatifs à la région (autour de "Plze?", Bohême de l'Ouest). Au premier étage se trouve une exposition sur l'art chrétien du gothique jusqu'au baroque, et il s'y trouve surtout une fabuleuse sculpture sur bois représentant St Chaipluqui (pas pu noter, ni photographier). Les proportions corporelles de l'oeuvre sont splendidement bancales (petite tête par rapport au corps, cf. le bougre de Vitruve) mais l'expression du visage (les sourcils), le geste, la représentation des doigts (mains et pieds) sont absolument sublimes d'émotion et de dynamisme. Une autre expo présente l'artisanat du XIX ème siècle, de splendides armoires polychrome (je pensais que l'on disait une "armoire polie chromée", et en fait non, on dit une "armoire polychrome"), des costumes brodés, etc... Une autre expo exhibe des objets sur le thème de la première guerre mondiale, et encore une autre vous montrera des objets en fonte de Plasy ("Plaská litina", cf. ma publie sur l'abbaye de Plasy).
S'y trouvent des outils à gris cols comme relis Gieux (crucifix), des poêles à mazout comme à bois. Les dames pourront apprécier des cuisines équipées d'entre 2 guerres (et comparer qui du meuble et qui de la ménagère a le plus changé depuis), les enfants y verront des joujoux (des idées pour Noël), et rien de tout cela ne pourra être photographié au motif d'espionnage culturel.

Bon, et du coup je vous ai tout dit sur la ferté mariale de "Mariánská Týnice". Oui, ça mérite vraiment un jet d'oeil, mais ils m'ont agacé franchement avec leur empêchement de photographier, leur dépôt du sac à fourbi dans un casier, leur tout juste si on peut se gratter les prunes quand on a envie de péter un doigt dans l'nez. Alors pour cette raison je ne vais pas leur faire plus de pub que ça. Sinon selon l'intérêt que vous y porterez, vous pourrez y passer une heure comme une demi-journée. Pis comme c'est à côté de Plasy, ben du coup, vous pourrez combiner les 2 visites. C'est là: 49°59'7"N, 13°27'46"E


L'avis des internautes
Si vous aimez ce blog, vous aimerez aussi...
  • La rivière aux canards

    La rivière aux canards

    Un français résidant à Kyôto (Japon) depuis août 2003 nous fait partager son quotidien dans l'ancienne capitale japonaise.

  • Doc Tee Boh's blog

    Doc Tee Boh's blog

    Le blog de Doc Tee Boh, passionné de design à Tokyo, nous fait découvrir anecdotes, découvertes et originalités de la vie au Japon.

  • VenezueLATINA

    VenezueLATINA

    La vie quotidienne et la politique au Venezuela par Jean-Luc Crucifix, présent dans ce pays depuis 1983.

Note : Vous êtes actuellement sur une version béta du site utilisée pour les tests.
La version 1 arrive prochainement et chaque blogueur sera contacté auparavant.