Arthur, illustrateur à la gare de Dakar
par Alexandre Magot le 29/06/2009 à 10h41
Décidément, cette gare regorge de trésor !
Le bâtiment d'architecture coloniale mis en service en 1914 (voir post du 07/07/08) vaut déjà le détour...
Le marché malien attenant (voir post du 31/03/09), véritable petit concentré d'atmosphères maliennes où l'on vend basin, karité et wusulan et où l'on parle bambara à tous les étalages vaut lui aussi le déplacement...
Ce coup-ci je suis entré (oui, allez savoir pourquoi je ne l'avais pas fait lors de mes 2 précédents passages ?), et j'ai trainé entre les trains.
Je suis de ceux pour qui Dakar résonne comme un voyage en soi. De ceux aussi que les trains font rêver.
Alors les trains de Dakar !
Et à l'intérieur de l'un d'eux... un qui ne voyage plus depuis un bail, un qui, plus encore qu'un voyage, évoque les souvenirs de voyages...
Je suis tombé sur Arthur.
Arthur est un sénégalais d'origine guinéenne qui s'est installé il y a 2 ans dans ce wagon de la pakistan railways, et qui, depuis, dessine, et dessine, et dessine encore.
Je ne pourrais pas dire précisément ce qui m'a touché en le voyant. Je l'ai aperçu sur le quai, en passant à hauteur de son wagon. Je me suis approché, lui ai adressé la parole (il n'avais absolument pas prêté attention à moi). Je lui ai finalement demandé si je pouvais monter à bord et m'assoir pour qu'il me présente son travail.
Tous le temps que j'ai passé avec lui, il n'a pas quitté cet étrange
regard où se mêlent incrédulité, honnêteté, solitude aussi... Comme si je venais de l'extirper de son monde intérieur, et qu'il ne saisissait pas encore bien ce qui se passait.
Qu'importe qu'il ait du génie ou non. Ce type, fou de dessin et de solitude, au milieu de piles et de piles de papiers de toutes sortes, baigne dans son propre monde qui a largement envahi l'espace du wagon.
Mon chemin croisant le sien, nos 2 histoires, tellement différentes, venaient à se rencontrer. Il faut aller par delà l'appréhension qu'accompagne l'inconnu, la différence et monter à bord rencontrer ce type débordé par son univers.
Un personnage de cinéma.
Il a mon adresse, pour peut-être, un jour, peut-on savoir...
Au moment où j'écris, il est à l'autre bout des rails reliant nos 2 villes.
Entre lui et moi, il y a bien plus long qu'un chemin de fer,
mais cette rencontre est venue me le crier à l'oreille :
Qui que l'on soit,
et quelque soit la distance nous séparant,
Il y a entre deux personnes bien moins qu'une frontière.
Et elle disparait à mesure que l'on s'en approche.
Des nouvelles du Monument de la Renaissance Africaine
par Alexandre Magot le 27/06/2009 à 13h01
En escale pour 24h à Dakar, je n'ai pu m'empêcher d'aller voir l'état d'avancement des travaux (voir post du 02/04/09).
Voici donc pour les petites nouvelles : figurez-vous que le couple se porte à merveille ! Ils n'ont pas encore d'enfant, mais ils y travaillent. Cela dit, ils n'ont pas encore de tête non plus !
En tout cas, en 3 mois, cette statue gigantesque, complètement démesurée et d'un goût... comment dire... très assumé, est sortie de terre à une vitesse impressionnante !
Elle est censée être achevée pour décembre 2009, les Nord-Coréens sont au taquet.
Je serai de nouveau de passage à Dakar pour quelques jours d'ici un mois et demi : affaire à suivre donc !
Sortie des marionnettes à Farako # 3
par Alexandre Magot le 24/06/2009 à 14h21
Suite et fin de la série sur la sortie des marionnettes qui a eu lieu à Farako, le 24 mai dernier.
Le meilleur pour la fin : puisque le moment était exceptionnel pour le village... Il fallait donc que les marionnettes soient à la hauteur de l'événement !
A cette occasion, clou du spectacle, une marionnette d'oiseau était présentée au public. Le moment était particulièrement fort puisque cette marionnette a toute une histoire et n'avait pas été sortie depuis... 107 ans et 4 mois !
Toute l'assistance était en effervescence, quand un des vieux du village a pris la parole pour en raconter l'histoire.
A en croire le chant des griottes que vous entendez sur la vidéo, il s'agit d'une cigogne d'Abdim (baninkono en bambara, banin voulant dire fromager et kono, oiseau). Elle fut à l'origine d'un conflit qui opposa le roi de Sékoro et celui de Farako : ce dernier voulant prendre à son rival de l'ancienne capitale du royaume bambara sa plus belle marionnette. Ce ne fut possible que par une guerre qui fit de nombreux morts...
L'ambiance était à son comble dans le public : un mélange d'excitation et d'émotion. La file indienne de danseurs qui introduit la marionnette n'était pas constituée des jeunes du village cette fois-ci, mais par tous les vieux réunis.
Je vous laisse découvrir ce moment en vidéo.
A voir de bout en bout avec le son : le chant des griottes y est splendide !
En quête d'authenticité ?
par Alexandre Magot le 20/06/2009 à 15h22
Un moment saisi à Farako, qui me fait penser aux idées préconçues que l'on peut avoir en arrivant au Mali...
Lorsque j'ai été invité à la sortie des masques de
Sogonafing, j'ai longtemps hésité à prendre ma caméra. Je savais que ça n'était
pas un défilé pour groupe Point-Afrique, et toutes sortes d'idées
m'ont alors traversé la tête : de manque de respect, de voyeurisme, et de je ne
sais quoi encore.
Dans le doute, je suis finalement parti avec l'appareil dans le fond de ma
poche. Et en arrivant, je me suis évidement retrouvé au beau milieu d'une foule
de Maliens de tous âges, photographiant et filmant avec leur téléphone
portable...
Tout ça pour dire que les touristes (et les autres) viennent souvent chercher au Mali des traces "d'authenticité", de "dogonitude" par exemple, pour reprendre les termes de la pièce "koteba des quartiers" !
On en oublierait vite et tristement que les maliens ne sont pas de personnages de contes, tout droit sorties d'une époque figée, mais de vrais gens, qui vivent notre époque, et quand je dis "notre", c'est évidement un pronom inclusif qui me comprend, comme vous et comme n'importe qui de ce monde.
C'est effectivement particulièrement frappant au pays dogon, où cela entraîne un phénomène de miroir particulièrement saisissant. Anne Doquet, anthropologue à l'IRD que j'ai entendue parler de ça il y a quelques mois, prenait justement l'exemple des danses des masques (c'est sa spécialité) : voir les gars danser pieds nus, avec des masques parfait(-ement dignes d'un marché d'artisanat)... si c'est "typique", ça l'est surtout d'une cérémonie destinée à des touristes, leur offrant ainsi l'image qu'ils sont venus chercher.
Elle évoquait alors le fait que les masques sont en général réalisés par celui qui les porte. Il rajoute donc bien souvent aux formes de base toutes sortes de marques personnelles. Et s'ils dansent... il n'y aura rien choquant à ce que ça se fasse avec des Nike aux pieds !
J'avais été particulièrement frappé l'année dernière, en allant voir, au Centre Culturel Français, une pièce de théâtre écrite et interprétée par une troupe dogon. J'espérais avoir un aperçu des formes du théâtre qui se jouent là-bas, au lieu de quoi la pièce présentée n'était qu'un ramassis de tout les clichés sur le pays dogon : un concentré de Griaule, avec évidement une danse des masques comme on ne peut en imaginer d'autres... Les dogons jouaient aux dogons.
Les réalités, plus subtiles, plus vivantes, s'écartent bien souvent de la carte postale si largement véhiculée. C'est là
justement le risque pour tout touriste au Mali : à ne pas décoller de sa rétine avant de partir tout ces clichés parfois si profondément gravées, il risque au final de ne rien voir d'autre du pays.
Sortie des marionnettes à Farako # 2
par Alexandre Magot le 17/06/2009 à 13h41
Petite sélection de marionnettes présentées à Farako le 24 mai dernier...
Comme j'ai pu l'entendre un nombre incalculable de fois en 3 ans :
"he, mon ami !
c'est pour le plaisir des yeux !"
Sortie des marionnettes à Farako # 1
par Alexandre Magot le 14/06/2009 à 17h41
Il y a 3 semaines, je suis allé à Farako, un village bambara situé à quelques km de Ségou. L'occasion bien sûr d'y retrouver l'ami Salif...
Mais arrivé sur place, nous avons trouvé les latérites vides. Quelques coups de feu au loin nous apprirent que le village n'avait pas été déserté, et en s'approchant nous avons fini par entendre sonner les tambours : nous tombions, par le plus merveilleux des hasards, sur l'anniversaire de l'école fondamentale... et, à cette occasion, sur une présentation des marionnettes.
Il y avait un monde fou, de tous les âges. On nous a expliqué qu'absolument toutes les personnes originaires et liées de près ou de loin à ce village étaient revenues pour l'occasion. Certains venaient de Bamako, d'autres faisaient le déplacement depuis Gao. Tout le monde était là.
L'évènement était présidé par le directeur de l'école bien sûr, fier de nous dire qu'il était élève lors de son ouverture, il y a 50 ans...
Pour parfaire l'événement, comme ça se fait couramment au mali, la COMATEX (COmpagnie MAlienne du TEXtile), basée justement à Ségou) avait imprimé un pagne dédié à l'évènement (d'où ce bleu ciel récurent dans le public).
Impossible d'estimer le nombre de personnes formant cette ronde, mais c'était incroyable.
Comme pour les masques de Sogonafing, une chorégraphie bien précise accompagne la sortie de chaque marionnette :
Tout d'abord, un homme fait irruption en courant au milieu de la piste. D'une petite clochette, il annonce ainsi l'arrivée prochaine d'une marionnette...
Alors, un homme accompagné d'une petite marionnette fait son entrée sur scène. Il traverse la piste et va s'asseoir de l'autre côté avec les petites marionnettes équivalentes qui l'ont précédé...
Les griottes entament alors leurs chants (il y a une chanson précise pour accompagner chaque marionnette), les tambours sonnent de plus belle, et une file indienne de jeunes entre sur des pas bien précis, tous bien synchrones : quelques pas, un jeu avec les bras, un saut et on recommence de l'autre côté...
Et refermant la marche, arrive enfin la plus attendue : la marionnette !
Il s'agissait ici de grosses marionnettes, portées par 2 hommes et accompagnées d'une cohorte de types, la suivant courbés pour que le tissus ne décolle pas du sol. Elle faisait un tour de piste, s'installait devant le podium, et repartait, toujours escortée de ses acolytes...
Et comme à Sogonafing, un meneur de jeu orchestre au millimètre et anime ce passage...
Derrière des allures de doux bordel, les gestes sont en fait précis et les positions tout sauf laissées au hasard.
Les
gamins sont aux anges, les vieux le sont tout autant. Des nuages de poussière
se soulèvent aux passages de ces monstres de couleurs : un univers
fantastique, dans tous les sens du terme, et tellement riche...
Le Mali pas à pas...
par Alexandre Magot le 11/06/2009 à 15h21
Alors là...
J'aime autant vous dire que j'en suis tout ému, et tout fier aussi !
Je vous présente en effet la création d'art postal (mail art) réalisée et envoyée par Danielle Roy.
Merci, merci, merci :
c'est peu dire que ça me touche... énormément !
Vous pouvez aller voir d'autres de ses créations : une particulièrement réussie je trouve, sur le thème de Doisneau & Prévert (A quoi rêvais-tu ?), et une autre en hommage à Gainsbourg (Gainsbarre-Gainsbourg). Son propre site en lien bientôt, j'espère !
Rollier d'Abyssinie
par Alexandre Magot le 09/06/2009 à 17h21
Ça me rappelle les journées entières passées, petit, avec mon père : paire de jumelles au cou, longue-vue à l'épaule, le Peterson sous le bras... J'étais alors paré pour des heures et des heures de quêtes et d'observations ornithologiques.
A tout cet équipement, il fallait ajouter la patience bien sûr : je me souviens ainsi d'un comptage de busards des roseaux avec un gars de la LPO, qui désespérait de mon rhume des foins faisant fuir, au rythme de mes éternuements, tout espoir de compter quoi que ce soit !
Petite pensée émue également pour une approche furtive, alors que je venais d'investir dans un appareil photo, le c?ur battant la chamade pour ce qui allait être une de mes premières photos d'oiseau. Il semblait prendre la pose. C'était parfait. J'avançais en rampant, pour immortaliser l'image de ce splendide spécimen... en plastique.
Bon.
Quelques années plus tard, troquant les marais bretons pour les abords du fleuve Niger,
le Delachaux & Niestlé (guide des oiseaux de l'Afrique de l'Ouest) comme nouveau guide,
me revoici l'appareil photo en bandoulière !
En voici un, photographié il y a 2 semaines à Ségou qui n'aurait pas eu à pâlir devant Stravinski !
C'est un rollier d'Abyssinie (Coracias abyssinicus).
Danse des masques à Sogonafing # 3
par Alexandre Magot le 06/06/2009 à 2h41
Maintenant que vous avez vu comment sont introduits les masques (post du 25/05/09), et comment sont invités à danser les spectateurs (post du 01/06/09)... Terminons cette série sur la cérémonie de Sogonafing par un tour d'horizon des différents masques présentés.
En allant sur ce site, vous pourrez y reconnaître certains d'entre eux et comprendre leur signification.
A la fin de la cérémonie, apparaissent deux grandes marionnettes : introduction toute trouvée à ce qui fera l'objet des prochains articles !
En attendant, bon week-end à tous !
Masques en tout genre !
par Alexandre Magot le 04/06/2009 à 3h21
Chez un marchand d'artisanat...
La plupart des masques exposés ici sont d'origine bambara (la photo a été prise à Ségou, capitale du royaume bambara qui a prospéré de la fin du XVIIe siècle jusqu'à 1861)
Pour ceux qui cliquent sur tous les liens proposés au fil des posts, vous aurez peut-être reconnu (si je ne m'abuse) des masques ntomo : ceux aperçus lors de la cérémonie de Sogonafing sont les versions à râteau (les branches représentants en fait des tresses), mais ce lien indiquait qu'il existe d'autres versions, comme ceux là, classique des boutiques d'artisanat, dont la face allongée parfois ornée de plaques de cuivre, possèdent seulement 2 tresses, tombantes, terminées par un pompon.
Danse des masques à Sogonafing # 2
par Alexandre Magot le 01/06/2009 à 10h21
Suite de cette cérémonie des masques à laquelle j'ai assisté il y a 2 mois... Les masques sont entrés en scène et ont entamé quelques tours de piste.
Une fois les présentations faites, et toujours guidés par l'animateur, les masques passent alors parmi les spectateurs en les narguant d'une sorte de petit fouet. Ils s'attardent parfois devant l'un d'eux, mais repartent. Font mines de s'arrêter devant un autre, mais poursuivent finalement leur danse...
Cette fois-ci, je me tenais à l'écart, j'étais prévenu :
Parce que si le porteur de masque vous remet le flambeau, alors sachez qu'il n'y a plus aucun recours possible. Le sort en sera scellé, les dés déjà jetés , alea iacta est ! Ji bonen tè sé ka cè*... Et vous aurez beau faire le tour de toutes les expressions du type, en français, bambara ou en latin... lancer des appels à la clémence, des demandes de grâce des plus irrésistibles, agrémentées de votre regard le plus doux, le plus tendre, le plus ensorcelant...
Ne comptez sur personne : il ne vous restera plus d'autre alternative que d'entrer en scène et danser jusqu'à ce que votre dernier once d'énergie soit tarie ! Et la concurrence est rude.
Oui, ça sent le vécu... on ne m'y reprendra plus !
La vidéo qui suit présente ce passage de témoin.
On y voit le masque Saramanin ("sarama" voulant dire "qui a du charme" et le suffixe "-nin" signifiant "petit"), évoquant la vertu du travail...
* en bambara, mais il me manque des lettres pour respecter l'orthographe : l'eau jetée ne peut être rassemblée.
...
par Alexandre Magot le 29/05/2009 à 14h21
On se doit d'être vivant, pour 3, pour 4...
Dorénavant il nous faudra ouvrir les yeux, juste un peu plus grand,
sentir plus longtemps,
toucher plus encore,
goûter à tout, une bouchée en plus.

Il faut continuer donc,
à découvrir et à apprendre.
Vivre assez pour 3, pour 4, ou juste pour 2.
Remettons seulement à plus tard
nos interminables discussions sur Soundjata, sur la charte de kurukanfuga, sur le n'ko...
Ka a da yoro suma...













































Lire tous les avis (0) / Poster votre avis